L’ambassadrice de l’Union européenne (UE) au Canada affirme que l’Union est en train de mettre en place un nouveau partenariat avec Ottawa, sans précédent par rapport à ce qui existe actuellement.
«Ce que nous envisageons est différent de ce que nous avons avec d’autres pays», a déclaré Geneviève Tuts lors d’une entrevue mercredi. «Ce sera quelque chose d’unique.»
Le premier ministre Mark Carney a déclaré le mois dernier qu’il souhaitait renforcer les liens avec l’Europe après avoir signé un pacte sur l’industrie de la défense, qui vient s’ajouter à l’accord de partenariat stratégique existant et à un accord de libre-échange.
«Cet automne, nous allons entamer des discussions avec l’Union européenne, la deuxième économie en importance dans le monde, pour approfondir et renforcer notre partenariat en matière de sécurité et d’économie», a annoncé M. Carney le 22 août.
Mme Tuts a précisé que les modalités de ce partenariat étaient encore en cours d’élaboration, mais qu’il ne ressemblerait pas exactement aux accords que l’UE a conclus avec des pays voisins, tels que la Suisse, la Norvège et le Royaume-Uni.
Elle a indiqué que ce nouveau partenariat ferait l’objet de discussions entre M. Carney et des responsables de l’UE lors de sa visite au Parlement européen à Strasbourg la semaine prochaine. Mme Tuts a souligné qu’il est rare que des dirigeants non européens comme M. Carney soient invités à Strasbourg.
Les médias ont fait état d’un accord qui se profilerait entre l’UE et le Canada lors de la réunion de la semaine prochaine, mais Mme Tuts a déclaré qu’elle s’attendait plutôt à des discussions sur un éventuel nouveau partenariat.
Bruxelles consulterait ensuite les États membres, et le Canada ferait de même avec les provinces, avant une éventuelle annonce lors d’un sommet prévu fin octobre.
«Il ne s’agit pas seulement de combler des lacunes», a précisé Mme Tuts.
«L’idée est d’aller plus loin dans l’intégration, tant sur le fond que sur la manière dont nous travaillons ensemble. La première réflexion portera donc sur le fond. Que voulons-nous faire ensemble? Dans quels domaines souhaitons-nous coopérer davantage? La deuxième partie concernera la manière de procéder, sous quelle forme. Cela viendra plus tard.»
Les détails du partenariat encore flous
Achim Hurrelmann, codirecteur du Centre d’études européennes de l’université Carleton, a indiqué qu’il semblait que le nouvel accord soit élaboré à la hâte.
«Je ne m’attendrais pas à beaucoup de détails à ce stade, car j’ai l’impression qu’ils sont en réalité un peu à la recherche d’idées sur ce qu’il faudrait inclure dans ce nouvel ensemble, afin de former un partenariat encore plus étroit», a-t-il déclaré.
«Je m’attendrais à ce que des déclarations soient faites sur la mise en place d’une nouvelle étape de relations encore plus étroites entre l’UE et le Canada. Il semble y avoir un consensus sur le fait que le sommet d’octobre est censé aboutir à cela.»
Il a précisé que cela pourrait inclure des éléments tels que la collaboration sur la constitution d’un stock européen de minéraux critiques, des échanges d’étudiants universitaires dans le cadre du programme Erasmus et un accord sur le commerce numérique.
M. Hurrelmann a estimé que tout cela pourrait se résumer à une série d’accords plutôt qu’à un pacte majeur, ou à un rassemblement d’idées regroupées sous l’intitulé «coopération en matière de capacités stratégiques».
«Il existe de nombreuses initiatives, mais elles ne constituent pas vraiment, à ce stade et d’après ce que je peux voir, cette nouvelle étape systémique dans la relation, a-t-il affirmé. Je ne suis pas vraiment sûr que le fond justifie réellement cette nouvelle appellation.»
Il a ajouté que le renforcement des liens pourrait dépendre des défis liés à la mise au point par le Canada de son accès commercial au marché américain et à la montée, en Europe, de mouvements d’extrême droite sceptiques à l’égard de l’UE.
Le Canada a été le premier partenaire non européen à participer à un programme de prêts de l’UE destiné à des projets de défense communs, l’initiative Agir pour la sécurité en Europe (instrument SAFE).
Mais jusqu’à présent, un seul projet a vu le jour dans le cadre de ce programme pour le Canada. L’UE facture aux partenaires de l’instrument SAFE une redevance calculée en fonction des retombées économiques attendues, et a fixé en décembre dernier une redevance nettement inférieure pour le Canada par rapport au Royaume-Uni.
«Comme toujours dans les relations entre le Canada et l’UE, il est plus facile de faire de grandes déclarations sur de nouvelles initiatives que de donner réellement suite à ces annonces», a remarqué M. Hurrelmann.
Agenda chargé pour l’UE et le Canada
Mercredi prochain à Strasbourg, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit prononcer son discours annuel sur l’état de l’Union européenne, dans lequel elle exposera ses priorités pour les douze prochains mois, a indiqué Mme Tuts.
Elle a ajouté que M. Carney prononcerait son propre discours le lendemain matin devant les 720 membres du Parlement européen.
Le Canada accueillera le sommet UE-Canada six semaines plus tard, à l’occasion duquel M. Carney devrait recevoir Mme von der Leyen et le président du Conseil européen, Antonio Costa. La rencontre se tiendra les 29 et 30 octobre, mais son lieu n’a pas encore été annoncé.
Mme Tuts a précisé que le gouvernement canadien avait chargé plusieurs personnes de superviser la collaboration «assez intense» qu’il entretient avec l’Union européenne sur des questions allant des minéraux critiques à la désinformation.
«Nous vivons un moment très fascinant dans nos relations. Nous sommes plus proches que jamais — et nous le serons encore davantage», a-t-elle déclaré.

