Devrait-on taxer davantage les riches afin de réduire les inégalités? C’est ce que croit Claire Trottier, présidente du conseil d’administration de Patriotic Millionaires Canada et elle-même ultrariche.
Claire Trottier propose, tout comme l’économiste Gabriel Zucman en France, une taxe de 2% sur la richesse au-dessus de 100 millions de dollars. Si vous avez moins que 100 millions de dollars, cette proposition n’affecterait donc en rien votre fortune.
«C’est seulement en haut de 100 millions de dollars où là vous devez payer 2 % de votre richesse de façon annuelle, ce qui vous permet de continuer d’accumuler des richesses», note-t-elle.
C’est face aux inégalités croissantes qu’elle observe dans la société québécoise que Mme Trottier considère qu’il faut agir. «Je pense qu’ il faut changer les choses. Il faut trouver d’autres façons d’organiser notre système pour assurer que les gens peuvent vivre dignement.»
Elle est convaincue que les personnes ultrariches ne paient pas autant de taxes par rapport à leurs moyens que les gens de la classe moyenne. «Dans ce contexte où les richesses s’accumulent entre les mains d’un petit nombre de personnes, on a une crise du logement, les prix de l’épicerie sont en train de monter, on a un paquet de problèmes, il faut aller adresser ces problématiques-là», soutient Mme Trottier.
Vers un exode des riches?
Alors que cette idée fait grand bruit dernièrement dans les médias, plusieurs voix en défaveur de taxer davantage les riches s’élèvent. Luc Poirier s’est d’ailleurs opposé à une potentielle taxe lors d’une entrevue à Tout le monde en parle sur les ondes de Radio-Canada.
Certains croient d’ailleurs que les riches pourraient par exemple décider de quitter le Québec. «C’est une critique que j’entends toujours, répond de son côté Mme Trottier. Premièrement, une taxe de 2 % au-dessus de 100 millions $ n’aura aucun impact sur la vie de ces gens-là. Ils vont quand même continuer à s’enrichir», commente-t-elle.
«Entendre dire qu’une personne qui en ce moment paie moins vis-à-vis ses moyens qu’une personne de la classe moyenne se sentirait tellement mal pris; qu’elle se sentirait tellement visée par une taxe de cette hauteur-là qu’elle serait prête à quitter sa maison, sa communauté, sa famille, son entreprise, vendre ses effectifs, payer une taxe de sortie pour aller s’installer ailleurs… Je trouve ça un peu insultant», poursuit-elle.
«Pas un coup de bâton magique»
Taxer les ultrariches permettrait-il de régler réellement des problématiques de société ou s’agit-il seulement d’un pansement? Aux yeux de Mme Trottier, il s’agit surtout d’un outil essentiel.
«Je pense que ça n’ira pas tout résoudre. Ce n’est pas un coup de bâton magique. Il faudrait regarder plusieurs autres outils, mais c’est un outil que je crois essentiel pour confronter les inégalités et amener du revenu dans les coffres du gouvernement pour pouvoir travailler sur des choses comme la crise du logement», ajoute-t-elle.
Certains partis politiques, dont Québec solidaire, ont également proposé de taxer les grandes fortunes au-delà de 25 millions $. «Taxer la fortune des 4000 ménages les plus riches du Québec, c’est 3 milliards de dollars pour nos services publics», pouvait-on lire sur certaines publications sociales de la formation politique.
Le débat pourrait revenir sur la place publique dans les prochaines semaines, alors que la campagne électorale provinciale s’amorcera à la fin de l’été.
