Des bibliothèques Billy d’occasion aux repas moins chers, Ikea renoue avec ses racines à petit prix alors que les Canadiens, à court d’argent, recherchent des moyens plus abordables de meubler leur maison et de nourrir leur famille.
L’enseigne suédoise affirme qu’elle redouble d’efforts en matière d’abordabilité en développant son activité de vente de meubles d’occasion, en maintenant des prix bas dans ses restaurants et en améliorant l’efficacité de sa chaîne d’approvisionnement.
Deux des principaux dirigeants d’Ikea se sont entretenus avec La Presse Canadienne pour expliquer comment l’enseigne s’efforce d’offrir un meilleur rapport qualité-prix alors que les Canadiens sont confrontés à des coûts élevés en matière de logement, d’alimentation et d’autres dépenses.
La taxe sur les produits d’occasion
Selon Selwyn Crittendon, président-directeur général et directeur du développement durable d’Ikea Canada, le programme de rachat de l’enseigne, qui offre aux clients un crédit en magasin en échange de meubles Ikea en bon état qui sont ensuite revendus, connaît une croissance rapide.
L’enseigne milite pour la suppression de la taxe sur les ventes de meubles d’occasion au Canada, arguant que cela encouragerait les consommateurs à réutiliser et à réparer les biens plutôt que de les envoyer au dépotoir.
«Ces articles sont très appréciés, ils ont bien servi et présentent probablement quelques imperfections, explique M. Crittendon. Pourquoi faudrait-il en plus payer une taxe sur les biens d’occasion pour ces articles?»
Ce programme dédié au mobilier d’occasion s’inscrit dans la stratégie plus large d’Ikea en faveur de l’économie circulaire, qui comprend notamment la plateforme de vente «Tel quel» de l’enseigne et le développement de produits à partir de matériaux plus durables et recyclés.
Moins de promotions ponctuelles
Juvencio Maeztu, président-directeur général d’Ingka Group, l’exploitant mondial de magasins Ikea, affirme que des prix stables et bas restent au cœur de l’activité.
«Nous n’apprécions pas ces prix en yo-yo, basés sur des promotions ponctuelles, précise-t-il. Nous voulons proposer autant que possible des prix bas au quotidien.»
Sur de nombreux marchés, les consommateurs consacrent 40 à 50 % de leur salaire au logement, et beaucoup vivent dans des logements plus petits ou en colocation, rappelle M. Maeztu.
Cependant, ce n’est pas parce que les gens n’ont pas beaucoup d’argent qu’ils souhaitent uniquement acheter des produits bon marché, ajoute-t-il.
«On veut des produits qui durent, affirme M. Maeztu. On veut tirer le meilleur parti de l’argent dont on dispose pour améliorer son quotidien à la maison.»
Une visée autour de la qualité
Les produits Ikea s’articulent autour de cinq axes: le design, la fonctionnalité, la qualité, la durabilité et le prix bas, souligne M. Maeztu.
«Il ne s’agit pas d’un prix bas à tout prix», pointe-t-il.
Alors que les budgets des ménages sont mis à rude épreuve par le coût élevé de la vie, Ikea semble revenir à ses racines abordables, fondées sur les meubles à assembler soi-même et le design scandinave minimaliste.
«Nous vendons des parapluies et nous aimons — nous adorons même — baisser leur prix quand il pleut, car c’est à ce moment-là que les gens en ont le plus besoin», indique M. Maeztu.
Les derniers résultats financiers montrent qu’Ikea attire davantage de clients en magasin, même si les ventes globales sont en baisse.
Au Canada, les ventes au détail ont baissé de 2,5 % l’année dernière, tandis que la fréquentation des magasins a augmenté de 1,6 % et que le trafic en ligne a bondi de 11,2 %. À l’échelle mondiale, les ventes d’Ikea ont progressé de 2,6 %, alors que les ventes au détail reculaient de 1,0 %.
«Le succès ne se mesure pas uniquement à la croissance du chiffre d’affaires. Il se mesure aussi au nombre de foyers équipés de produits Ikea, car c’est ainsi que nous pouvons (…) contribuer à une meilleure qualité de vie à la maison.»
Cinquante ans au Canada
Ikea a ouvert son premier magasin au Canada il y a près de 50 ans, le 2 octobre 1976, à Richmond, en Colombie-Britannique.
À l’approche de son 50e anniversaire, l’enseigne a lancé des offres telles que le «déjeuner à 1 $».
En effet, le restaurant semble constituer un attrait majeur alors que les Canadiens sont aux prises avec des préoccupations persistantes liées au coût de la vie.
«Une famille de quatre personnes peut encore aujourd’hui faire ses achats chez Ikea et manger dans notre restaurant pour moins de 30 $», conclut M. Crittendon.

