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Zacharias Kunuk invente des histoires pour l’avenir des Inuits

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Zacharias Kunuk arrive au tapis rouge lors de la cérémonie des prix au Festival international du film de Toronto, le 7 septembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Laura Proctor Zacharias Kunuk arrive au tapis rouge lors de la cérémonie des prix au Festival international du film de Toronto, le 7 septembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Laura Proctor (Laura Proctor)

Le cinéaste inuit Zacharias Kunuk affirme que son nouveau long métrage fantastique traite autant de l’avenir de son peuple que son histoire vieille de 4 000 ans.

«Nous pensons que dans cent ans, lorsque nous serons sous terre, les gens étudieront ces films», raconte le cinéaste de 68 ans. Nous devons donc essayer de bien faire les choses.»

«Uiksaringitara: le mauvais mari» se déroule en 2000 av. J.-C., à Igloolik, au Nunavut. Il raconte les péripéties de deux jeunes amoureux, Kaujak et Sapa, interprétés par Theresia Kappianaq et Haiden Angutimarik, qui se sont promis l’un à l’autre dès leur naissance. Leur lien sera mis à l’épreuve lorsque la mère de Kaujak se remarie après la mort de son mari, l’envoyant dans un autre campement. Guidés par des esprits bienveillants et traqués par un troll maladroit qui vole des enfants, ils se sépareront dans l’espoir de se retrouver.

Le film, qui a remporté le prix du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto, est actuellement à l’affiche dans certaines salles du pays, notamment à Montréal. Il sera aussi projeté mercredi dans une salle de Stanstead, dans les Cantons de l’Est.

Zacharias Kunuk se souvient qu’au milieu des années 1960, il avait rencontré à Igloolik un homme qui, tout comme dans l’histoire du film, avait épousé une femme promise à un autre. Ils ont construit une vie ensemble et ont eu deux enfants, jusqu’au jour où le fiancé initial de la femme est revenu.

« Ils se sont battus. Et il a perdu. Le vrai mari a emmené sa femme», raconte-t-il.

Cette histoire vraie a été à l’origine de «Uiksaringitara : le mauvais mari». Le film reflète une partie de la culture inuite qui avait largement disparu après l’arrivée du christianisme dans l’Arctique, lorsque les missionnaires des XIXe et XXe siècles ont activement découragé de nombreuses pratiques traditionnelles.

«Quand j’étais enfant, je savais qu’il existait des mariages arrangés. J’en avais entendu parler. Je savais que certaines personnes les pratiquaient encore. Au moment où le christianisme nous a envahis, nous avons commencé à abandonner la culture inuite parce que nous voulions tous aller au paradis», explique le réalisateur.

« C’est notre culture. Elle a été tellement oubliée. Mais cette culture me fascine. C’est elle qui m’a amenée ici aujourd’hui.»

Même si l’histoire du film se déroule il y a plusieurs siècles, M. Kunuk précise que la période n’est qu’une estimation.

«La beauté de cette culture réside dans le fait que le temps s’est arrêté. Les vêtements étaient les mêmes, les animaux étaient les mêmes, la façon dont on les abattait était la même, relate-t-il. Nous ne pouvions pas vraiment dire si c’était il y a 4000 ans ou 500 ans, alors nous avons simplement choisi un chiffre.»

Zacharias Kunuk a d’abord attiré l’attention des cinéphiles du monde entier en présentant «Atanarjuat : la légende de l’homme», une adaptation épique d’une légende inuite racontant le combat d’un guerrier contre un esprit maléfique semant la discorde dans une communauté. Ce film est largement considéré comme l’un des meilleurs films canadiens de tous les temps.

Le film a notamment obtenu en 2001 la Caméra d’or remis pour récompenser le meilleur premier film de toutes les sections du Festival de Cannes.

Le cinéaste souligne que son objectif pour chaque projet est simple : réécrire l’histoire du point de vue des Inuits, en préservant autant que possible leur culture.

«Lorsque nous mettons en scène notre culture, nous voulons la représenter à la perfection. Nous voulons que les costumes soient corrects, que la langue soit correcte, que le dialecte soit correct. Je travaille avec les aînés dès le début pour développer l’histoire. Je m’assure que les scènes que je vais tourner sont correctes. Si les aînés ne les aiment pas, je ne les tourne pas.»

Cette approche s’étend aux personnages surnaturels du film, notamment les trolls, les chamans et les esprits bienveillants.

«Quand nous étions enfants et que nous vivions sur ces terres, nos parents nous recommandaient de ne pas trop nous éloigner, sinon le troll nous attraperait. Ce sont des choses avec lesquelles nous avons grandi et je voulais les intégrer dans le film.»

M. Kunuk dit qu’il voulait aussi que le film serve de terrain d’entraînement pour une nouvelle génération d’acteurs nordiques. Son collaborateur de longue date, l’acteur Natar Ungalaaq, et lui ont recruté des élèves du secondaire sans formation à Igloolik.

«Les élèves étaient très intéressés par l’idée de représenter leur propre culture. Quand cela vient de la culture, on ne peut pas faire plus authentique», lance-t-il.

Le réalisateur est déjà plongé dans son prochain projet, une série documentaire en huit épisodes qui sera diffusée sur APTN. Elle retrace l’histoire des Inuits depuis l’époque précoloniale jusqu’à nos jours. La série suit l’arrivée des baleiniers, des commerçants, des missionnaires et, finalement, les changements climatiques, qui, selon lui, sont en train de transformer la vie dans l’Arctique.

«Quand je suis arrivé à Igloolik en 1966, l’océan gelait au début d’octobre. Cette année, il n’a gelé qu’à la fin de novembre. Nous devons adapter nos itinéraires de chasse printaniers, car la glace est trop fine. Mais les Inuits ont déjà affronté et survécu à beaucoup de choses.»

Zacharias Kunuk dit avoir déjà des idées pour un prochain long métrage: une histoire de métamorphose inspirée de la mythologie inuite.

«Je vais peut-être le faire, dit-il avec un sourire. Je dois juste faire mes recherches. De retour à l’école.»

Alex Nino Gheciu, La Presse Canadienne