L’inflation semblait s’atténuer en février, mais les économistes préviennent que ce répit sur les prix sera de courte durée, car la guerre au Moyen-Orient alimente la flambée des coûts énergétiques.
Statistique Canada indique lundi que l’inflation s’est chiffrée à 1,8 % d’une année à l’autre en février, soit un demi-point de pourcentage de moins que les chiffres de janvier et légèrement en deçà des prévisions des économistes pour le mois.
Au Québec, l’inflation s’est établie à 2,8 % en février, après avoir atteint 3,0 % en janvier.
Le principal facteur à l’origine de la baisse de l’inflation globale a été la fin du congé temporaire de TPS de l’année dernière, qui a permis de supprimer la taxe de vente fédérale sur divers produits de première nécessité, les cadeaux et les repas au restaurant pendant une période de deux mois se terminant à la mi-février 2025.
La baisse des prix résultant de cet allègement fiscal n’a été effective que pendant la moitié du mois de février de l’année dernière, contre tout le mois de janvier, ce qui a quelque peu amélioré les calculs de l’inflation annuelle le mois dernier.
Robert Kavcic, économiste principal chez BMO, souligne que le ralentissement mécanique de l’inflation le mois dernier «n’a pas vraiment d’importance» pour les analystes qui tentent de suivre les tendances à long terme des prix.
«Ce qui importe, c’est la situation dans son ensemble, au-delà, bien sûr, des changements de politique fiscale, puis (…) l’évolution au cours des six à douze prochains mois, compte tenu de la situation géopolitique», ajoute-t-il.
Les conséquences du prix du pétrole
Statistique Canada indique que le prix de l’essence a commencé à grimper à la fin du mois de février, à l’approche de la guerre au Moyen-Orient, ce qui a entraîné une forte hausse des prix à la pompe ces dernières semaines.
L’Iran a réagi à la campagne de bombardements menée par les États-Unis et Israël en bloquant le détroit d’Ormuz, créant ainsi un goulot d’étranglement sur une voie cruciale pour l’approvisionnement mondial en pétrole.
Leslie Preston, économiste principale à la Banque TD, précise lundi dans une note adressée à ses clients qu’elle s’attend à ce que l’inflation globale atteigne environ 3 % dans les mois à venir en raison du choc des prix du pétrole.
M. Kavcic ajoute que l’inflation globale allait «sans aucun doute» augmenter à partir de mars, car l’essence représente une part très importante du panier de consommation de Statistique Canada.
Mais il avertit également que ces facteurs commenceront à se répercuter sur les coûts de transport des denrées alimentaires, en fonction de la durée du conflit et du choc pétrolier qui en découle.
«Ce n’est pas un impact que l’on constate immédiatement, mais plus ces prix élevés du pétrole persistent, plus cela réduit les marges, et plus cette pression sur les prix a tendance à se répercuter», explique M. Kavcic.
Ralentissement de la croissance des prix à l’épicerie
Selon Statistique Canada, l’inflation alimentaire s’est modérée à 5,4 % en février, contre 7,3 % en janvier.
La fin de l’allègement fiscal, qui s’appliquait aux repas au restaurant ainsi qu’à certains produits de base, a fait baisser l’inflation dans les restaurants le mois dernier, rappelle l’agence.
Certains produits d’épicerie étaient également inclus dans ce congé de TPS, mais Statistique Canada précise que les denrées alimentaires achetées en magasin ont connu en février un soulagement modeste, mais «généralisé» de l’inflation.
Le bœuf frais et surgelé — depuis longtemps un point sensible à l’épicerie — a vu sa hausse de prix annuelle ralentir à 13,9 % le mois dernier, soit près de cinq points de pourcentage de moins qu’en janvier.
M. Kavcic s’attend toutefois à ce que l’inflation alimentaire reste un sujet de préoccupation en 2026. La guerre au Moyen-Orient, combinée à un dollar canadien relativement faible, maintiendra une forte pression sur les prix à l’épicerie cette année.
Décision de la Banque du Canada
La Banque du Canada analysera attentivement ces derniers chiffres alors qu’elle se prépare à prendre une décision sur les taux d’intérêt mercredi. La banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % en janvier et les responsables de la politique monétaire ont indiqué à l’époque qu’ils étaient satisfaits du niveau actuel du taux directeur.
Lundi en début d’après-midi, les marchés financiers tablaient à près de 93 % sur un maintien des taux de la Banque du Canada cette semaine, selon LSEG Data & Analytics.
Le rapport sur l’inflation de février fait suite à un rapport sur l’emploi décevant publié vendredi par Statistique Canada, qui a révélé la perte de 84 000 emplois le mois dernier, faisant grimper le taux de chômage à 6,7 %.
Katherine Judge, économiste principale à la Banque CIBC, souligne que «ce rapport modéré sera bien accueilli par les responsables de la politique monétaire à l’approche du choc des prix de l’énergie, car il montre que la marge de manœuvre du marché du travail permet de contenir les prix de base».
Les données sur l’inflation de février ont montré de nouveaux signes d’apaisement des mesures d’inflation sous-jacente privilégiées par la Banque du Canada, qui ont tendance à exclure les éléments plus volatils, tels que les prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
Mme Preston s’attend à ce que la guerre au Moyen-Orient ait moins d’impact sur ces mesures de l’inflation sous-jacente, qui devraient rester proches de l’objectif de 2 % de la banque centrale pendant une grande partie de l’année 2026.
La Banque du Canada devrait, selon toute vraisemblance, maintenir ses taux inchangés cette semaine, selon Mme Preston, mais les économistes suivront de près la manière dont la banque centrale évalue l’impact du choc pétrolier sur l’économie.
M. Kavcic s’attend à ce que la Banque du Canada ne tienne guère compte des effets temporaires de la guerre. Il ajoute toutefois que si la hausse des prix et les autres perturbations liées au conflit finissaient par ralentir l’économie, la banque centrale pourrait envisager d’abaisser son taux directeur plus tard dans l’année.
«La bonne nouvelle, c’est qu’avant que tout cela ne commence, nous étions en fait en train d’atteindre un très bon niveau d’inflation», constate M. Kavcic.
«Le point de départ de ce choc pour le Canada semble effectivement plutôt positif par rapport à ce qu’il aurait été si nous avions traversé cette situation il y a un an ou 24 mois: cela aurait été bien pire.»

