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Trans Mountain croit que le pipeline devrait appartenir à Ottawa

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Deux pétroliers sont amarrés à Burnaby, en Colombie-Britannique, pour être chargés avec le pétrole provenant de l'extension de l'oléoduc Trans Mountain, le 10 juin 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck Deux pétroliers sont amarrés à Burnaby, en Colombie-Britannique, pour être chargés avec le pétrole provenant de l'extension de l'oléoduc Trans Mountain, le 10 juin 2024. (DARRYL DYCK)

Les dirigeants de Trans Mountain et de l’agence fédérale chargée de superviser cette société d’État estiment qu’il est possible qu’Ottawa conserve indéfiniment la propriété de l’oléoduc reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique.

Mark Maki, président-directeur général de Trans Mountain, a affirmé qu’il s’agissait d’un «pipeline souverain» opérant presque entièrement au Canada et qu’il représentait un «actif incroyablement stratégique» pour le pays.

Lors d’une conférence du Canadian Club à Toronto, M. Maki a été rejoint sur scène par Elizabeth Wademan, qui dirige la Corporation de développement des investissements du Canada.

Elle a souligné que les récentes turbulences géopolitiques ont mis en évidence l’importance de cet oléoduc, qui transporte le pétrole brut issu des sables bitumineux d’Edmonton jusqu’à un terminal maritime dans la région de Vancouver, d’où les cargaisons peuvent être expédiées vers l’Asie.

«Il a une valeur inestimable, a affirmé Mme Wademan. Il est tout à fait justifié d’en être un actionnaire à long terme (...) Personnellement, je serais ravie qu’il appartienne aux Canadiens.» Elle a toutefois précisé que CDEV devait envisager toutes les options et rester à l’affût des opportunités du marché.

Trans Mountain, propriétaire et exploitant de l’oléoduc, est une filiale de CDEV, qui gère des investissements pour le compte du gouvernement fédéral et relève du ministre des Finances.

Mme Wademan décrit son organisme comme un «actionnaire amical, mais exigeant» de la société exploitant le pipeline.

L’oléoduc Trans Mountain d’origine dessert la région du Lower Mainland en Colombie-Britannique depuis les années 1950. Soixante ans plus tard, la filiale canadienne du transporteur énergétique américain Kinder Morgan a proposé un projet d’expansion, baptisé TMX, visant à exporter vers l’Asie.

Le projet TMX s’est heurté à une forte opposition et à des contestations judiciaires, et Kinder Morgan a finalement abandonné le projet.

Ottawa a racheté l’oléoduc pour 4,5 milliards de dollars en 2018 afin de garantir la réalisation de l’expansion. Le coût prévu de la construction a explosé pour atteindre plus de 34 milliards $ au moment du démarrage des travaux en mai 2024, contre une estimation de 7,4 milliards $ sept ans plus tôt.

Selon M. Maki, se focaliser sur cette flambée des coûts occulte de nombreux éléments de contexte.

«C’est comme comparer le prix d’un ordinateur personnel d’il y a 20 ans à celui d’aujourd’hui et ses performances actuelles», a-t-il relevé, évoquant un environnement réglementaire contraignant qui semble désormais s’améliorer, ainsi que des événements indépendants de notre volonté survenus au moment de la construction, tels que des catastrophes naturelles et la pandémie de COVID-19.

Le gouvernement fédéral a indiqué qu’il n’avait pas l’intention d’être propriétaire à long terme et qu’il vendrait éventuellement l’oléoduc au secteur privé, à des groupes autochtones ou à une combinaison des deux.

La participation des Autochtones est «absolument toujours envisagée», a affirmé Mme Wademan, mais les négociations sont complexes et prennent du temps.

M. Maki a indiqué que le réseau Trans Mountain transportait actuellement 850 000 barils de brut par jour depuis la région d’Edmonton jusqu’à ses quais de Burnaby, en Colombie-Britannique, se rapprochant ainsi de sa capacité maximale de 890 000 barils par jour.

Il a ajouté que ce n’était pas nécessairement une situation idéale pour le Canada, car cela signifiait que les producteurs ne disposaient que de peu de flexibilité pour acheminer leur pétrole jusqu’à l’océan Pacifique.

M. Maki a soutenu que le Canada avait besoin d’un deuxième pipeline sur la côte ouest, comme celui que l’Alberta essaie de train de mettre en place, mais qu’il était trop tôt pour déterminer si un tracé vers la côte de la Colombie-Britannique serait le plus approprié par le nord ou par le sud.

Trans Mountain fait partie des entreprises qui apportent leur expertise technique au projet de l’Alberta.

Son conseil: «Prenez votre temps. Ne vous précipitez pas pour choisir un tracé nord ou sud.»