Les forces fédérales éthiopiennes ont repris l’aéroport de Mekelle, capitale de la région du Tigré, selon des habitants de la ville qui ont parlé samedi à l’Associated Press. La prise de contrôle de l’aéroport par les combattants tigréens avait entraîné le mois dernier la suspension des vols commerciaux.
On ignore pour l’instant à quel moment les forces fédérales ont repris l’aéroport Alula Aba Nega. Les personnes ayant fourni ces informations ont souhaité rester anonymes par crainte de représailles, dans un contexte d’incertitude quant au contrôle de la ville.
De graves perturbations des réseaux internet et de téléphonie mobile ont rendu difficiles la collecte et la vérification d’informations en provenance du Tigré. Les détails concernant la manière dont l’aéroport a changé de mains, notamment s’il y a eu des combats sur place, restaient flous.
«L’armée contrôle entièrement l’aéroport. Cela, je peux le confirmer», a déclaré un général éthiopien sous couvert d’anonymat.
Ni le gouvernement éthiopien ni le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) n’avaient publié de communiqué officiel concernant la prise présumée de l’aéroport. Il n’était pas clair qui contrôlait la ville de Mekelle elle-même. Un correspondant de l’AP présent sur place a indiqué que les habitants craignaient des pillages dans ce contexte d’incertitude.
«De nombreux rapports indiquent que le gouvernement et les forces alliées ont commencé à prendre le contrôle de la capitale du Tigré», a déclaré Jalale Getachew Birru, analyste spécialiste de l’Éthiopie pour l’ACLED, un organisme international indépendant qui collecte, analyse et cartographie les données relatives aux conflits.
L’AP n’a pas pu vérifier ces informations de manière indépendante.
Les combattants du FLPT se sont emparés de l’aéroport le 23 septembre, ce qui a conduit Ethiopian Airlines à suspendre ses vols vers Mekelle et les villes tigréennes d’Axoum et de Shire. L’Union africaine a appelé à la retenue, avertissant que la recrudescence des tensions menaçait l’accord de paix signé en 2022.
Les troupes fédérales combattent aux côtés des forces tigréennes alliées contre le FLPT. L’AP avait précédemment rapporté que la Force de paix du Tigré, une faction dissidente des rebelles tigréens, opérait aux côtés des forces fédérales dans la région voisine de l’Afar.
Ce changement de contrôle fait suite à une forte détérioration des relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée voisine. Jeudi, l’Éthiopie a ordonné à dix diplomates érythréens de quitter le pays et a annoncé la fermeture de son ambassade en Érythrée. L’Érythrée a déclaré qu’elle romprait ses relations diplomatiques.
Les autorités éthiopiennes ont accusé l’Érythrée de soutenir le FLPT, une allégation que l’Érythrée a démentie.
Si le gouvernement du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed prend le contrôle de Mekelle, il est très probable qu’il confie la sécurité régionale à la Force de paix du Tigré, composée d’anciens membres des Forces de défense du Tigré, a avancé M. Birru.
Évolution du conflit
Ces derniers mois, M. Abiy a tenté en vain de soumettre les dirigeants rebelles du Tigré, le président du FLPT, Debretsion Gebremichael, le défiant ouvertement. La reprise des combats a réduit à néant l’accord de paix de 2022, qui avait mis fin à une guerre dévastatrice de deux ans entre les troupes fédérales, soutenues par l’Érythrée et des milices alliées, et le FLPT.
«Il s’agit d’un revirement extraordinaire et largement inattendu dans une guerre dont l’issue semblait très différente il y a seulement quelques jours», a publié Getachew Temare, avocat indépendant et défenseur des droits de la personne originaire d’Éthiopie, à propos de la chute éventuelle de Mekelle.
«Mais la question la plus cruciale n’est pas de savoir si Mekelle tombera. C’est ce que cette chute signifie sur le plan politique.»
Il a ajouté que l’émergence de la Force de paix du Tigré rend le conflit actuel différent du précédent. Lorsque Mekelle est tombée aux mains des forces fédérales en novembre 2020, le FLPT «a conservé quelque chose de bien plus important. Une base politique et sociale solide en faveur de la résistance armée est restée intacte. En l’espace de quelques mois, les forces tigréennes sont revenues à Mekelle et l’équilibre militaire s’est radicalement inversé».
Les combats ont fait naître de nouvelles difficultés pour les civils qui se remettaient à peine de la précédente guerre de 2020-2022. Des habitants de Mekelle ont déclaré à l’AP en début de semaine que les communications, les services bancaires et d’autres services essentiels avaient été perturbés.
En septembre, des habitants avaient fait part de leurs craintes d’un nouvel isolement à la suite de la suspension des vols. Ils avaient également signalé que les routes reliant le Tigré et l’Afar avaient été fermées à la circulation civile. L’AP n’a pas pu vérifier ces fermetures de manière indépendante.
