Les vols liés à la bouffe sont en hausse au Canada, selon les corps policiers du pays. Le crime organisé profite de la forte hausse de certains aliments, comme le fromage et le beurre, pour se lancer dans un lucratif marché noir.
Sylvain Charlebois, le directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, souligne que le marché noir commence à fleurir lorsque les prix des aliments connaissent une forte augmentation.
«Le crime organisé va voler n'importe quoi s'il sait qu'il peut vendre ces produits. Ils connaissent déjà leurs clients avant même de commencer les vols. C'est comme ça que le marché noir s'organise», dit-il.
Selon lui, il existe deux catégories de voleurs: ceux qui le font par désespoir parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer ces aliments et les membres du crime organisé qui profitent des ventes sur le marché noir.
Certaines entreprises tentent de se protéger du mieux qu'elles le peuvent. Ainsi, Joe Chaput, copropriétaire de la boutique Les Amis du fromage, à Vancouver en Colombie-Britannique, dit dépenser 5500 $ par mois pour l'embauche de gardiens de sécurité au cours du temps des Fêtes. Il envisage aussi d'améliorer le système de caméra-surveillance en investissant 5000 $ supplémentaires.
Le détachement de GRC à North Vancouver avait fait les manchettes en septembre lorsque des agents ont arrêté un homme poussant un chariot de fromages volés. La cargaison, évaluée à 12 800 $, avait été volée d'une succursale de la chaîne Whole Foods Store située tout près. Comme les fromages n'étaient plus au réfrigérateur, ils ont dû être jetés.
Le constable Mansoor Sahah, de la GRC, dit que les agents croient que les fromages avaient été volés par qu'ils peuvent être revendus avec profit au marché noir.
«Si ces vols sont commis par des toxicomanes, ils s'engageront plus en avant dans la voie du crime ou continueront de se procurer de la drogue. C'est un cercle vicieux», soutient-il.
La viande peut aussi être la cible des voleurs.
«Nous ne sommes pas surpris par ce qui s'est passé», lance le policier.
En Ontario, des corps policiers disent avoir enquêté sur des vols de beurre dans les épiceries.
Scott Tracey, un porte-parole de la police de Guelph, croit qu'il existe huit ou neuf malfaiteurs spécialisés dans le vol de beurre.
En octobre, deux hommes sont entrés dans une épicerie locale et ont rempli des chariots de caisses de beurre. La perte était évaluée à 936 $. Quatre jours plus tard, une autre épicerie s'est fait voler quatre caisses de beurre évaluées à plus de 900 $.
L'agent Tracey dit avoir consulté des marchés en ligne pour y découvrir des gens vendant de 20 à 30 livres de beurre à la fois.
«Franchement, personne n'achète par erreur 30 livres de beurre. Le stock doit venir de quelque part. Il semble qu'un marché noir a été créé.»
À Brantford, la police mène elle aussi aussi une enquête sur le vol d'une cargaison de beurre évaluée à environ 1200 $ survenu le 4 novembre dans une épicerie.
Des solutions
Le Pr Charlebois suggère aux entreprises d'investir dans la prévention en installant notamment des puces électroniques sur leurs produits.
Selon lui, les vols dans les épiceries étaient jusqu'à tout récemment «un sujet tabou».
Les chaînes n'aiment pas trop parler des vols, car ils ne veulent pas alarmer la clientèle. Elles ont toutefois commencé à vouloir sensibiliser la population parce que cela «devient un gros problème», mentionne l'universitaire.
Joe Chaput croit pouvoir réduire les vols en offrant un meilleur service à la clientèle, notamment pour ceux qu'il soupçonne de vouloir commettre un vol à l'étalage.
Il reconnaît que la situation le stresse.
«C'est un défi. On gère son entreprise au jour le jour, on s'occupe de ses clients, on s'occupe de ses employés. Devoir s'occuper aussi de ces criminels, c'est un peu fatigant.»

