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Que faut-il savoir sur la maladie d’Ebola, qui fait des ravages en Afrique?

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Ebola et hantavirus: le monde vit une époque «dangeureuse», alerte l’OMS L’hantavirus et Ebola ne sont que les dernières crises en date d’une époque «dangereuse et source de divisions», a alerté lundi le chef de l’Organisation mondiale de la santé à l’ouverture de l’assemblée annuelle de l’OMS.

Alors qu’un type rare d’Ebola continue de se propager en République démocratique du Congo et en Ouganda, voici ce qu’il faut savoir.

Y a-t-il différents types d’Ebola?

Oui. Il existe plusieurs virus responsables de la maladie d’Ebola. Les plus courants sont le virus Ebola, également appelé souche Zaïre, et le virus du Soudan. Actuellement, c’est le virus Bundibugyo qui circule en Afrique.

«La plupart des épidémies ont été causées par la souche Zaïre. C’est sur cette souche que la plupart des recherches se sont concentrées», explique le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses au Réseau universitaire de santé de Toronto.

Le Dr Bogoch rappelle que le Laboratoire national de microbiologie du Canada a contribué à la mise au point du premier vaccin contre l’Ebola.

Cependant, ajoute-t-il, l’un des aspects préoccupants de l’épidémie actuelle est qu’il n’existe aucun traitement ni vaccin contre le virus Bundibugyo dont l’efficacité a été prouvée.

Quels sont les symptômes?

Les symptômes sont similaires pour tous les types d’Ebola. Ils peuvent commencer par de la fièvre, de la fatigue, des douleurs musculaires, des maux de tête et des maux de gorge, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Ces symptômes peuvent évoluer vers des vomissements, de la diarrhée, des douleurs abdominales, des éruptions cutanées et une altération des fonctions rénales et hépatiques.

Des saignements internes et externes, notamment du sang dans les gencives ou dans les selles, peuvent également survenir, mais plus rarement.

«Je pense qu’il existe une perception selon laquelle les hémorragies sont un symptôme courant, mais elles sont en réalité moins fréquentes et surviennent surtout à un stade avancé (de la maladie)», mentionne Meaghan Thumath, professeure adjointe en santé publique et gestion des urgences à l’Université de la Colombie-Britannique.

Mme Thumath a travaillé avec l’OMS lors d’une autre épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, en 2019.

L’une des difficultés du diagnostic d’Ebola réside dans le fait que plusieurs de ses symptômes se retrouvent également dans d’autres maladies infectieuses, telles que le paludisme, la fièvre typhoïde et la méningite.

Comment la maladie se propage-t-elle?

La période d’incubation est de 2 à 21 jours. Les personnes atteintes d’Ebola ne sont pas contagieuses tant qu’elles ne présentent pas de symptômes, précise Trish Newport, une Canadienne qui travaille comme responsable des urgences pour Médecins sans frontières.

Le virus se transmet par contact avec des fluides corporels.

«Les personnes atteintes d’Ebola tombent gravement malades. Le virus peut donc se trouver dans les vomissures, la diarrhée, le sang et les sécrétions respiratoires», explique le Dr Bogoch.

Les personnes particulièrement à risque sont celles qui s’occupent d’une personne déjà infectée, comme les proches ou les professionnels de santé qui n’ont pas accès à de l’équipement de protection adéquat.

Le virus peut aussi se propager lors des funérailles d’une personne qui a succombé à la maladie, si les proches touchent le corps sans prendre les précautions nécessaires.

Un vol dérouté vers Montréal en raison des restrictions entourant l’Ebola Les services frontaliers américains ont indiqué qu’un vol d’Air France à destination des États-Unis a été dérouté vers Montréal après l’embarquement «par erreur» d’un passager originaire de la République démocratique du Congo malgré des restrictions de vol liées à l’épidémie d’Ebola en Afrique.

Comment traite-t-on l’Ebola?

Les anticorps monoclonaux qui aident l’organisme à combattre la maladie peuvent traiter la souche Zaïre, souligne le Dr Bogoch, mais leur efficacité n’a pas été prouvée chez les personnes infectées par le virus Bundibugyo.

Il existe des vaccins qui peuvent être administrés à une personne exposée à la souche Zaïre afin de prévenir l’infection ou, au moins, d’en réduire la gravité – là encore, ceux-ci n’ont pas été testés pour le virus Bundibugyo.

«Le traitement repose principalement sur des soins de soutien. Cela signifie qu’il faut un bon hôpital, une bonne prise en charge médicale, ainsi qu’une réhydratation et un rééquilibrage électrolytique», indique le Dr Bogoch.

«Malheureusement, l’Ebola se caractérise par de terribles nausées, des vomissements, de la diarrhée, des dysfonctionnements organiques et, parfois, des hémorragies. Il faut donc remplacer méticuleusement les liquides et les électrolytes (…) sur une longue période.»

Est-ce qu’un vaccin contre le virus Bundibugyo est en développement?

L’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI) et d’autres partenaires évaluent les moyens d’accélérer le développement de candidats-vaccins qui en sont à la phase de recherche.

Malgré tout, il faudra peut-être des mois avant que des doses soient prêtes pour des essais cliniques.

GAVI finance le stock de vaccins contre l’Ebola actuellement autorisés pour lutter contre la souche Zaïre, mais note qu’il n’existe «actuellement aucun vaccin autorisé contre la BVD (maladie à virus Bundibugyo)».

«Compte tenu des données extrêmement limitées disponibles sur la protection croisée contre les espèces autres que le virus Ebola du Zaïre, toute décision d’utiliser ce vaccin dans le cadre de l’épidémie actuelle de BVD nécessitera des évaluations supplémentaires et sera prise conformément aux directives de l’OMS», peut-on lire dans un communiqué publié jeudi.

«(Il ne pourrait être utilisé) qu’avec le consentement éclairé explicite des communautés touchées et leur pleine compréhension du fait que les bénéfices du vaccin contre la BVD sont actuellement inconnus.»

Serions-nous prêts à combattre l’Ebola au Canada?

Il n’y a jamais eu de cas d’Ebola au Canada.

Mercredi, le ministère de la Santé de l’Ontario a annoncé qu’une personne revenue récemment d’Afrique de l’Est allait se soumettre à des tests par mesure préventive.

Les autorités n’ont pas précisé pour quel type d’Ebola cette personne était testée ni dans quelle région elle s’était rendue. Les échantillons devaient arriver jeudi au Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg.

Selon le Dr Bogoch et Meaghan Thumath, le système de santé canadien serait prêt à lutter contre l’Ebola si un cas était confirmé au pays.

À leur avis, l’un des moyens les plus efficaces de protéger les Canadiens contre l’Ebola est d’investir dans la lutte contre sa propagation ailleurs dans le monde.

«Plus les épidémies durent longtemps et prennent de l’ampleur, plus le risque de propagation internationale est élevé», soutient le Dr Bogoch.

«Le risque est faible, mais il n’est pas nul. Plus les épidémies prennent de l’ampleur, plus le risque augmente.»

Mme Thumath, pour sa part, rappelle que «les maladies infectieuses n’ont pas de frontières».

«En Amérique du Nord, je pense qu’il y a une perception du genre: “Oh, ces épidémies ne se produisent que là-bas.” Mais il est crucial d’endiguer rapidement ces épidémies pour assurer la sécurité sanitaire de tout le monde», dit-elle.

«La meilleure chose que nous puissions faire est donc de partager nos experts et nos ressources, et de veiller à ce que la situation soit maîtrisée.»

Avec la collaboration de Hannah Alberga

Nicole Ireland

Nicole Ireland

Journaliste