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Des allers-retours au garage pendant 16 mois: le calvaire de cette propriétaire d’un véhicule électrique neuf

«Je roulais sur l’autoroute à 100 km/h et tout à coup, ma voiture s’est arrêtée.»

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Natalina Recine Natalina Recine posée devant un véhicule qu'elle a acheté après des mois de cauchemar avec son précédent véhicule. (Courtoisie)

Propriétaire d’un véhicule électrique neuf, une Montréalaise a fait 16 mois d’allers-retours au garage pour régler une multitude de problèmes. Pour Natalina Recine, la nouvelle loi «anti-citron» ne va pas assez loin. «Je trouve qu’elle protège davantage les entreprises que le consommateur qui achète la voiture.»

Voici ce qui pousse Mme Recine à tirer cette conclusion. Son calvaire a commencé lorsqu’elle a acheté sa nouvelle Chevrolet Equinox EV chez Le Relais Chevrolet, Buick, GMC à Montréal en décembre 2024. Trois jours après l’avoir ramenée chez elle, la batterie ne se rechargeait plus

Qu’est-ce que la loi anticitron?
La «loi anticitron du Québec» est prévue à l’article 53.1 de la Loi sur la protection du consommateur. Elle garantit la qualité des véhicules et les droits des consommateurs. Son entrée en vigueur s’est faite de façon progressive entre 2023 et 2025.

Source: CAA-Québec

Mme Recine calcule que le concessionnaire a mis environ trois semaines pour diagnostiquer le problème et remplacer l’ensemble du module informatique.

«J’ai parlé à mon concessionnaire et je me suis clairement exprimée en lui disant: “Écoutez, je ne me sens pas à l’aise de garder une voiture qui présente déjà des problèmes alors que je viens tout juste de l’acheter”», s’est souvenu Mme Recine dans une entrevue avec CTV News, ajoutant qu’elle avait immédiatement demandé au concessionnaire d’annuler le contrat.

Selon Mme Recine, le concessionnaire lui a répondu que ce n’était pas possible car elle perdrait la prime gouvernementale pour les véhicules électriques.

Quand votre voiture s’arrête toute seule sur l’autoroute…

Quelques mois plus tard, elle a envoyé un courriel au concessionnaire car les capteurs de la voiture fonctionnaient mal — se déclenchant alors qu’ils n’auraient pas dû — mais elle affirme n’avoir jamais reçu de réponse.

Puis la voiture a commencé à s’arrêter toute seule.

«Je roulais sur l’autoroute à 100 km/h et tout à coup, ma voiture s’est arrêtée.»

—  Natalia Recine à propos de son VUS Chevrolet Equinox

Bien qu’elle a évité une collision ce jour-là, elle affirme avoir eu un accrochage le lendemain: les capteurs n’ont pas détecté un autre véhicule. Son véhicule électrique a subi plus de 11 000 dollars de dommages, couverts par son assurance.

Les réparations ont pris plus d’un mois car le concessionnaire attendait des pièces en rupture de stock.

Mme Recine a déposé au moins deux réclamations auprès de General Motors (GM) qui sont restées sans suite.

Et les problèmes ne se sont pas arrêtés là.

La conductrice a dû ramener sa voiture au garage en mars dernier car Internet ne fonctionnait plus. Elle a découvert que ses essuie-glaces fonctionnaient mal et qu’un message sur le tableau de bord indiquait que la trappe de recharge était ouverte alors qu’elle était fermée.

Mme Recine a noté que le concessionnaire l’avait informée qu’il s’agissait d’un autre problème de communication nécessitant le remplacement d’un autre module.

Cette situation persistante a causé d’importants désagréments à Mme Recine, qui manqué du travail et dépensé des centaines de dollars en essence pour les véhicules de remplacement. Voilà qui, selon elle, va à l’encontre de l’intérêt d’acheter un véhicule électrique.

Un problème croissant avec les véhicules électriques

C’est un casse-tête qui est devenu de plus en plus courant ces dernières années, en particulier avec les voitures électriques, selon George Iny, président de l’Automobile Protection Association.

Une enquête de Consumer Reports de 2024 montre que les véhicules électriques ont connu en moyenne 42 % de problèmes en plus que les véhicules à essence. L’enquête a mesuré la fiabilité des voitures des années-modèles 2022, 2023 et 2024.

M. Iny explique que la Loi sur la protection du consommateur du Québec (LPC) prévoit le retour des biens défectueux.

Introduite fin 2023 dans le cadre de la LPC, la garantie «anti-citron» du Québec — la première du genre au Canada — protège les consommateurs contre les véhicules présentant des défauts graves.

La garantie s’applique aux véhicules neufs à essence, hybrides et électriques achetés ou loués ayant moins de trois ans ou 60 000 kilomètres au compteur.

M. Iny trouve que la loi constitue une amélioration, mais qu’elle présente des lacunes.

«Les constructeurs automobiles ont déjà des avocats sous contrat», souligne l’expert. «Ils paient pour ce travail. Alors le client est vraiment livré à lui-même.»

Qu’est-ce qu’un «citron»? Pour qu’un véhicule soit déclaré «citron», ou «gravement défectueux», il doit répondre à l’un des critères suivants:
Trois tentatives de réparation infructueuses pour le même problème.
Douze tentatives de réparation pour des problèmes distincts et sans rapport les uns avec les autres.
Plus de 30 jours passés chez le concessionnaire pour une ou deux réparations — sans compter les périodes où les pièces n’étaient pas disponibles ou en attente de livraison.

Mme Recine, trouve que sa voiture répondait au deuxième critère. GM semble avoir tiré la même conclusion… Voici ce qui s’est produit ensuite.

Une résolution

CTV News a contacté le concessionnaire, mais celui-ci a renvoyé toutes les demandes des médias à l’équipe des relations publiques de GM.

«Dans ce cas précis, nous travaillons activement avec la cliente et le concessionnaire pour trouver une solution», a répondu GM. «Nos équipes restent mobilisées et déterminées à parvenir à un résultat équitable et satisfaisant.»

Quelques semaines plus tard, Mme Recine a déclaré à CTV News que GM lui avait proposé de racheter sa voiture. Elle a utilisé les 51 000 dollars pour acheter un nouveau véhicule.

«Honnêtement, je pense que je serais probablement encore en train de traverser cette épreuve, car ils n’ont décidé de réagir qu’une fois qu’ils ont compris que j’étais sérieuse, et qu’ils ont compris que je m’étais adressée à un média.»

Loi «anti-citron»: des obstacles juridiques pour les consommateurs

Jesse Caron, expert automobile chez CAA-Québec, explique que la garantie contre les véhicules défectueux est une procédure qui doit être prouvée devant les tribunaux, et que seul un juge peut déclarer un véhicule gravement défectueux.

À ce stade, un consommateur peut demander au concessionnaire ou au constructeur de réduire le prix, d’annuler le contrat ou de verser des dommages-intérêts.

«Cela implique très probablement de faire appel à un avocat, ce qui coûte cher, et il y a des délais. Et pendant ce temps, le véhicule reste en possession de l’acheteur, qui continue donc à payer les mensualités», a noté M. Caron.

M. Iny a indiqué qu’une action en justice peut coûter entre 15 000 et 50 000 dollars, selon l’avocat et la complexité de l’affaire.

Il a ajouté que la disposition québécoise offre moins de protections que les lois américaines sur les véhicules défectueux dont elle s’inspire, et que peu d’affaires ont été portées devant les tribunaux depuis l’entrée en vigueur de la loi.

«Cela ne devrait pas se passer ainsi pour les gens», a déclaré M. Recine.