Au moment où les ministres responsables se réunissaient, vendredi, à Ottawa, les défenseurs des services de garde d'enfants ont appelé les gouvernements fédéral et provinciaux à s'engager à renforcer le système à 10 $ par jour.
La plupart des provinces et des territoires ont désormais des frais moyens de 10 $ par jour, mais ce n'est pas le cas de tous et les objectifs de création de places ne sont pas en voie d'être atteints, tandis que de nombreuses listes d'attente s'allongent.
Le groupe «Un enfant Une place» et d'autres défenseurs d'un système abordable, accessible et principalement à but non lucratif affirment que ce n'est pas le moment de renoncer à ces objectifs; au contraire, alors que le pays cherche à soutenir son économie face aux perturbations du commerce mondial, les services de garde d'enfants sont essentiels.
«En seulement cinq ans, le programme canadien de garderies à 10 $ par jour a généré des retombées économiques considérables», a déclaré Morna Ballantyne, directrice générale du groupe «Un enfant Une place», lors d'une conférence de presse à Ottawa.
«Nous savons tous que l'économie canadienne dépend des personnes, en particulier des mères, qui gagnent un revenu et paient des impôts», a-t-elle fait valoir.
La ministre de l'Emploi et des Familles, Patty Hajdu, a rencontré vendredi les ministres provinciaux et territoriaux responsables de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants, et a soutenu que toutes les administrations s'engageaient à offrir des services de garde d'enfants abordables.
«C'est un engagement important, car, bien sûr, de nombreuses provinces ont évoqué certains des défis auxquels elles sont confrontées pour la pérennité des services», a-t-elle affirmé lors d'une entrevue.
«Dans l'ensemble, les provinces et les territoires ont déclaré qu'il s'agissait d'une approche très bénéfique. C'est l'infrastructure sociale qui permet toutes les ambitions de renforcer le Canada», a-t-elle ajouté.
Le recrutement des éducatrices
L'un des défis soulignés vendredi lors de la réunion est la création de places, a indiqué Mme Hajdu. Environ 154 000 nouvelles places ont été créées depuis 2021, ont indiqué les responsables, ce qui est loin de l'objectif de 250 000 places fixé pour mars prochain. Mais le principal obstacle n'est pas l'infrastructure physique, c'est le recrutement et la rétention d'un nombre suffisant de travailleurs pour ouvrir ces places, a-t-elle déclaré.
Certaines provinces ont mis en place des mesures incitatives, telles que des grilles salariales, qui, selon Mme Hajdu, relèvent clairement de la compétence des provinces.
Les défenseurs des services abordables souhaitent également voir une amélioration de la rémunération du personnel de la petite enfance, alors que les parents sont confrontés à des listes d'attente de plus en plus longues.
«Les parents me parlent sans cesse du stress causé par les longues listes d'attente et de l'impossibilité de trouver des places en garderie», a affirmé Janet Amito, mère d'un enfant en bas âge fréquentant une garderie et membre de Parents for Child Care, qui fait partie de la Coalition ontarienne pour de meilleurs services éducatifs à l’enfance (COMSÉE).
«Nous ne pourrons résoudre le problème des listes d'attente que si le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral s'engagent à financer un plan qui soutient les éducatrices en leur offrant des salaires équitables et en créant suffisamment de nouvelles places pour toutes les familles qui en ont besoin», a-t-elle fait valoir.
Plus d'argent d'Ottawa?
Certaines provinces ont exhorté le gouvernement fédéral à consacrer davantage de fonds à son programme phare.
L'Ontario, par exemple, a déclaré qu'il avait besoin de 2 milliards $ supplémentaires par an de la part du gouvernement fédéral afin de réduire les frais payés par les parents à 10 $ par jour. La province a récemment obtenu 695 millions $ supplémentaires d'Ottawa pour cette année, ce qui, selon le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Paul Calandra, sera suffisant pour maintenir les frais à la moyenne actuelle de 19 $ par jour, mais pas pour les réduire davantage.
La province a également exhorté le gouvernement fédéral à relever le plafond prévu dans l'accord sur le pourcentage de places dans les établissements à but lucratif, qui, selon les responsables, entrave la croissance du programme à 10 $ par jour.
Ce sujet a été abordé lors de la réunion de vendredi, a déclaré la ministre Hajdu, qui a souligné l'importance des discussions bilatérales avec chaque province et territoire, car ils ont tous des systèmes uniques, certains étant presque exclusivement publics et d'autres comptant davantage de centres à but lucratif.
«Bien que les accords prévoient déjà une certaine souplesse sur des questions comme le pourcentage de privatisation, nous souhaitons explorer avec chaque province et territoire comment nous pouvons mieux atteindre leurs objectifs», a-t-elle déclaré.
«En fin de compte, je pense que ce que les gens veulent, c'est des services de garde de qualité et des garde-fous qui garantissent aux familles que, quel que soit l'endroit où leur enfant est gardé, il bénéficie d'un programme de qualité, entièrement agréé et sûr», a-t-elle ajouté.
Mme Ballantyne a déclaré que les défenseurs des services espéraient voir le gouvernement fédéral injecter davantage de fonds dans le programme dans son dernier budget, mais elle a ajouté qu'ils souhaitent également que les provinces augmentent leurs propres contributions.
«Nous pensons vraiment que c'est ce qui motive bon nombre des suggestions visant à modifier le programme, a-t-elle déclaré. Ils cherchent des moyens de réduire les investissements publics plutôt que de les augmenter.»
Allison Jones, La Presse Canadienne

