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Plusieurs cartes de crédit à leur plafond: comment sortir de l’endettement?

Regroupement, transfert de solde, méthodes «boule de neige» et «avalanche»: quelles stratégies fonctionnent vraiment

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Des cartes de crédit, le jeudi 6 octobre 2022. LA PRESSE CANADIENNE/Andrew Vaughan (Andrew Vaughan)

Pour les Canadiens qui jonglent avec plusieurs cartes de crédit à leur limite maximale, le réflexe, dans un moment de panique, est généralement d’essayer de tout régler d’un seul coup. Or, selon des experts financiers, ce réflexe n’est pas à suivre, et c’est souvent la raison pour laquelle les problèmes d’endettement s’éternisent plus que nécessaire.

«Tout d’abord, respirez profondément à plusieurs reprises, car il s’agit d’une situation stressante», conseille Stacy Yanchuk Oleksy, cheffe de la direction de Money Mentors, un organisme à but non lucratif spécialisé dans le conseil en matière de crédit.

Une fois que l’on se sent plus serein, ajoute-t-elle, le vrai travail commence: déterminer précisément qui doit quoi à qui. Cela implique de consulter ses relevés réels plutôt que de se fier à des suppositions. «Les chiffres concrets peuvent vous aider à trouver la solution adaptée à votre endettement», précise-t-elle.

Becky Western-Macfadyen, responsable de la formation et de l’accompagnement financier chez Credit Canada, explique que, face à une montagne de dettes de carte de crédit, l’une des priorités doit être d’empêcher que de nouvelles dépenses ne viennent s’ajouter, tout en établissant rapidement un budget réduit au strict minimum.

Elle se souvient d’avoir travaillé avec un client qui passait des heures à négocier avec ses créanciers sans se rendre compte qu’il ne lui restait même pas assez de liquidités pour faire son épicerie la semaine suivante. Avant de négocier tout plan de remboursement, il faut répondre aux besoins immédiats.

Une fois les besoins fondamentaux pris en compte, le processus de désendettement peut commencer. Voici différentes approches et les situations dans lesquelles elles fonctionnent ou non.

Prêts de regroupement de dettes

Les prêts de regroupement de dettes, qui regroupent plusieurs dettes non garanties en un seul versement mensuel, souvent à un taux plus bas, constituent l’un des outils les plus couramment utilisés par les Canadiens.

Selon Mme Western-Macfadyen, le calcul est généralement intéressant lorsque le prêt de regroupement permet de réduire le taux d’intérêt de cinq à dix points de pourcentage par rapport au taux moyen appliqué sur les cartes de crédit de la personne. Cela peut représenter une différence entre payer un taux d’intérêt de l’ordre de 20 % et un taux d’environ 10 %.

Mais les deux expertes préviennent que ces économies s’évaporent si les anciennes habitudes ne changent pas.

Mme Yanchuk Oleksy explique que le plus grand risque ne réside pas dans le prêt lui-même, mais dans ce qu’il advient des cartes de crédit par la suite.

De nombreux consommateurs ne clôturent pas les comptes dont ils viennent de réduire le solde, ce qui leur permet de se retrouver facilement à nouveau endettés.

Mme Western-Macfadyen a pu le constater de ses propres yeux: des clients qui regroupent 20 000 $ de dettes de carte de crédit en un prêt personnel se retrouvent, un an plus tard, à devoir rembourser ce prêt tout en accumulant 10 000 $ supplémentaires de soldes sur leurs cartes de crédit.

Cartes de transfert de solde

Les cartes de transfert de solde, qui permettent aux consommateurs de transférer leurs soldes existants vers une carte offrant temporairement un taux d’intérêt faible, voire nul, proposent présentement au Canada des périodes promotionnelles d’environ neuf à douze mois, précise Western-Macfadyen.

Les clauses en petits caractères que les gens négligent le plus souvent concernent les frais de transfert initiaux, qui représentent généralement entre 1 et 3 % du solde transféré, ainsi que ce qui se passe à la fin de la période promotionnelle: les taux peuvent remonter brusquement à plus de 15 % ou plus.

Mme Yanchuk Oleksy est plus directe quant aux limites de cet outil. «Les transferts de solde ne résolvent aucun problème. Ils se contentent de le déplacer et de repousser les conséquences à plus tard», affirme-t-elle.

Utilisé à bon escient, un transfert consiste à passer à un taux plus bas, à clôturer la carte d’origine et à rembourser le capital de manière agressive pendant la période sans intérêts — sans le considérer comme un report de paiement.

Appeler l’émetteur

Les deux expertes s’accordent à dire qu’il vaut la peine d’essayer de décrocher son téléphone et de demander à l’émetteur de sa carte de crédit un taux plus bas ou des modalités de paiement adaptées aux difficultés financières. Selon elles, cela fonctionne plus souvent qu’on ne le pense, car des modalités de paiement modifiées s’avèrent généralement plus rentables pour les émetteurs qu’un défaut de paiement.

Mme Western-Macfadyen suggère de contourner le service client de première ligne pour s’adresser directement au service de fidélisation ou d’aide en cas de difficultés financières, et de se présenter avec une demande précise et honnête plutôt qu’un appel à l’émotion.

Au-delà du «fait soi-même»

Lorsque les stratégies de gestion de la dette passent du «créatif» à l’«institutionnel», les deux expertes mettent en avant le conseil en crédit à but non lucratif comme une option intermédiaire largement sous-utilisée — capable de réduire légalement les taux d’intérêt sur plusieurs cartes sans passer par les tribunaux.

Les méthodes de remboursement «boule de neige» et «avalanche» ont toujours leur place pour les consommateurs qui s’attaquent seuls à leur endettement, notamment grâce à la capacité de la méthode «boule de neige» à créer une dynamique grâce à des victoires rapides. La principale différence entre ces deux méthodes réside dans leur approche initiale. Avec la méthode «boule de neige», vous remboursez d’abord la dette la plus faible, tandis que la stratégie «avalanche» cible la dette dont le taux d’intérêt est le plus élevé. Dans les deux cas, vous continuez à effectuer les paiements minimums sur tous vos comptes et affectez tout fonds supplémentaire au remboursement d’une seule dette ciblée.

Selon Mme Yanchuk Oleksy, les signes avant-coureurs indiquant que l’endettement est passé d’un stade gérable à un stade nécessitant une aide professionnelle comprennent le fait d’emprunter sur une carte de crédit uniquement pour en rembourser une autre, ou d’être confronté à des menaces de poursuites judiciaires ou de saisie sur salaire de la part des créanciers.

Plutôt que de s’adresser directement à un syndic de faillite agréé, les deux expertes recommandent de commencer par consulter un conseiller en crédit, qui pourra passer en revue toutes les options, y compris le fait que de nombreux consommateurs s’avèrent ne pas être insolvables du tout. Si une proposition de consommateur ou une faillite s’avère véritablement être la bonne solution, les conseillers peuvent orienter le consommateur directement et gratuitement vers un syndic.

Les saboteurs silencieux

Interrogées sur ce qui fait discrètement dérailler le remboursement des dettes, les deux expertes ont abouti à des conclusions similaires: réutiliser le crédit qui vient d’être remboursé et perdre de vue la destination réelle de l’argent chaque mois.

Mme Yanchuk Oleksy a qualifié le suivi des dépenses de «conseil financier le plus ennuyeux qui soit», mais aussi de l’un des moyens les plus rapides pour une personne de constater l’écart entre ce qu’elle pense dépenser et ce qu’elle dépense réellement.

Mme Western-Macfadyen a mis en avant un piège plus subtil susceptible de faire dérailler le remboursement des dettes: protéger sa cote de crédit à tout prix, même si cela implique de puiser dans son épargne d’urgence ou de sauter des repas pour effectuer les paiements minimums.

Il n’existe toutefois pas de solution universelle. La solution adaptée à chaque individu dépend entièrement des chiffres, et c’est par une analyse précise de ces chiffres que tout plan de redressement doit commencer.