Le gouvernement fédéral fait face à des appels de plus en plus pressants pour qu’il mette en place une commission d’examen des distinctions militaires et qu’il décerne enfin la plus haute distinction militaire du Canada.
La Croix de Victoria canadienne a été créée en 1993 pour reconnaître les actes de bravoure, de sacrifice de soi ou de dévouement au devoir face à l’ennemi, mais elle n’a jamais été décernée.
L’ancien chef d’état-major de la Défense du Canada, le général à la retraite Rick Hillier, a mené mercredi une délégation sur la Colline du Parlement pour demander au gouvernement fédéral de réexaminer plus de 40 cas de vétérans remontant à la Première Guerre mondiale.
La députée libérale Pauline Rochefort a présenté mercredi une pétition signée par plus de 16 000 Canadiens pour soutenir la création d’une commission d’examen.
«Il ne s’agit pas de rouvrir le passé, mais de veiller à ce que, lorsque de nouvelles preuves apparaissent, notre système nous permette de réexaminer les dossiers», a expliqué la députée libérale.
Au cœur de ce mouvement se trouve le cas du soldat Jess Larochelle, qui a combattu en Afghanistan, et d’envisager de lui décerner la première Croix de Victoria canadienne.
En 2006, M. Larochelle a repoussé à lui seul une attaque des talibans, sauvant ainsi la position de son peloton.
«Nous avons débattu pour savoir s’il s’agissait de l’Étoile de la vaillance militaire ou de la Croix de Victoria. Mais ce que nous avions devant nous pour examiner le dossier n’était en réalité qu’une citation de deux paragraphes», a indiqué M. Hillier mercredi. En tant que chef d’état-major de la Défense, il présidait le comité des honneurs et des distinctions des Forces canadiennes lorsque M. Larochelle a été honoré pour son courage.
«Et au final, nous avons opté pour l’Étoile de la vaillance militaire, et je ne suis toujours pas sûr que nous ayons pris la bonne décision. Maintenant que je dispose de tous ces détails (…), je pense que nous nous sommes trompés. Et je pense que si nous avions réexaminé le dossier en tenant compte de ces informations, ainsi que du témoignage de ses compagnons d’armes sur ce qui s’était passé lors de ce combat, nous aurions penché en faveur de la Croix de Victoria.»
Le délai pour décerner une Croix de Victoria canadienne est de cinq ans, à compter du moment où l’action a lieu sur le champ de bataille. Il n’y a pas de processus de révision — ce que la délégation à l’origine de la conférence de presse de mercredi tente de changer.
Seul contre tous
En octobre 2006, Jess Larochelle et son peloton contribuaient à sécuriser la construction d’une route afin de permettre aux Afghans de la province de Kandahar d’acheminer leurs récoltes — comme des pastèques et des figues — vers les marchés, a raconté M. Hillier.
Il a précisé que l’objectif était de réorienter l’économie locale vers des cultures légales et de l’éloigner de «l’économie de la drogue».
Alors qu’ils mettaient en place leurs positions, des sources du renseignement ont signalé qu’une attaque des talibans était imminente.
«Cela allait être une attaque de grande envergure et déterminée», a précisé le général à la retraite.
Le caporal-chef sur le terrain a ordonné aux troupes de se poster près d’une «tour de boue», mais il ne pouvait pas se passer de deux soldats, ce qui aurait été la norme.
«Nous n’essayons jamais de placer une seule personne dans un endroit où elle risque d’être quelque peu isolée. Nous voulons toujours deux ou trois personnes. Mais il a dit: “Nous n’avons pas assez de troupes pour faire ça en ce moment. Nous sommes vraiment à court de personnel. Y a-t-il un volontaire ?”», a poursuivi M. Hillier.
M. Larochelle s’est porté volontaire.
Quelques minutes plus tard, les talibans ont attaqué.
«Il y avait jusqu’à 40 combattants qui attaquaient, en ciblant spécifiquement cette tour où se trouvait Jess, a souligné M. Hillier. Jess disposait d’une arme à feu, la C-7, avec environ 800 cartouches, et a riposté à l’attaque, éliminant les assaillants, brisant leur tactique et les empêchant de s’approcher de la position de son peloton.»
Les talibans ont tiré une grenade propulsée par fusée sur la position de M. Larochelle, a ajouté M. Hillier. Elle a touché la tour et projeté le soldat contre un mur, le rendant inconscient.
Après avoir repris ces esprits, il a saisi une de ses propres roquettes — un lance-roquettes M72 à usage unique — et a riposté, repoussant l’attaque.
Deux heures plus tard, un lieutenant commandant la section est monté à la tour, qui avait été si gravement endommagée qu’il pensait que personne ne pouvait avoir survécu.
«Et puis une petite tête a surgi, et c’était Jess Larochelle», a affirmé M. Hillier, ajoutant que le soldat avait refusé d’être remplacé, bien qu’on l’ait averti qu’aucun renfort n’arriverait avant tard dans la nuit.
«Le lendemain, Jess a aidé son équipe à transporter le corps de son très bon ami, le soldat Blake Williamson, dans l’avion pour son dernier voyage de retour au Canada», a raconté M. Hillier
«Ce n’est qu’après avoir aidé à transporter les corps de ses amis dans cet avion et leur avoir rendu un dernier hommage que Jess s’est adressé à l’un de nos infirmiers de combat en disant: “Hé, j’ai un peu mal.” Eh bien, dire qu’il avait “un peu mal” était un euphémisme», a commenté M. Hillier.
M. Larochelle avait subi un décollement de la rétine, des fractures des vertèbres du dos et du cou, des perforations des tympans et une commotion cérébrale.
Jess Larochelle est décédé en 2023.
«Cette médaille ne serait pas seulement pour Jess et sa famille, elle serait pour nous tous. Et nous aurions tous le sentiment d’avoir mérité cette médaille avec lui», a déclaré Bruce Moncur, qui a fondé Valour in the Presence of the Enemy en 2020 pour défendre la cause des soldats qui n’ont jamais été honorés comme il se doit.
Une pétition similaire avait été présentée il y a quatre ans, mais le gouvernement de l’époque avait refusé d’agir.
M. Moncur a dit mercredi qu’il espérait que le gouvernement prendrait une décision différente cette fois-ci.
«La raison qu’ils nous ont donnée en réponse à la première pétition était qu’ils étaient simplement satisfaits du système tel qu’il était. Nous leur montrons donc aujourd’hui que cette réponse n’est pas suffisante», a soutenu M. Moncur.
