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Les États-Unis mettent fin à un comité militaire canado-américain

Créé en 1940, ce comité est une instance consultative chargée de la coopération bilatérale en matière de défense entre les États-Unis et le Canada.

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Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la politique de Défense, participe à une réunion du Groupe de contact sur la défense de l'Ukraine au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 12 février 2026. Photo AP/Geert Vanden Wijngaert Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la politique de Défense, participe à une réunion du Groupe de contact sur la défense de l'Ukraine au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 12 février 2026. (Geert Vanden Wijngaert)

WASHINGTON — Le sous-secrétaire américain à la Défense a déclaré que les États-Unis suspendaient les travaux d'une commission militaire en place depuis la Seconde Guerre mondiale, affirmant que «le Canada n'avait pas réalisé de progrès crédibles concernant ses engagements en matière de défense».

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Elbridge Colby a indiqué que son département mettait fin aux activités de la Commission mixte permanente de défense «afin de réévaluer en quoi ce forum contribue à la défense commune de l'Amérique du Nord».

Créée en 1940, cette commission est une instance consultative chargée de la coopération bilatérale en matière de défense entre les États-Unis et le Canada.

M. Colby a affirmé que les États-Unis ne pouvaient «plus ignorer le fossé entre le discours et la réalité» dans son message, où il a partagé un lien vers la transcription du discours du premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial de Davos en janvier.

M. Carney n’a jamais mentionné le président américain Donald Trump au cours de ce discours largement applaudi, dans lequel il a décrit une «rupture de l’ordre mondial».

Le discours a toutefois retenu l’attention du président et, à la suite de celui-ci, M. Trump a qualifié le premier ministre de «gouverneur», titre des dirigeants des États américains. Le Canada n’a cependant pas été la principale cible de la colère de M. Trump ces dernières semaines.

Compte tenu de l'incertitude géopolitique exacerbée par le conflit en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz, ce qui a conduit M. Colby à annoncer la suspension de la commission de défense avec le Canada n'était pas exactement clair.

La réaction d'Ottawa

Le premier ministre Mark Carney a considérablement augmenté les dépenses de défense du Canada, dépassant les objectifs fixés par l'OTAN.

Le Canada a dépensé 63,4 milliards $ pour la défense nationale en 2025, respectant pour la première fois son engagement envers l'OTAN de consacrer 2 % du produit intérieur brut à la défense. M. Carney a affirmé que cette augmentation était la «plus forte hausse annuelle des investissements dans la défense depuis des générations».

Le ministre de la Défense, David McGuinty, a affirmé lundi que «le Canada et les États-Unis ont une longue histoire de coopération et de collaboration solides en matière de défense continentale».

Dans une déclaration envoyée par courriel, M. McGuinty a souligné l'éventail des investissements réalisés par le Canada dans le domaine de la défense, notamment les systèmes radars arctiques et l'acquisition d'avions et de sous-marins capables de naviguer sous la glace.

«Le Canada travaillera avec des partenaires de confiance qui sont prêts à collaborer avec nous, en restant toujours disposés à s’asseoir à la table des négociations pour mener des discussions constructives sur les meilleurs moyens de renforcer la défense et la sécurité mutuelles», indique la déclaration de M. McGuinty.

La décision de quitter la commission est «de mauvais augure» alors que le Canada a dépassé ses objectifs en matière de dépenses de défense, selon Fen Osler Hampson, professeur en relations internationales à l'Université Carleton d'Ottawa et coprésident du Groupe d'experts sur les relations canado-américaines.

«C'est peut-être aussi un coup de semonce alors que le gouvernement envisage des décisions d'achat majeures concernant des avions de chasse et d'autres programmes pour lesquels les États-Unis concourants avec ses F-35», a indiqué M. Hampson dans un message texte adressé à La Presse Canadienne.

Le gouvernement libéral n’a pas encore pris de décision concernant sa commande d’avions de chasse F-35 auprès de Lockheed Martin. Cette question fait l’objet d’un examen politique depuis plus d’un an.

Plus tôt lundi, M. Colby a publié sur les réseaux sociaux un message concernant sa rencontre avec l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, au Pentagone.

M. Hoekstra a averti que les relations bilatérales en matière de défense subiraient des conséquences si le Canada ne donnait pas suite à son projet d’achat de 88 avions de combat américains.

Interrogé sur le moment choisi pour cette annonce et sur son lien éventuel avec les délibérations du Canada concernant l'achat des F-35, le porte-parole du Pentagone, Tom Crosson, a simplement déclaré dans un courriel adressé à La Presse Canadienne qu'il n'avait rien d'autre à ajouter.

Une décision «profondément malavisée»

La Commission permanente mixte de défense a été créée dans le cadre de l'Accord d'Ogdensburg avec le président de l'époque, Franklin Delano Roosevelt, afin de gérer le partenariat de défense entre le Canada et les États-Unis.

M. Hampson a expliqué que la commission avait servi à orienter la coopération bilatérale en matière de défense, en particulier au niveau politique, notamment la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, le NORAD.

Il a fait valoir que la commission servait également les intérêts de la sécurité nationale des États-Unis et que l’administration M. Trump «se tirait une balle dans le pied».

La décision américaine est «profondément malavisée», selon l'ancien chef du Parti conservateur, Erin O'Toole, qui a ajouté que le moment choisi était étrange après le voyage de M. Trump en Chine.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, M. O'Toole a soutenu que «le Canada a été et restera un allié partageant les valeurs de liberté». M. O'Toole, qui a récemment rejoint le comité consultatif remanié de M. Carney sur le commerce canado-américain, a rappelé que M. Trump parlait depuis longtemps de la Chine comme d'un rival mondial, notamment en matière de défense.

Le rôle du Canada dans le partenariat en matière de défense nord-américaine était en perte de vitesse, a reconnu M. O'Toole, et faisait l'objet de critiques de la part de plusieurs administrations américaines. M. Trump a contraint le Canada à augmenter massivement ses dépenses de défense, a-t-il ajouté.

«Je pense en fait qu'ils ont eu un impact sur le débat canadien, a-t-il déclaré. Si l'on observe le niveau de soutien public en faveur des dépenses de défense, par exemple, c'est le signe que les Canadiens se rendent compte que nous avons été des profiteurs pendant trop longtemps.»

L'annonce de M. Colby n'arrive pas de nulle part. M. O'Toole a souligné qu'elle était probablement liée à l'achat d'avions de chasse F-35 et à la révision prochaine de l'Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, l'ACEUM.

«J'ai bon espoir que le bon sens et la raison l'emporteront, a affirmé l'ancien chef conservateur. Et que nous pourrons retrouver ce qui est probablement le meilleur partenariat au monde en matière d'alliance.»

— Avec la collaboration de Craig Lord, à Ottawa

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne

Kelly Geraldine Malone

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Journaliste