On pourrait croire qu’après avoir décroché trois médailles aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, avoir été une porte-drapeau de la délégation canadienne lors de la cérémonie de clôture en Italie et avoir reçu un accueil triomphal à l’aéroport international de Montréal lundi, la patineuse de vitesse canadienne Valérie Maltais allait s’accorder un peu de temps pour souffler.
C’est mal connaître l’athlète de La Baie.
Maltais a indiqué mercredi qu’elle visera un top-3 au programme complet lors des Championnats du monde de patinage de vitesse sur longue piste de Heerenveen, aux Pays-Bas, du 5 au 8 mars. Si elle y parvient, alors elle deviendrait la première Québécoise à accomplir cet exploit, et la première Canadienne depuis sa compatriote Ivanie Blondin, aux Mondiaux de Salt Lake City en 2020.
«Chaque fois que je me présente à une compétition, c’est pour performer. Sinon, je n’irais pas. Mon meilleur résultat au programme complet, c’est une huitième place, et je pense que je suis ailleurs présentement; je suis plus en forme, je patine mieux. Un top-3, pour moi, ce serait vraiment génial. Je pense que je suis capable de l’atteindre», a évoqué l’athlète âgée de 35 ans en entrevue téléphonique mercredi matin.
Un avis qui est partagé par son compatriote et collègue de longue piste, Laurent Dubreuil, médaillé de bronze sur 500 m aux Jeux de Milan-Cortina.
«Valérie, assurément qu’elle a des chances. Si elle patine comme aux Jeux olympiques, elle pourrait être en position de décrocher une médaille, avant le 5000 m. Au 1500 m, 3000 m, (la Norvégienne Ragne) Wiklund l’a battue de peu dans les deux courses (aux JO), et, si elles connaissent un premier 500 m similaire, alors Wiklund sera probablement la favorite», a d’abord analysé Dubreuil en visioconférence mardi de Heerenveen.
«Il y a aussi l’Italienne (Francesca) Lollobrigida au 1500 m, bien que Valérie l’a battue quand même confortablement. Après ça, est-ce qu’elle va être capable de rester sur le podium avec le 5000 m? Ça va être une grosse commande. Il va falloir qu’elle fasse un de ses bons 5000 m en carrière, mais ça n’est pas impossible», a souligné Dubreuil.
Maltais a remporté trois médailles durant la quinzaine milanaise. Elle a défendu son titre olympique acquis il y a quatre ans à Pékin à la poursuite par équipes en compagnie d’Isabelle Weidemann et Blondin. Elle a aussi gagné ses deux premières médailles individuelles en carrière, des médailles de bronze au 1500 m et au 3000 m.
Bien qu’elle admette toujours être sur son nuage, la principale intéressée assure qu’elle ne ressent en rien un certain essoufflement.
«Je flotte encore un peu; je n’ai pas encore réalisé tout l’impact de ce qui s’est produit. Là, je suis de retour à la maison pour une semaine, avant de retourner en Europe pour les Championnats du monde, donc je continue de m’entraîner au travers de tout ça. Une partie de moi ne s’est pas encore arrêtée, ne s’est pas encore déposée, et je pense que ça va me frapper à la fin de la saison», a-t-elle dit.
«Je voulais ‘peaké’ aux Jeux olympiques, et j’ai réussi. Est-ce que je serai suffisamment en forme aux Mondiaux? Je sais que tout l’entraînement ne s’en va pas du jour au lendemain. Je pense que de retourner sur la glace demain (jeudi), avec le fait qu’hier j’ai recommencé à faire du vélo, donc il y a une certaine forme de maintien qui est là», a-t-elle résumé.
«C’est ridicule», dit Maltais au sujet du financement
Évidemment, Maltais a été invitée à s’exprimer sur la sortie de Dubreuil mardi, lorsqu’il a lancé un cri d’alarme au sujet du manque de financement du sport amateur canadien et des conséquences que celui-ci pourrait bientôt avoir sur les succès du pays aux Jeux olympiques d’hiver, notamment.
«Ça n’est pas normal qu’on en soit rendus là. On en parle depuis des années, à quel point c’est ridicule qu’on ne reçoive aucun financement pour les Championnats du monde. C’est important d’en parler, pour souligner à quel point ça ne fait aucun sens», a évoqué la Québécoise.
«Faute de financement, des athlètes comme Laurent et moi doivent parfois choisir de rater les Mondiaux, a-t-elle poursuivi. En conséquence, on se retrouve parfois avec des athlètes sans aucune expérience, qu’on voit à peine, et qui vont finir loin au classement. Ça n’est pas ça qu’on veut; on veut se retrouver sur la scène internationale et on veut performer.»
Dubreuil avait souligné la veille que l’équipe de longue piste pouvait remercier Maltais d’avoir pris la décision de faire le saut en longue piste plutôt que de tirer un trait sur sa carrière après son passage en courte piste après 2018, puisqu’elle avait contribué à trois des cinq médailles du pays en longue piste aux JO de Milan-Cortina.
Ces performances permettront aux patineurs de longue piste canadiens d’espérer maintenir leur financement en vue du prochain cycle olympique, bien que Maltais admette qu’elle est inquiète pour la relève de son sport — tout comme Dubreuil, d’ailleurs.
«(Les Mondiaux), c’est l’une des compétitions les plus reconnues dans notre sport au monde. Donc, lorsqu’on va nous retrouver sur le podium, je pense qu’on va peut-être faire écarquiller quelques yeux sur ces enjeux-là», a mentionné Maltais, qui en a profité pour confirmer qu’elle devra elle-même défrayer la totalité des coûts associés à sa participation aux Mondiaux — les billets d’avion, l’hébergement, et la nourriture compris.
Maltais, qui ne prévoit pas poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux des Alpes françaises en 2030, tentera donc d’ajouter encore quelques distinctions à son impressionnante feuille de route, aux Pays-Bas. Pour elle, mais aussi pour aider la prochaine génération de patineurs de vitesse sur longue piste.

