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Les projets d'intérêt national pourraient engendrer des manifestations

La Cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse Nepinak, affirme que l'absence de représentation des Premières Nations à la table des premiers ministres est «très irrespectueuse».

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d52990cc95d4bf8e200247b547acb79f5431a5c5fcd0a18ef0c61b3de4977c68.jpg L'assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations a débuté mercredi à Winnipeg. La chef nationale de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak, s'exprime lors d'une conférence de presse sur la Colline du Parlement à Ottawa, le mercredi 28 mai 2025. (Sean Kilpatrick | La Presse canadienne)

Des chefs autochtones ont averti le gouvernement que le pays risque de connaître une nouvelle vague de protestations, à l'instar du mouvement «Idle No More», si des projets d'«intérêt national» sont entrepris sans le consentement des premiers peuples.

Le chef régional de la Nation Anishinabek, Scott McLeod, s'est joint à un groupe de dirigeants de partout au pays qui se disent alarmés par les efforts du gouvernement pour accélérer les projets d'infrastructure.

Le gouvernement fédéral planche sur un projet de loi d'«intérêt national» visant à accélérer les projets d'édification de la nation grâce à un processus d'approbation réglementaire simplifié, en remplacement notamment des examens prévus par la Loi sur l'évaluation d'impact. Il a également promis de reconfigurer les processus d'approbation des projets d'infrastructure afin d'accélérer ceux «d'importance nationale». 

Vendredi, quelques dirigeants des Premières Nations ont expliqué à La Presse Canadienne avoir reçu une lettre lundi décrivant les plans du gouvernement fédéral. 

Ils affirment qu'Ottawa leur a demandé de soulever toute préoccupation concernant ces plans d'ici vendredi, alors même que des feux de forêt font rage dans l'ouest du pays et que les chefs autochtones de l'Ontario s'opposent de plus en plus à un projet de loi provincial sur les infrastructures.

M. McLeod a déclaré que la Nation Anishinabek n'avait été officiellement informée des plans d'Ottawa que vendredi. 

«Nous n'avons même pas encore de relation avec le premier ministre Mark Carney, a-t-il fait remarquer. Tenter d'adopter un projet de loi de cette manière, sans même consulter les dirigeants des Premières Nations, représente un départ très difficile pour le gouvernement libéral.»

Une tendance dans plusieurs provinces

En Ontario, le projet de loi 5 proposé par le premier ministre Doug Ford permettrait de désigner des «zones économiques spéciales» où les entreprises et certains projets ne seraient pas tenus de se conformer à certaines lois ou réglementations. 

Par ailleurs, en Colombie-Britannique, un projet de loi sur les infrastructures a été adopté malgré la vive opposition des Premières Nations. Il permet l’accélération des projets considérés comme étant dans l’intérêt provincial, notamment ceux reliés aux minéraux dits critiques.

Pour sa part, le gouvernement de l'Alberta a annoncé plus tôt cette année qu'il prendrait des mesures pour accélérer l'obtention de permis pour les projets qu'il considère comme à faible risque.

Scott McLeod a affirmé que les chefs avaient envoyé des «avertissements» aux responsables provinciaux et fédéraux concernant les perturbations auxquels pourraient s'exposer ces projets si les communautés autochtones n'étaient pas dûment consultées.

La Cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak, a lancé un avertissement similaire aux provinces et à Ottawa, affirmant que la situation pourrait mal tourner si elles prenaient des décisions sur d'importants projets d'infrastructure sans la participation des Premières Nations, lors de la réunion des premiers ministres qui se tiendra la semaine prochaine à Saskatoon.

L'APN réclame depuis longtemps sa présence aux réunions des premiers ministres, mais n'a pu obtenir que des rencontres secondaires avec les premiers ministres avant les réunions officielles.

Compte tenu de l'importance des enjeux à venir, Mme Nepinak affirme que l'absence de représentation des Premières Nations à la table des premiers ministres est «très irrespectueuse». Le vice-chef de la Fédération des nations autochtones souveraines, David Pratt, appelle quant à lui les gouvernements à «se ressaisir».

Mme Nepinak a indiqué que l'APN n'était au courant que de «quelques éléments» du projet de loi fédéral. 

«Nous sommes préoccupés par ce que nous voyons du côté du gouvernement jusqu'à présent, et d'après ce que j'entends au sujet de propositions similaires en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta, a-t-elle déploré. Je crains que cela ne se termine pas bien.»

«Idle No More» gardé en mémoire

Selon M. McLeod, la dernière fois que les dirigeants autochtones ont vu quelque chose de semblable à ce que propose le gouvernement fédéral était en 2012, avec le projet de loi C-45, qui reprenait en grande partie le même libellé et avait les mêmes répercussions sur les Premières Nations. «Nous savons tous ce qui s'est passé alors», a-t-il ajouté. 

Ce projet de loi a donné naissance au mouvement de protestation pour les droits des Autochtones «Idle No More», déclenché par un projet de loi omnibus présenté par le gouvernement de l'ancien premier ministre Stephen Harper.

Les dirigeants autochtones avaient averti que ce projet de loi, destiné à accélérer l'exploitation des ressources, bafouerait leurs droits tout en donnant aux gouvernements et aux entreprises davantage de pouvoir pour exploiter les ressources sans évaluations environnementales approfondies.

Les chefs alliés au mouvement «Idle No More» avaient alors organisé des manifestations, des rassemblements et des barrages sur les voies ferrées et les autoroutes, et obtenu un large soutien partout au pays.

«Nous informons les citoyens et ils prendront eux-mêmes les mesures nécessaires pour remédier à l'inaction du gouvernement», a soutenu M. McLeod.

C'est le cas de la conseillère jeunesse de la Nation Anishinabek, en Ontario. Terra Roy a affirmé que les jeunes suivront de très près les prochaines actions des gouvernements fédéral et provinciaux.

«Nous n'avons pas peur de répondre à l'appel et de faire du bruit», a expliqué Mme Roy.