L’industrie des bars interpelle Québec sur la vague d’extorsion qui frappe de nombreux établissements depuis plusieurs mois.
La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBTQ) demande de reporter la réduction de la commission sur les loteries vidéos et de remettre sur pied un comité de concertation regroupant policiers et tenanciers.
Ce n’est pas la première fois cette année que l’organisme demande au gouvernement québécois d’agir concernant cette vague d’extorsion «sans précédent». La situation s’aggrave de plus en plus, relate le président-directeur général de la CPBBTQ, Renaud Poulin.
«Ça a commencé à Montréal et ça s’est mis à s’étendre sur la Rive-Sud, à Longueuil, à Laval et sur la Rive-Nord. Puis là, ça s’étire un peu partout. C’est très inquiétant, témoigne M. Poulin, en entrevue. La crise, elle ne diminue pas.»
Les actes criminels visant les établissements commerciaux se sont multipliés, expose la corporation. Ils vont de coups de feu contre des bâtiments aux cocktails Molotov, en passant par des menaces et des demandes d’argent en échange de «protection».
Difficile de comptabiliser le nombre d’établissements victimes d’extorsion au cours des derniers mois, alors que plusieurs craignent de dénoncer, évoque M. Poulin.
Néanmoins, les conséquences se font bien sentir dans l’industrie. Des propriétaires doivent investir des coûts supplémentaires pour renforcer la sécurité dans leurs établissements. D’autres sont contraints de fermer leurs portes ou ont vu leur achalandage diminuer de manière importante, rapporte la corporation.
Des compagnies d’assurances seraient maintenant réticentes à couvrir des commerces en raison de la multiplication des incidents criminels, même s’ils n’ont jamais été directement ciblés.
«On a eu deux établissements dont les assurances les ont avisés qu’ils ne seront pas renouvelés parce qu’ils sont dans un secteur qu’ils appellent à risque», mentionne M. Poulin.
«Ça devient dangereux»
En reportant la réduction prévue de la commission sur les loteries vidéos versée aux bars, les établissements pourraient compter sur plusieurs milliers de dollars leur permettant de couvrir en partie les investissements en matière de sécurité, selon M. Poulin.
Lui-même propriétaire d’un bar à Châteauguay, en Montérégie, il a dû ajouter des caméras de surveillance. Des propriétaires ont également décidé d’embaucher des agents de sécurité.
«On n’a pas le choix. C’est pour ça qu’on demande au gouvernement de ne pas couper nos revenus. Il faut vraiment qu’ils comprennent la situation parce qu’à un moment donné, ça devient dangereux», soutient M. Poulin, craignant que ces actes fassent un jour «des victimes innocentes».
Il réclame également le retour d’un comité où les tenanciers pourraient se confier «en toute sécurité» auprès des policiers, comme au début des années 2000 avec le projet «Nocturne».
L’initiative avait contribué à freiner la vague d’extorsion qui frappait les bars à cette époque, se rappelle M. Poulin.
«Bien souvent, les citoyens ont peur des policiers. Ils ont peur que ça sorte. Dans ce cas-là, c’était vraiment fermé. Il y avait des réunions un peu partout au Québec. Les gens pouvaient se confier en toute sécurité», relate le PDG de la CPBBTQ.

