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Une motion condamnant les propos de Bouazzi est rejetée

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Le député Haroun Bouazzi, de Québec solidaire, prend part à la période de questions à l'Assemblée nationale, le 6 mai 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Le député Haroun Bouazzi, de Québec solidaire, prend part à la période de questions à l'Assemblée nationale, le 6 mai 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

Tous les partis, sauf Québec solidaire (QS), ont condamné mardi les propos de son député Haroun Bouazzi, qui a laissé entendre que l’Assemblée nationale était un lieu «toxique».

Dans un journal de quartier, M. Bouazzi a affirmé que l’Assemblée nationale est un lieu où le fait de «mentir, manipuler, intimider» fait partie du quotidien.

Le gouvernement caquiste et le Parti québécois (PQ) avaient rapidement réagi la semaine dernière en réprouvant ces déclarations, et en demandant même l’expulsion du député du caucus de QS, tandis que les deux co-porte-prole de QS, Ruba Ghazal et Sol Zanetti, avaient pour leur part justifié ses propos.

Mardi, après la période de questions, la Coalition avenir Québec (CAQ), appuyée par le PQ, le Parti libéral (PLQ) et des députés indépendants, a déposé une motion pour forcer QS à désavouer son député.

«Que l’Assemblée nationale (...) rejette tout propos affirmant ou laissant entendre qu’elle constitue un espace toxique de travail; qu’elle affirme sans nuance que mentir, manipuler ou intimider ne fait pas partie du quotidien de cette Assemblée, ni d’aucun de ses 125 membres», disait le libellé lu par la députée caquiste Kariane Bourassa.

La motion a été acclamée et applaudie par un grand nombre de députés, mais QS n’a pas donné son consentement pour en débattre, elle n’a donc pas pu être votée.

Juste avant, le co-porte-parole masculin de QS, Sol Zanetti, avait déposé une motion qui était en quelque sorte une riposte, à la défense de M. Bouazzi.

«Que l’Assemblée nationale (...) prenne acte également que les politiciens et politiciennes subissent de plus en plus d’intimidation et de gestes à caractère violent», affirmait la motion.

«Qu’elle rappelle que la liberté d’expression des parlementaires, y compris lorsqu’ils expriment des préoccupations sur le climat politique, est essentielle à la vitalité démocratique.»

Le leader parlementaire adjoint du gouvernement caquiste a refusé que la motion soit débattue.

La direction de QS a toujours défendu son député en affirmant qu’il exprimait son «ressenti» et qu’il visait le climat et non l’institution de l’Assemblée.

Dans l’article publié dans Le Journal des Voisins de sa circonscription, M. Bouazzi a affirmé précisément: «L’Assemblée nationale est un espace toxique, où tout ce que je dis à mon fils de six ans de ne pas faire - mentir, manipuler, intimider - fait partie du quotidien.»

«Les propos de Haroun sur le climat politique sont partagés par beaucoup de monde dans la population, avait argué M. Zanetti. Le problème, ce n’est pas l’Assemblée nationale, le problème, ce sont certaines façons de faire de la politique.»

Le ministre de la Justice et leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, avait été lapidaire.

«(M. Bouazzi) méprise les élus de l’Assemblée nationale et par conséquent, le peuple québécois. Être un membre de l’Assemblée nationale vient avec des obligations de dignité et M. Bouazzi échoue à tout cela.»

M. Bouazzi avait été mêlé à une controverse en 2024 et il avait alors reçu des menaces.

Dans un discours à un gala pour la Fondation Club Avenir, un organisme à but non lucratif qui œuvre pour l’intégration des communautés maghrébines au Canada, il avait affirmé: «Dieu sait que je vois ça à l’Assemblée nationale tous les jours: la construction de cet Autre, de cet Autre qui est maghrébin, qui est musulman, qui est Noir ou Autochtone, et de sa culture qui, par définition, serait dangereuse ou inférieure.»

L’Assemblée nationale avait adopté deux motions pour condamner cette sortie, mais M. Bouazzi avait refusé de présenter des excuses.

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

Patrice Bergeron

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Journaliste