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Les blocages aux frontières pourraient alimenter le protectionnisme aux États-Unis

L'escalade des blocages à la frontière canado-américaine affaiblit l'un des maillons les plus fragiles de la chaîne d'approvisionnement vitale de l'Amérique du Nord _ un maillon qui n'a rien à voir avec les camions, les routes ou les ponts.

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L'administration Biden a exprimé ses préoccupations, mercredi, dans le cadre d’une rencontre entre hauts fonctionnaires des deux pays. (La Presse canadienne )

L'escalade des blocages à la frontière canado-américaine affaiblit l'un des maillons les plus fragiles de la chaîne d'approvisionnement vitale de l'Amérique du Nord _ un maillon qui n'a rien à voir avec les camions, les routes ou les ponts.

Ce maillon faible, c'est l'humeur ambiante à Washington, en particulier lorsqu'il s'agit de questions comme la mondialisation, le commerce international et la fabrication de biens en Amérique du Nord.

Une représentante du Michigan au Congrès, Elissa Slotkin, s'est plainte mercredi qu'une usine de General Motors près de Lansing soit privée actuellement de pièces en provenance du Canada à cause de la manifestation sur le pont Ambassador, entre Detroit et Windsor, en Ontario.

Sa solution, politiquement chargée, est du type qui empêche des dirigeants d'entreprises au Canada de dormir la nuit: «Peu importe qu'il s'agisse d'un adversaire ou d'un allié, nous ne pouvons pas dépendre autant des pièces provenant de pays étrangers».

«Il est clair que nous devons ramener la fabrication américaine dans des États comme le Michigan», a poursuivi Mme Slotkin sur Twitter.

Ce n'est pas un sentiment nouveau aux États-Unis: le fort protectionnisme américain resurgit dans le paysage, par intermittence, depuis des décennies. Mais même un an après le passage turbulent de Donald Trump à la Maison-Blanche, ce sentiment est très présent à l'heure actuelle, grâce en grande partie au successeur de M. Trump.

«J'ai été clair dès le premier jour: lorsque le gouvernement fédéral dépensera l'argent des contribuables, nous achèterons des produits américains, des produits américains (entièrement) fabriqués aux États-Unis, y compris des composants américains», martelait encore cette semaine le président Joe Biden.

Et les experts préviennent que cette tendance protectionniste à Washington fait son chemin au fil du temps, en particulier pour l'attribution des contrats publics au niveau des États et des administrations locales.

«Nous entendons déjà des appels pour déplacer les investissements, les contrats et la production du Canada en raison de notre incapacité à garantir une livraison rapide aux clients internationaux», ont écrit vendredi des chefs d'entreprises dans une lettre ouverte publiée par la Chambre de commerce du Canada.

La Maison-Blanche, de plus en plus interpellée par cette crise, exhorte Ottawa à utiliser les «pouvoirs fédéraux» pour mettre fin aux blocages _ et se prépare à ce que des manifestations similaires se matérialisent lors du «Super Bowl» de dimanche à Los Angeles. «Ce serait formidable!», a déclaré jeudi un sénateur du Kentucky, Rand Paul, dans une interview accordée au site Web conservateur «Daily Signal», alors qu'il encourageait les manifestants à «engorger» les villes américaines.

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, et son collègue des Transports, Pete Buttigieg, sont en contact régulier avec leurs homologues canadiens, Marco Mendicino et Omar Alghabra.

Liz Sherwood Randall, conseillère à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, s'est également entretenue jeudi soir avec Jody Thomas, conseillère à la sécurité nationale et au renseignement de Justin Trudeau, ont confirmé des responsables du cabinet du premier ministre.

Les liens entre Windsor et les États-Unis dans le secteur automobile, tissés depuis plus d'un siècle, sont trop forts pour être rompus par un «événement ponctuel», a estimé Flavio Volpe, président de l'Association des fabricants de pièces automobiles du Canada.

Mais les effets à plus long terme d'une fermeture prolongée de la frontière pourraient être coûteux, a-t-il admis jeudi, alors que l'association demandait une injonction pour mettre fin à la manifestation, qui «pourrait avoir un effet, au moins à court et à moyen terme, sur la question de savoir si de nouveaux investissements favoriseraient Windsor par rapport à une usine de l'autre côté du pont».