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«Réécriture historique»: Carney ne s’excuse pas; il persiste et signe

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Réécriture historique: Carney ne s’excuse pas; il persiste et signe Le premier ministre Mark Carney refuse de s’excuser pour la façon dont il a présenté la Conquête anglaise dans un discours prononcé la semaine dernière sur les Plaines d’Abraham et qui lui vaut de sévères reproches, notamment du gouvernement du Québec.

Le premier ministre Mark Carney refuse de s’excuser pour la façon dont il a présenté la Conquête anglaise dans un discours prononcé la semaine dernière sur les Plaines d’Abraham et qui lui vaut de sévères reproches, notamment du gouvernement du Québec.

Au contraire, M. Carney persiste et signe. «J’ai dit que c’est à cause de la résilience du peuple francophone qu’on a créé le Canada, un Canada qui reconnaît deux peuples fondateurs et, après un certain temps, trois peuples fondateurs, y compris les peuples autochtones», a-t-il dit lundi au cours d’un point de presse à Ottawa.

La controverse a éclaté jeudi lorsque M. Carney avait déclaré lors d’une allocution sur l’unité canadienne que les Plaines d’Abraham, à deux pas de là où il se trouvait, symbolisaient le début d’un «partenariat» entre deux peuples. Selon Québec, le premier ministre est malhonnête et tente carrément de réécrire l’histoire.

L’agacement vient du fait que les Plaines ne représentent pas un quelconque dialogue interculturel. Ça a été un champ de bataille sur lequel les Anglais ont vaincu les troupes françaises, qui ont alors perdu le contrôle de la Nouvelle-France. Le changement de régime s’est fait par la force, et il y a eu une importante tentative d’assimilation linguistique des francophones.

Revenant sur ses propos, M. Carney a insisté qu’il avait reconnu les passages «très difficiles» de l’histoire. Il a nommé le rapport Durham – qui recommandait l’assimilation des Canadiens français en asseyant la domination de la majorité anglophone du Haut-Canada – et la déportation des Acadiens – essentiellement due à leur refus de prêter un serment d’allégeance inconditionnel à la Couronne britannique.

«C’est une histoire très difficile, a déclaré le premier ministre. Mais avec le temps, on a protégé et, après une autre période, renforcé la langue française, la culture québécoise, les institutions comme le Code civil et d’autres institutions. Et ça, c’est le génie du Canada.»

Propos de Carney sur les Plaines d’Abraham: «c’est le geste d’un colonialiste», lance PSPP Les propos de Mark Carney sur la Bataille des Plaines d’Abraham prouvent que le premier ministre du Canada perpétue «un longue tradition de colonialisme» à l’endroit du Québec datant de Lord Durham, a dénoncé Paul St-Pierre Plamondon vendredi.

Cette fin de semaine, plusieurs libéraux influents du Québec s’étaient portés à la défense de leur chef. Le ministre Joël Lightbound a évoqué «différentes perspectives» de l’histoire, son collègue Marc Miller a parlé de propos «de bonne foi», et François-Philippe Champagne d’une «vision» comme une autre de l’histoire.

L’«amour des pitous»

Alors que les travaux reprenaient aux Communes, le Nouveau Parti démocratique a joint sa voix à celle du Bloc pour réclamer des excuses au premier ministre. «Il (M. Carney) s’est mis les pieds dans les plats. Et c’est une réinterprétation de l’histoire qui n’a aucun sens pour la très, très grande majorité des Québécois», a dit le chef adjoint néo-démocrate, Alexandre Boulerice.

La leader bloquiste en Chambre, Christine Normandin, a pour sa part ridiculisé M. Carney. «À écouter le premier ministre, quand l’enseignement du français a été interdit dans les Maritimes, puis au Manitoba, puis en Saskatchewan, puis en Alberta, puis en Ontario, ce n’était pas pour nous effacer, non, non, non, c’était en fait pour nous rassembler», a-t-elle envoyé.

De même, a poursuivi la bloquiste, lorsque le fondateur du Canada, Sir John A. MacDonald, avait déclaré que le chef métis Louis Riel serait pendu «même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur», les Québécois avaient simplement «mal interprété son amour des pitous».

Les libéraux, eux, se sont efforcés de ramener la discussion sur les enjeux économiques. Si le Bloc veut parler d’histoire, les Canadiens veulent parler «d’avenir», a rétorqué le ministre Champagne.

«Ce qu’ils veulent, c’est d’avoir un gouvernement qui bâtit l’avenir, qui attire des investissements, qui est là pour les familles, parce que la première priorité des Québécois, c’est l’abordabilité.»

Après une autre tirade bloquiste, le ministre de l’Identité canadienne, Marc Miller, a souhaité une bonne année à «l’aile militante fédérale du Parti québécois à Ottawa» et s’est demandé si celle-ci a demandé «la permission» au chef péquiste avant de poser de telles questions.

«Parce que lui (Paul St-Pierre Plamondon) il est passé à autre chose. Il est en train de pogner la chicane avec Bonhomme Carnaval. Ça ne s’invente pas», a-t-il raillé, faisant référence au fait que le chef péquiste ait déploré un câlin du premier ministre à la célèbre mascotte.

Or, c’est inexact. L’indignation du chef péquiste quant à Bonhomme est venue simultanément et, par après, M. St-Pierre Plamondon a continué de critiquer vertement M. Carney pour ses propos tenus à Québec.

Le chef péquiste a accusé M. Carney d’être «colonialiste», de «falsifier les faits et l’histoire» ainsi que de «nous faire croire que c’est à notre avantage d’être subordonnés et dominés».

Émilie Bergeron

Émilie Bergeron

Journaliste

Michel Saba

Michel Saba

Journaliste