Comme le veut le gouvernement Legault, votre facture d’Hydro-Québec n’augmentera pas de plus de 3% pour les prochaines années, a annoncé la société d’État jeudi – le tout, sous réserve de l’approbation de la Régie de l’énergie. Par contre, Hydro veut augmenter celle des entreprises et autres clients commerciaux de près de 5% annuellement, et ce, de 2026 à 2028.
La demande d’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec de 2026 à 2028
- Clients résidentiels: +3%
- Clients commerciaux: +4,8%
- Clients industriels: +4,8%
Source: Hydro-Québec
Selon les estimations d’Hydro-Québec, il peut coûter environ 225 $ en moyenne mensuellement sur la facture d’une maison unifamiliale en milieu urbain, tout dépendant de la saison. Une augmentation de 3% d’une telle facture représente environ 6 $, tandis qu’une augmentation de 5% équivaudrait à environ 10 ou 11 $ en pareilles circonstances. Les augmentations sont donc nécessairement plus salées chez les PME et dans le secteur industriel, puisque leurs besoins énergétiques sont plus grands.
«La hausse pour la clientèle résidentielle représente une augmentation mensuelle moyenne d’environ 2,40 $ pour un logement et 6,70 $ pour une maison de taille moyenne», a expliqué Hydro dans un communiqué.
Les PME grognent, mais Hydro-Québec continue de leur montrer où économiser
En mars dernier, la Régie de l’énergie avait refusé la proposition d’Hydro-Québec de plafonner la hausse de tarifs résidentiels d’électricité à 3 %, et avait tranché pour une augmentation de 3,6 %.
À peine la décision rendue publique, la société d’État avait annoncé que celle-ci serait portée en appel, «afin de limiter les hausses de tarifs résidentiels à 3 %». Le gouvernement caquiste s’était en effet engagé à limiter la hausse du tarif d’électricité à 3 %.
Quelques semaines plus tard, le conseil des ministres avait adopté un décret pour limiter à 3 % la hausse prévue du tarif résidentiel d’électricité.
Après les faits, la grogne s'est fait sentir du côté des commerçants et industries; c'est encore le cas après l'annonce du jour. On se plaint que le gouvernment fait payer aux entreprises la facture que le premier ministre ne veut pas refiler aux particuliers québécois, soit les 10 milliards $ à investir d’ici 2035 par souci «d’efficacité énergétique». Un quart de ces investissements seront injectés dans les trois prochaines années – un record, convient Davi Rhéaume, vice-président exécutif des activités commerciales d'Hydro-Québec.
Cependant, Hydro estime que les hausses industrielles «permettront de faire les investissements structurants nécessaires à la réalisation du Plan d’action 2035, notamment afin d’améliorer la qualité du service et de réduire le nombre de pannes de 35 %».
Hydro-Québec croit que le secteur industriel peut économiser jusqu’à 20% sur ses coûts énergétiques. Comment? Avec l’acquisition d’équipements ainsi que de l’accompagnement technique et financier pour l’optimisation de la gestion du chauffage, de la ventilation et de l’éclairage, par exemple, ce qui a le potentiel de «libérer de l’énergie» et «d’améliorer la productivité».
«D’importants efforts d’efficience de l’ordre de 450 millions de dollars permettent de réduire les coûts et d’ainsi abaisser de 0,7 % les hausses pour chacune des trois prochaines années, notamment en améliorant la productivité de l’entreprise grâce, par exemple, à l’utilisation de drones pour les inspections et de l’intelligence artificielle pour une planification plus efficace des travaux», écrit la société d'État dans son communiqué.
«Les entreprises d’ici bénéficient ainsi d’une électricité de source renouvelable de même que de tarifs nettement inférieurs à ceux des régions comparables, ce qui renforce la position concurrentielle du Québec», ajoute Hydro-Québec.
Hydro-Québec «déconnectée»?
Qu'à cela ne tienne, la hausse de 4,8 % pour les industries à peine dévoilée, le milieu des affaires a déjà fait part de son mécontentement. Le gouvernement caquiste est accusé de refiler «la facture de sa promesse électorale aux PME».
La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) parle d'«une décision déconnectée des réalités économiques». Elle demande l'intervention du gouvernement afin de mieux répartir les hausses prévues entre la clientèle résidentielle et les entreprises.
«Le gouvernement choisit une fois de plus de faire porter le fardeau financier de la hausse des tarifs d'électricité sur les épaules des entreprises.»
«Ce manque d'équité tarifaire compromet de plus en plus leur capacité à investir et à créer de la richesse ici, au Québec», croit la PDG de la FCCQ, Véronique Proulx. «D'autant plus qu'en période de crise tarifaire, jumelée au One Big Beautiful Act américain, le gouvernement a la responsabilité de créer un environnement d'affaires favorable à l'investissement.»
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) dénonce aussi que la hausse de 4,8 % soit utilisée pour geler à 3 % la facture de la clientèle résidentielle.
«Nous avons calculé l'impact des hausses à venir et remis plus de 10 000 pétitions signées par des entrepreneurs demandant de ne pas politiser la question des tarifs d'électricité et de régler l'interfinancement. Le gouvernement du Québec a décidé de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et de faire avaler la hausse par les PME», a déclaré le vice-président pour le Québec à la FCEI, François Vincent, dans un communiqué.
Selon les calculs de la FCEI, de 2023 à 2028, les tarifs des PME auront grimpé de 29,6 % si les nouvelles augmentations d'Hydro sont acceptées par la Régie de l'énergie.
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) estime que l'avantage des bas coûts d'électricité s'amenuise pour les entreprises québécoises, notamment celles qui exportent.
«Ultimement, des entreprises de secteurs clés, comme l'agroalimentaire, l'aluminium, les pâtes et papiers ou la chimie, dont les coûts énergétiques constituent la plus grande dépense, seront les plus touchées», mentionne l'économiste en chef et vice-présidente à la recherche du CPQ, Norma Kozhaya.
Le CPQ avance que le tarif résidentiel «ne permet pas une consommation responsable de l'électricité par la population générale».
La Régie de l'énergie doit rendre une décision aux alentours du mois de mars 2026. Les nouveaux tarifs doivent ensuite entrer en vigueur au 1er avril de la même année.
Avec de l'information de Frédéric Lacroix-Couture, de La Presse canadienne

