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Les voyageurs pourraient devoir payer des billets d'avion plus chers pendant des mois

«Les prix vont augmenter. Au cours de l’été 2026 (…) il n’y aura pas de bonnes affaires. Et croyez-moi, vous allez devoir payer.»

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Un employé ravitaille en carburant un avion d’Air Canada à l’aéroport international DFW de Grapevine, au Texas, le mardi 14 avril 2026. (Photo AP/LM Otero) Un employé ravitaille en carburant un avion d’Air Canada à l’aéroport international DFW de Grapevine, au Texas, le mardi 14 avril 2026. (LM Otero)

La flambée des coûts du kérosène menace de faire grimper les tarifs des compagnies aériennes bien au-delà de la haute saison estivale, alors que des signes encourageants laissent entrevoir une reprise des livraisons de pétrole en provenance du golfe Persique.

Le ministre iranien des Affaires étrangères a annoncé vendredi que le détroit d’Ormuz était «entièrement ouvert» à tous les navires commerciaux après la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban.

Cependant, même si cet accord tient, les experts estiment qu’il faudra des semaines pour que le trafic pétrolier reprenne, tandis que le kérosène pourrait mettre beaucoup plus de temps à atteindre ses niveaux de production d’avant-guerre, compte tenu des dégâts subis par les raffineries au Moyen-Orient.

L’analyste aéronautique Rick Erickson explique que la crise énergétique déclenchée par la guerre en Iran et la fermeture du détroit signifie que les compagnies aériennes canadiennes ont déjà commencé à répercuter la flambée des coûts sur leurs tarifs — et continueront de le faire pendant au moins plusieurs mois.

«Les prix vont augmenter, avance-t-il. Au cours de l’été 2026 (…), il n’y aura pas de bonnes affaires. Et croyez-moi, vous allez devoir payer.»

Les principales compagnies aériennes canadiennes ont augmenté leurs tarifs bruts et ajouté des surcharges de carburant comprises entre 25 $ et 60 $ par billet pour certains vols, tandis qu’Air Canada a annoncé cette semaine une hausse des frais de bagages — passant de 35 $ à 45 $ pour le premier bagage enregistré en classe économique de base sur les vols intérieurs, vers les États-Unis et vers les destinations de vacances, par exemple.

Suspension de vols vers JFK

La compagnie aérienne a également confirmé son intention de suspendre les vols à destination de l’aéroport JFK de New York au départ de Toronto et de Montréal entre le 1er juin et le 25 octobre.

«Les prix du kérosène ayant doublé depuis le début du conflit avec l’Iran, certaines liaisons et certains vols moins rentables ne sont plus viables économiquement; nous procédons donc à des ajustements de nos horaires en conséquence», explique Christophe Hennebelle, porte-parole d’Air Canada, dans un courriel.

Il précise que la compagnie continuera d’assurer 34 vols quotidiens vers les aéroports de la région de New York — contre 38 auparavant — au départ de six villes canadiennes. Les milliers de clients concernés seront contactés pour se voir proposer d’autres options de voyage, indique la compagnie.

La réduction du réseau de vols souligne le fait que les compagnies aériennes prévoient que même la réouverture supposée du détroit vendredi ne suffira pas à faire baisser les prix du kérosène pendant une grande partie du printemps et de l’été.

Partout dans le monde, les transporteurs ont dû réduire leurs horaires de vol, car la flambée des coûts du carburant rend certaines liaisons non rentables.

Lufthansa — partenaire d’Air Canada par le réseau mondial de compagnies aériennes Star Alliance — a annoncé jeudi qu’elle réduirait progressivement le volume de ses vols et mettrait à l’arrêt 27 avions de sa filiale CityLine à partir de samedi. KLM a indiqué qu’elle annulerait 160 vols européens à destination et en provenance du principal aéroport d’Amsterdam au cours du mois prochain. De nombreuses compagnies aériennes en Asie et au Moyen-Orient ont également réduit leurs capacités.

Les transporteurs nord-américains s’approvisionnent principalement auprès des raffineries du Canada et des États-Unis et restent moins exposés aux pénuries de carburant que l’Asie et l’Europe, qui dépendent du Golfe, mais ils pourraient voir leurs options de correspondance se réduire à mesure que les compagnies aériennes étrangères suppriment les liaisons les moins rentables et immobilisent les avions les moins efficaces. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Moyen-Orient fournit généralement les trois quarts des importations nettes de kérosène de l’Europe.

Vers des pénuries en Europe?

L’AIE a précisé jeudi que plusieurs pays européens pourraient commencer à faire face à des pénuries de kérosène d’ici six semaines.

Le Canada reste mieux placé, avec plus d’une demi-douzaine de raffineries produisant du carburant d’aviation. Plus des quatre cinquièmes du carburant d’aviation consommé au Canada sont produits localement, selon John Gradek, qui enseigne la gestion de l’aviation à l’université McGill.

«Pourquoi payons-nous le prix du Moyen-Orient pour le carburant alors que nous sommes autosuffisants en la matière? La réponse est la même que lorsque nous parlons de l’essence pour votre voiture: nos modèles de tarification sont basés sur le prix mondial», explique-t-il.

Peter Fitzpatrick, porte-parole d’Air Canada, indique que la compagnie aérienne ne voit «aucun problème d’approvisionnement imminent».

WestJet dit n’avoir apporté aucune modification à son réseau de vols — pour l’instant.

«Cependant, nous évaluons notre programme estival et pourrions ajuster nos vols pour équilibrer l’approvisionnement en carburant», ajoute la porte-parole Julia Kaiser.

M. Gradek souligne que, même si les dégâts subis par les raffineries du Golfe sont moins importants que prévu, les réparations des installations, la montée en puissance de la production et les longs délais de transport signifient que les prix élevés «vont perdurer pendant un certain temps» en raison d’un flux réduit de pétrole et de kérosène.

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste