Économie

Le Panier Bleu est débranché

La plateforme confirme la fin de ses activités. Québec perdra ainsi 22 millions $ dans l’aventure.

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Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie, à l'Assemblée nationale en janvier 2024. Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie, à l'Assemblée nationale en janvier 2024. (Jacques Boissinot | La Presse canadienne)

C'est officiellement la fin du Panier Bleu. La plateforme a confirmé, mercredi, qu’elle mettait fin à ses activités le jour même. Les revenus n’étaient pas suffisants pour assurer la survie de la plateforme destinée aux commerçants québécois.

Le Panier Bleu aurait eu besoin davantage d’investissements pour se développer. Les actionnaires de l’entreprise, dont le gouvernement du Québec fait partie par le biais d’Investissement Québec, en sont venus à la conclusion que l’opération aurait été trop coûteuse, explique le ministre de l’Économie et de l'Énergie, Pierre Fitzgibbon, en entrevue.

Il aurait fallu injecter encore «probablement» environ 20 millions $ dans l’entreprise, selon des estimations évoquées par le ministre. «C’est quand même beaucoup d’argent.»

Le Panier Bleu a accueilli beaucoup moins de marchands qu’initialement souhaité. La plateforme comptait 600 marchands inscrits. En octobre 2022, l’ancien patron, Alain Dumas, affirmait que l’organisation s’était donné l’objectif d’accueillir environ 1000 marchands vers la fin de l’année 2023. 

Le Panier Bleu n’est pas parvenu à s’imposer dans les habitudes de consommation des Québécois. Seulement 7 % des transactions en ligne de la province étaient faites sur la plateforme en 2022, selon la plus récente enquête de NETendances. 

Dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de ralentissement du secteur du commerce de détail, l’aventure devenait moins attrayante pour les actionnaires du secteur privé, qui comptent le Mouvement Desjardins, le Fonds de solidarité FTQ et le spécialiste du commerce infonuagique Lightspeed.

Au gouvernement, le contexte budgétaire est plus serré tandis que le gouvernement Legault entrevoit un déficit plus élevé qu’anticipé dans le prochain budget qui sera dévoilé le 12 mars. 

Le contexte force ainsi le ministère des Finances à faire des choix. «Les choses qui marchent moins bien vont être éliminées et l'argent va être mis dans les choses qui marchent mieux. (…) (Pour Le Panier Bleu), on s’est dit peut-être que l’argent serait mieux investi ailleurs», dit le ministre Fitzgibbon.

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Québec perdra ainsi 22 millions $ dans l’aventure. Le gouvernement avait injecté 4 millions $ avant la privatisation du Panier Bleu en juin 2022. Par le biais d’Investissement Québec, un autre 12 millions $ avait été investi pour lancer l’entreprise en partenariat avec d’autres actionnaires. 

Le gouvernement Legault va accorder un autre 6 millions $ pour fermer l’entreprise «de façon ordonnée». «On pense que ça va coûter probablement un peu moins que ça», précise le ministre.

L’argent servira notamment à payer les indemnités de départ des 39 employés qui perdront leur emploi, à rembourser les commandes non livrées, et à payer les fournisseurs, notamment. «Nous allons faire ça de façon propre. Ça ne sera pas une faillite», assure-t-il.

Le gouvernement est le seul des actionnaires à avancer des fonds pour assurer «cette fermeture ordonnée», répond le ministre. «J’ai décidé de faire comme ça. Le Panier Bleu, tout le monde (les actionnaires) y croyait, mais c’était une initiative du gouvernement. (…) Desjardins et le Fonds de solidarité, ils nous ont aidés.»

Après avoir évoqué la possible fin du Panier Bleu, il y a quelques jours en entrevue à Radio-Canada, le ministre raconte que des entrepreneurs ont manifesté un intérêt pour le projet. 

M. Fitzgibbon «doute» que cela aboutisse sur quelque chose de concret. Le gouvernement demeure propriétaire de la marque, ce qui n’empêcherait pas un prochain gouvernement de la faire renaître de ses cendres sous une autre forme.

Un banc d'essai pour les commerçants

Si Le Panier Bleu n’a pas rencontré la popularité espérée, il représentait une vitrine utile pour certains commerçants qui ne souhaitaient pas nécessairement vendre leurs produits sur Amazon. Certains avaient partagé leurs craintes dans les médias tandis qu’une possible fermeture avait été évoquée. 

Malgré ce revers de fortune, le Panier Bleu considère que son intervention aura permis d’accompagner de nombreux commerçants québécois dans leur transformation numérique. 

«Nous aurions aimé poursuivre notre mission de favoriser l’achat local et de proximité, mais nous sommes confiants que les marchands d’ici sont plus que jamais outillés pour réussir dans l’environnement numérique», commente Sylvain Prud’homme, président du conseil d’administration du Panier Bleu.

M. Fitzgibbon défend aussi que l’existence du Panier bleu n’a pas été vaine. «Le programme du Panier Bleu a permis quand même à plusieurs marchands de se numériser, insiste-t-il en soulignant que 600 marchands se sont inscrits sur la plateforme. Ça a quand même eu un effet porteur sur la numérisation.»

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste