L’ancien premier ministre Justin Trudeau met en garde contre le fait que les droits de douane américains menacent de rapprocher le Canada de la Chine dans le secteur automobile.
S’exprimant jeudi lors d’un événement organisé par CNBC à Singapour, M. Trudeau a déclaré que les «pressions économiques et les mesures coercitives» avaient failli pousser l’entreprise aérospatiale canadienne Bombardier «dans les bras de la Chine» il y a près de dix ans.
M. Trudeau a raconté que lorsque Bombardier a commencé à construire ses avions C-Series, le constructeur américain Boeing et le constructeur néerlandais Airbus ont fait «tout ce qu’ils pouvaient» pour empêcher les ventes de Bombardier de décoller.
«Ils disaient à tous leurs clients: “Ne vous avisez pas de passer commande pour la C-Series! Ne le faites pas, ne le faites pas!” Et finalement, Bombardier a commencé à connaître de réelles difficultés», a-t-il déclaré.
«Que s’est-il passé alors? La Chine a frappé à la porte de Bombardier et a débarqué avec un camion rempli d’argent (…) ainsi, Boeing et Airbus, qui s’efforçaient de mettre Bombardier en faillite (…) nous ont presque poussés dans les bras de la Chine.»
M. Trudeau a indiqué avoir soulevé la question lors du sommet du G7 de 2017 en Italie auprès du président américain Donald Trump, du président français Emmanuel Macron et de l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel.
À la suite de cette réunion, Airbus a acquis une participation majoritaire dans le programme C-Series — une décision que M. Trudeau a attribuée aux discussions menées lors du G7.
M. Trudeau estime qu’un scénario similaire se déroule actuellement -- les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump aux constructeurs automobiles canadiens poussant ces derniers à se rapprocher de la Chine.
En 2024, le Canada a imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, emboîtant le pas aux États-Unis et invoquant des pratiques commerciales déloyales.
En 2025, M. Trump a imposé des droits de douane punitifs au secteur automobile canadien.
En janvier, après une rencontre avec le président chinois Xi Jinping, le premier ministre Mark Carney a obtenu un allègement tarifaire pour les secteurs agricoles canadiens en échange de l’autorisation d’importer jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois au taux réduit de 6,1 %.
M. Trudeau a soutenu que l’épisode avec Bombardier montre que la concurrence de mauvaise foi entre des pays censés partager des valeurs ne fait que donner un avantage aux pays qui ne les partagent pas.
«Nous assistons actuellement à une situation similaire avec le président Trump. Il menace l’industrie automobile canadienne, ce qui nous oblige désormais à envisager une collaboration avec la Chine, car l’industrie américaine ne souhaite plus travailler avec nous», a résumé M. Trudeau.

