Pour la première fois depuis plus de trois ans, la Banque du Canada a augmenté mercredi son taux directeur d’un quart de point, le faisant passer à 2,50%. Que veut dire cette hausse pour les Québécois qui ont un prêt hypothécaire?
Si vous avez une hypothèque à taux variable, cette hausse sera «pratiquement immédiate», prévient Alexandre Bélanger, directeur principal de district, spécialistes hypothécaires mobiles à la TD.
«Pour vous donner une idée, j’ai fait un scénario [...] Pour une hypothèque de 400 000 $. Une hausse de 25 points de base représente environ 55 $», explique-t-il.
Si vous aviez l’intention de faire une demande de prêt hypothécaire prochainement, cette hausse du taux directeur pourrait également vous coûter plus cher. «Ça peut être considéré comme un frein pour l’accès à l’immobilier, surtout pour les premiers emprunteurs, parce que le taux de qualification va être augmenté en conséquence», note M. Bélanger.
Ce dernier conseille d’ailleurs aux Québécois qui doivent renouveler leur taux hypothécaire dans les prochains mois de prendre rendez-vous avec leur conseiller hypothécaire pour évaluer les options ou même réserver un taux d’intérêt.
«Généralement, c’est possible de réserver son taux quatre mois à l’avance, ce qui fait en sorte que là, on est dans un environnement où les taux d’intérêt augmentent. Alors, ça peut être stratégique de contacter son banquier ou son spécialiste hypothécaire pour regarder les options, mais aussi pour réserver un taux pour pallier les hausses potentielles», complète-t-il.
Emprunteurs? Voici les impacts
La hausse aura également un impact sur tous les emprunteurs, comme en augmentant le taux directeur, le taux de financement augmente.
«Tout ce qui est prêts personnels, des marges de crédit personnelles, des prix automobiles, la plupart sont à taux variables. Donc c’est une hausse au niveau du coût d’intérêt pour tous les emprunteurs», soutient Alexandre Bélanger.
«Ce n’est pas nécessairement la nouvelle qu’on espérait ce matin. Mais d’un autre côté, la Banque du Canada a un mandat clair de contrôler l’inflation et en augmentant les taux, c’était la décision à prendre pour bien contrôler l’inflation», ajoute-t-il.
Voici un calcul de l’impact de la hausse du taux directeur sur des paiements hypothécaires pour des exemples fictifs de prêts à taux variable au terme de cinq ans avec un amortissement sur 25 ans.
Source: Calculatrice hypothécaire du gouvernement du Canada
| Montant du prêt | 5% | 4,75% | 4,5% | 4,25% | 4% | 3,75% | 3,5% |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 200 000 $ | 1169 $ | 1140 $ | 1112 $ | 1083 $ | 1056 $ | 1028 $ | 1001 $ |
| 250 000 $ | 1461 $ | 1425 $ | 1390 $ | 1354 $ | 1320 $ | 1285 $ | 1251 $ |
| 300 000 $ | 1754 $ | 1710 $ | 1667 $ | 1625 $ | 1584 $ | 1542 $ | 1502 $ |
| 350 000 $ | 2046 $ | 1995 $ | 1945 $ | 1896 $ | 1847 $ | 1799 $ | 1752 $ |
| 400 000 $ | 2338 $ | 2280 $ | 2223 $ | 2167 $ | 2111 $ | 2057 $ | 2002 $ |
| 450 000 $ | 2631 $ | 2566 $ | 2501 $ | 2438 $ | 2375 $ | 2314 $ | 2253 $ |
| 500 000 $ | 2923 $ | 2851 $ | 2779 $ | 2709 $ | 2639 $ | 2571 $ | 2503 $ |
Inflation, Moyen-Orient et panier d’épicerie
Ce taux directeur, qui influence le coût du crédit pour les banques, les entreprises et les consommateurs, était resté stable pendant près d’un an après une série de baisses.
La Banque du Canada a passé une grande partie de l’année 2026 à observer si la hausse des prix mondiaux de l’énergie, attribuable au conflit au Moyen-Orient, se répercuterait sur d’autres éléments du panier de consommation.
L’inflation a légèrement augmenté pour atteindre 3,1% en septembre — encore une fois en raison des prix élevés de l’essence —, sans que l’on observe de signes indiquant que les pressions inflationnistes s’étendaient à l’ensemble de l’économie.
Cependant, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, précise mercredi dans sa déclaration préliminaire que les prix mondiaux du pétrole se maintiennent à des niveaux élevés depuis longtemps et que les pressions sur les coûts s’intensifient. Les entreprises, qui ont jusqu’à présent absorbé les coûts liés au choc énergétique mondial, sont de plus en plus susceptibles d’en répercuter une part importante sur leurs clients.
M. Macklem indique que le Conseil de direction de la banque centrale est de plus en plus convaincu que les consommateurs pourraient bientôt ressentir les effets de cette situation au-delà des pompes à essence.
La Banque du Canada prévoit désormais que l’inflation atteindra 3,5% d’ici la fin de l’année. L’inflation devrait s’établir en moyenne à 3,0% l’année prochaine — soit environ un point de pourcentage de plus que les prévisions publiées en juillet — avant de revenir à son objectif de 2,0% vers le milieu de 2028.
La récente escalade des droits de douane entre le Canada et les États-Unis devrait faire reculer le produit intérieur brut réel à 0,8 % au quatrième trimestre, mais les responsables de la banque centrale estiment généralement que l’économie fait preuve d’une plus grande résilience que prévu initialement.
La Banque du Canada avertit que ses projections demeurent soumises à une incertitude considérable, notamment en ce qui concerne le conflit au Moyen-Orient et la politique commerciale américaine.
M. Macklem spécifie que la banque centrale prendra ses prochaines décisions «une à la fois», mais laisse également entendre que de futures hausses des taux d’intérêt sont toujours envisageables.
«Il pourrait être nécessaire d’augmenter encore le taux directeur, mais étant donné les incertitudes actuelles, nous allons procéder avec prudence», conclut-il.
Une inflation partagée
Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, explique mercredi dans une note adressée à ses clients qu’il s’attend à ce que la Banque du Canada fasse une pause lors de sa dernière décision sur les taux de l’année, le 9 décembre, avant d’effectuer une nouvelle hausse d’un quart de point en janvier.
Il ajoute que la CIBC ne s’attend pas à ce que les mesures d’inflation sous-jacente privilégiées par la Banque du Canada s’accélèrent autant que la banque centrale le craint.
La Banque du Canada a effectivement envisagé de maintenir son taux directeur inchangé lors de cette réunion, indique le gouverneur Tiff Macklem, car la hausse de l’inflation s’est concentrée presque exclusivement sur l’énergie.
La banque centrale observe également une hausse des prix de certains intrants industriels et de l’équipement technique nécessaire au développement de systèmes d’intelligence artificielle.
Les droits de douane et la faiblesse passée du dollar canadien font également grimper les coûts d’importation, note la Banque du Canada dans ses perspectives.
La banque centrale s’attend aussi à une hausse de l’inflation alimentaire l’année prochaine, à mesure que la hausse des prix de l’énergie se répercutera sur la chaîne d’approvisionnement. Elle prévoit que l’inflation alimentaire s’établira en moyenne à environ 4,0% en 2027, soit une hausse d’environ un demi-point de pourcentage par rapport à cette année.
L’augmentation des prix mondiaux de l’énergie constitue un léger avantage pour l’économie canadienne. La hausse des prix du pétrole, combinée à une politique budgétaire favorable, devrait stimuler les investissements des entreprises et soutenir la croissance au cours des prochaines années.
La Banque du Canada anticipe désormais une croissance du PIB réel de 2,0% en 2027 et 2028, comparativement à 1,0% en 2026.
Les perspectives de la banque centrale sont plus modérées en ce qui concerne le marché immobilier. Les contraintes liées à l’abordabilité, le ralentissement de la croissance démographique et la hausse des coûts d’emprunt — alimentée en partie par la hausse des taux de la Banque du Canada elle-même — devraient tous peser sur l’achat de propriétés et la construction au cours des prochaines années.
-Avec Craig Lord, La Presse canadienne

