Fils de Presse

Les évacués autochtones font face à de nouveaux risques à Toronto, selon leurs chefs

Publié le 

Joey Morningstar d'ISN Maskwa dans un hôtel de Toronto, le 23 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young Joey Morningstar d'ISN Maskwa dans un hôtel de Toronto, le 23 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young (Chris Young)

Des chefs des Premières Nations et des membres de communautés autochtones soulignent les dangers auxquels sont exposés les évacués après avoir fui les feux de forêt du nord de l’Ontario. Ils affirment que ceux qui trouvent refuge dans des hôtels de Toronto sont confrontés à des risques accrus liés à la drogue, à l’alcool et à la traite de personnes.

Russell Wesley, chef de la Première Nation de Cat Lake, a expliqué avoir collaboré avec les autorités provinciales pour évacuer plus de 450 membres de sa communauté vers Toronto la semaine dernière, mais il souhaite déjà les voir rentrer chez eux.

M. Wesley a affirmé que la communauté située au nord de Sioux Lookout, en Ontario, n’est s’est pas vu octroyer l’autonomie nécessaire pour choisir la destination d’évacuation de ses habitants et que, s’il avait eu le choix, il aurait préféré qu’ils restent plus près de chez eux, où ils auraient pu maintenir leurs pratiques culturelles, telles que la pêche et la chasse, et minimiser les perturbations dans leur vie quotidienne.

Dans un hôtel de Toronto situé près de l’autoroute 401, où les habitants de Cat Lake ont trouvé refuge, il affirme que l’ampleur du «coût social» lié au fait que les Premières Nations n’aient pas le pouvoir de gérer leurs propres évacuations a été exposée.

Chantal Wesley, assistante sociale à Cat Lake, a raconté avoir passé des nuits blanches à s’inquiéter de savoir si tous les habitants étaient bien rentrés sains et saufs dans leurs chambres, et que les agents de sécurité avaient déjà eu des altercations avec des «prédateurs».

Douze des treize communautés évacuées en raison des quelque cent quatre-vingts incendies de forêt qui font rage dans le nord de l’Ontario sont des communautés des Premières Nations.

L’assistante sociale a raconté que certains membres de la communauté se réfugient dans l’alcool pour composer avec répercussions intergénérationnelles du système des pensionnats indiens. Elle a précisé que ces problèmes existaient déjà pour les résidents de leur communauté isolée, mais que le danger avait été exacerbé par l’évacuation.

Ces mêmes préoccupations ont été reprises par des membres de la Première Nation de Neskantaga, qui se sont également réfugiés dans un hôtel de Toronto alors que la fumée des incendies envahissait leurs maisons et interrompait les livraisons de nourriture et d’eau vers cette communauté, qui n’est accessible que par avion.

Le chef Gary Quisess a indiqué qu’un incident de sécurité impliquant une jeune mère, qui avait été abordée par une personne à bord d’un véhicule, s’était produit à l’hôtel, ce qui a suscité ses inquiétudes quant à un éventuel cas de traite d’êtres humains.

Joey Morningstar, responsable chez ISN Maskwa, une entreprise autochtone de gestion des urgences ayant fourni des services complets à Neskantaga pendant l’évacuation, a déclaré que les problèmes de sécurité liés à l’alcool et à la traite de personnes sont trop fréquents après l’évacuation des communautés des Premières Nations.

Il a ajouté que des personnes avaient perdu la vie en raison de surdoses lors d’évacuations précédentes, car les drogues et l’alcool sont plus facilement accessibles dans les villes que dans les communautés d’origine des résidents.

«Ils n’ont pas besoin de les chercher. Ces substances les trouveront dans de nombreuses villes; elles s’attaqueront aux personnes vulnérables», a affirmé M. Morningstar.

Riley Yesno, chercheuse anichinabée et membre de la Première Nation Eabametoong, a souligné que ceux qui ont fui les feux de forêt étaient des «réfugiés climatiques» sur leur propre territoire, et a rejeté l’idée selon laquelle ils devaient être des «victimes parfaites».

Elle a expliqué entendre par cela que les évacués des Premières Nations sont soumis à des attentes les obligeant à se comporter d’une certaine manière et à se montrer reconnaissants pour tout soutien qu’ils reçoivent.

Russell Wesley, chef de la Première Nation de Cat Lake, a déclaré qu’il prévoyait de rapatrier les résidents par avion dès la semaine prochaine avec l’aide de la province, le risque d’incendie de forêt à proximité de la communauté étant désormais moindre.

Chantal Wesley, l’assistante sociale, a affirmé qu’elle souhaitait rentrer malgré le risque.

«Il faut choisir ce qui est le plus dangereux. Est-ce plus dangereux pour nous de rester dans la région du Grand Toronto, ou est-ce plus dangereux pour nous de rentrer chez nous et d’être confrontés au feu ? Il n’y a pas de bonne réponse.»

- Avec des informations de Jordan Omstead