$ Jour de paye

Le plan de match après avoir été victime d'une arnaque financière

«Il y a peu de chances qu’ils récupèrent leur argent.»

Publié le 

Les Canadiens ont perdu 351 millions $ à cause de la fraude au cours des six premiers mois de l’année, ce qui devrait les amener à atteindre un total de pertes comparable à celui de l’année dernière, soit 704 millions $, selon le Better Business Bure... Les Canadiens ont perdu 351 millions $ à cause de la fraude au cours des six premiers mois de l’année, ce qui devrait les amener à atteindre un total de pertes comparable à celui de l’année dernière, soit 704 millions $, selon le Better Business Bureau. Stacy Yanchuk Oleksy, cheffe de la direction de Money Mentors, dans les bureaux de l’entreprise à Calgary, le mercredi 24 avril 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Jeff McIntosh (Jeff McIntosh)

Stacy Yanchuk Oleksy donne des conseils concrets sur ce qu’il faut faire après avoir été victime d’une arnaque.

«Allez pleurer un bon coup», déclare la cheffe de la direction de Money Mentors, une agence de conseil en crédit à but non lucratif. «Et je dis ça à moitié pour plaisanter, parce qu’on se sent vraiment mal.»

Selon le Better Business Bureau, les Canadiens ont perdu 351 millions $ à cause de la fraude au cours des six premiers mois de l’année, risquant ainsi d’atteindre environ 704 millions $ à la fin de 2026, soit le même niveau que l’année dernière. Ça fait beaucoup de larmes.

La fraude étant désormais bien implantée comme une forme lucrative de criminalité organisée à l’échelle mondiale, les experts affirment que les victimes devraient suivre plusieurs étapes concrètes pour limiter les répercussions — y compris les dommages émotionnels —, qu’elles aient perdu quelques centaines de dollars ou quelques centaines de milliers.

La première chose à faire est de contacter l’entreprise ou la banque qui a opéré la transaction pour signaler la perte et leur demander de l’annuler. Mais attention, les chances de succès sont minces, sauf dans le cas des paiements par carte de crédit.

«On m’a volé mon numéro de carte de crédit, mais ils m’ont remboursé», témoigne Mark Kalinowski, un conseiller en crédit récemment retraité.

Les chèques, les virements par courriel et les virements bancaires, ainsi que les paiements en cryptomonnaie et par carte cadeau, sont beaucoup plus difficiles à récupérer.

«Il y a peu de chances qu’ils récupèrent leur argent», souligne Mme Yanchuk Oleksy.

Lorsque vous contactez l’organisme de paiement — et non le destinataire —, veillez à utiliser les coordonnées indiquées sur le site officiel de l’entreprise ou au dos de votre carte de débit ou de crédit, plutôt que celles fournies par les escrocs présumés.

L’étape suivante consiste à contacter la police par l’intermédiaire d’une ligne non urgente pour signaler le délit, puis à déposer une plainte auprès du Centre antifraude du Canada.

Pour les transactions en cryptomonnaies, les forces de l’ordre peuvent exiger l’identifiant de la transaction, le type de cryptomonnaie — Bitcoin ou Tether, par exemple — ainsi que les adresses web et les messages échangés avec le fraudeur.

Le risque d’une deuxième fraude

Les victimes doivent rester sur leurs gardes à l’avenir, car elles risquent davantage d’être ciblées une deuxième fois, selon les experts. Les criminels pourraient se faire passer pour des institutions financières ou des avocats cherchant à apporter leur aide après coup, par l’intermédiaire de messages ou d’appels demandant des informations sur le compte ou des mots de passe.

«Ils reviendront à la charge et continueront à vous prendre pour cible», prévient M. Kalinowski.

«Vous devez faire preuve d’une vigilance extrême vis-à-vis de votre argent, indique Mme Yanchuk Oleksy. Si la banque appelle sur votre téléphone cellulaire (…) raccrochez, rappelez la banque en utilisant le numéro figurant sur la carte et parlez ainsi à un conseiller.»

Rester vigilant implique de vérifier minutieusement ses relevés bancaires — en cas d’usurpation d’identité ou de compte piraté — ainsi que ses rapports de solvabilité. Pour ces derniers, les utilisateurs peuvent les mettre à jour en joignant une déclaration du consommateur signalant l’escroquerie.

«Il faut alors devenir en quelque sorte hypervigilant, explique M. Kalinowski. Adressez-vous à une personne de confiance de votre entourage pour la consulter au sujet de futurs virements bancaires.»

Il peut s’agir d’un ami ou d’un proche, d’un employé de banque ou d’un conseiller en crédit, précise-t-il.

«Lorsque vous vous apprêtez à transférer des sommes importantes, si vous n’avez personne d’autre vers qui vous tourner, contactez une association à but non lucratif. Si cela semble trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est.»

Le soutien nécessaire

Si les pertes subies à la suite d’une arnaque vous empêchent, par exemple, de régler vos factures ou vos paiements par carte bancaire, la Credit Counselling Society et d’autres organisations à but non lucratif peuvent vous aider à mettre en place un plan pour rétablir votre solvabilité.

M. Kalinowski explique que les victimes doivent s’efforcer de surmonter la honte qu’elles pourraient ressentir à la suite de cet incident.

«Ne vous en voulez pas d’avoir été victime d’une arnaque. Nous nous en voulons tous», dit-il.

«J’ai vu des PDG — des dirigeants d’entreprises valant des millions de dollars —, j’ai vu des infirmières, des enseignants, des agents immobiliers se faire piéger, car ces arnaques jouent sur les émotions.»

Les escroqueries à l’investissement ont évolué à pas de géant depuis les stratagèmes flagrants et les courriers indésirables des décennies passées, se transformant en faux sites web de cryptomonnaies, en fausses correspondances bancaires et en usurpations d’identité de proches, y compris des appels téléphoniques utilisant la technologie de clonage vocal.

Alimentée par l’intelligence artificielle et l’engouement pour les cryptomonnaies, la fraude à l’investissement représente une menace croissante pour la sécurité financière des Canadiens et nécessite la mise en place d’une série de mesures de protection.

Les escroqueries à l’investissement et aux cryptomonnaies — où une personne tente de vous convaincre d’investir des fonds sur la base de fausses informations — sont restées le type d’escroquerie le plus risqué en 2025, selon un rapport du Better Business Bureau.

Exploitant la solitude et la méfiance envers les institutions, cette catégorie a enregistré des pertes médianes d’environ 5000 $ par incident. Plus des trois quarts des personnes ciblées ont déclaré avoir perdu de l’argent.

Pour vous prémunir contre ces escroqueries, le Better Business Bureau recommande d’activer l’authentification multifactorielle et les alertes pour vos transactions, ainsi que de configurer des virements électroniques automatiques afin de pouvoir ignorer tout SMS contenant un lien vous invitant à effectuer un virement.

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste