Uber a lancé lundi une fonctionnalité permettant aux passagères et conductrices de tous les États-Unis d’être mises en relation avec d’autres femmes pour leurs trajets. Cette initiative étend un programme pilote visant à répondre aux préoccupations concernant la sécurité de sa plateforme de covoiturage.
Cette nouvelle fonctionnalité est déployée à l’échelle nationale malgré une action collective en cours en Californie, intentée par des chauffeurs Uber qui estiment qu’elle est discriminatoire envers les hommes.
Lyft, son concurrent, fait face à une action en justice pour discrimination concernant une offre similaire qu’il a lancée à l’échelle nationale en 2024.
La fonctionnalité d’Uber, annoncée dans un article de blogue, permet aux femmes de demander une conductrice via une option de l’application intitulée «Conductrices».
Les passagères peuvent choisir une autre course si l’attente pour une conductrice est trop longue, et elles peuvent également réserver un trajet avec une conductrice.
Une troisième option permet aux utilisatrices d’indiquer leur préférence pour une conductrice dans les paramètres de l’application, ce qui augmente leurs chances d’être mises en relation avec une femme, sans toutefois le garantir. Uber permet également aux utilisateurs adolescents de demander des conductrices.
Les conductrices Uber peuvent paramétrer l’application pour privilégier les courses avec des passagères et désactiver cette option à tout moment.
Uber, dont le siège social est à San Francisco, affirme qu’environ un cinquième de ses chauffeurs aux États-Unis sont des femmes, bien que ce pourcentage varie selon les villes.
En novembre, deux conducteurs Uber californiens ont intenté une action collective contre Uber, arguant qu’en offrant potentiellement aux conductrices l’accès à un plus large éventail de passagers, cette nouvelle fonctionnalité enfreint la loi sur les droits civiques Unruh de Californie, qui interdit la discrimination sexuelle par les entreprises.
La plainte soutient également que la politique d’Uber «renforce le stéréotype sexiste selon lequel les hommes sont plus dangereux que les femmes».
Uber a déposé une requête en arbitrage dans cette affaire, invoquant un accord signé par les plaignantes lors de leur inscription en tant que conductrices sur l’application. Dans sa requête, Uber conteste que sa nouvelle fonctionnalité enfreigne la loi Unruh, affirmant qu’elle «sert un intérêt public majeur et reconnu en matière de sécurité».
Ann Olivarius, cofondatrice du cabinet d’avocats McAllister Olivarius, spécialisé dans les affaires de discrimination et de harcèlement sexuels, estime qu’Uber et Lyft disposent d’arguments solides pour se défendre contre les poursuites pour discrimination, car ces fonctionnalités répondent à un besoin commercial urgent de protection des clients.
«Réduire le risque de viol pour une cliente: est-ce une nécessité commerciale? Je dirais que oui», a déclaré Mme Olivarius.
Uber a testé la fonctionnalité «Préférences pour les femmes» à San Francisco, Los Angeles et Detroit l’été dernier, avant de l’étendre à 26 villes américaines en novembre.
L’entreprise avait initialement lancé une version de cette fonctionnalité en Arabie saoudite en 2019, à la suite de la loi historique du pays accordant aux femmes le droit de conduire. Elle propose désormais des options similaires dans 40 autres pays, dont le Canada et le Mexique.
Uber et Lyft ont tous deux été confrontés à des milliers de signalements d’agressions sexuelles au fil des ans, provenant autant de passagers que de chauffeurs. En février, un jury fédéral a reconnu Uber responsable dans une affaire d’agression sexuelle datant de 2023 et l’entreprise a été condamnée à verser 8,5 millions $ US à une femme de l’Arizona qui affirmait avoir été violée par l’un de ses chauffeurs.
Uber soutient que, ses chauffeurs étant des travailleurs indépendants, elle n’est pas responsable de leurs fautes. Cependant, Uber affirme avoir pris de nombreuses mesures pour améliorer la sécurité, notamment en s’associant à Lyft en 2021 pour créer une base de données des chauffeurs radiés après des plaintes pour agression sexuelle et autres délits.
Campagne médiatique
Melody Flores, une mère célibataire qui travaille comme conductrice Uber de nuit à San Francisco afin de pouvoir s’occuper de sa fille de quatre ans pendant la journée, explique qu’elle utilise presque exclusivement l’option «Préférence pour les femmes» et participe à des publicités promouvant cette fonctionnalité.
Melody Flores, 41 ans, raconte qu’elle avait souvent affaire à des passagers masculins ivres qui tenaient des propos obscènes. Désormais, elle transporte principalement des femmes qui sortent de leurs services de nuit à l’hôpital ou au restaurant, ou qui quittent des soirées.
Elle a indiqué que son activité avait repris, notamment parce qu’elle se sentait plus à l’aise pour conduire dans des quartiers qui l’inquiétaient auparavant.
«Surtout quand on travaille de nuit, c’est vraiment pratique d’avoir cette option», a souligné Mme Flores.
Sergio Avedian, chauffeur Uber et Lyft et contributeur régulier du blogue populaire The RideShare Guy, croit que l’idée est positive, mais il s’interroge sur sa faisabilité, compte tenu du manque de conductrices féminines, en particulier durant la nuit.
«Vous allez rester assis devant un bar à attendre 20 minutes de plus pour être mis en relation avec une femme? s’est interrogé M. Avedian. Pour les passagers, l’important c’est la rapidité et le prix de la course.»
Uber espère que l’option «Préférences pour les femmes» attirera davantage de conductrices sur sa plateforme et a lancé une campagne médiatique mettant en scène des athlètes de renom comme Alex Morgan et Jordan Chiles pour la promouvoir.
Contrairement à Women+Connect de Lyft, la fonctionnalité d’Uber n’est pas accessible aux personnes non binaires, qu’il s’agisse de passagers ou de chauffeurs. Uber précise que, pour les chauffeurs, l’entreprise se base sur le genre indiqué sur leur permis de conduire.
Ainsi, pour les femmes transgenres, l’utilisation de cette fonctionnalité dépend de la législation de leur État, qui autorise ou non la modification de leur identité de genre sur leurs documents officiels.
Interrogée par l’Associated Press, Uber a déclaré: «Nous avons consulté diverses associations de défense des droits des femmes et des groupes LGBTQ+ lors de la conception de cette fonctionnalité et avons conclu qu’elle ne représente pas la meilleure solution pour les personnes non binaires, qu’il s’agisse de passagers ou de chauffeurs.»
