Des services de police du Canada, des États-Unis et d’Europe affirment avoir démantelé plusieurs réseaux criminels indiens soupçonnés de trafic de drogue, d’extorsion, d’enlèvements, de meurtres et de l’assassinat du chef sikh Hardeep Singh Nijjar en Colombie-Britannique.
Le département américain de la Justice des États-Unis a annoncé mardi l’arrestation de 24 suspects à travers le monde, dont 3 au Canada, en lien avec des infractions commises par des groupes criminels organisés établis en Inde, notamment le meurtre fortement médiatisé de M. Nijjar à Surrey, en Colombie-Britannique, en juin 2023.
Moninder Singh, militant sikh, a déclaré que la répression internationale contre ces groupes criminels représente une victoire pour la sécurité publique, mais que l’implication du gouvernement indien avec des organisations criminelles transnationales ne doit pas être sous-estimée.
M. Singh, porte-parole de la Fédération sikhe du Canada, a indiqué avoir suivi l’annonce des arrestations par le département de la Justice des États-Unis et a qualifié cette évolution de «très positive».
M. Singh, tout comme M. Nijjar avant lui, a été averti à plusieurs reprises par les forces de l’ordre canadiennes qu’il était une cible d’assassinat en raison de son militantisme séparatiste sikh.
Il a déclaré que les révélations détaillées par les forces de l’ordre américaines ne sont probablement que la «partie émergée de l’iceberg».
«Je pense que ce n’est que le début, a affirmé M. Singh. Cela montre clairement qu’il existe un partage de renseignements et de services de police entre les pays qui démantèlent activement ces organisations. C’est donc très positif.»
Lawrence Bishnoi, un bandit incarcéré en Inde, et son lieutenant présumé, Satinderjeet Singh, alias Goldy Brar, sont accusés d’avoir commandité l’assassinat de M. Nijjar en juin 2023 devant un temple à Surrey, en Colombie-Britannique.
L’acte d’accusation, qui vise un total de 37 suspects, soutient que ces crimes à très grande résonance ont servi à terroriser la communauté indienne.
Il précise qu’en novembre 2023, Bishnoi a revendiqué une autre attaque armée survenue au domicile d’un acteur et chanteur indien de renom à Vancouver, avertissant en punjabi dans une publication Facebook : «Personne ne peut vous sauver de nous.»
M. Singh a expliqué que les militants comme lui, qui militent pour un État sikh séparé, le Khlalistan, seront «constamment en danger» pour avoir pris la parole.
«Je pense que la communauté dans son ensemble partage ce sentiment, a-t-il affirmé. En fin de compte, nous considérons l’Inde comme un démon à cent têtes, et Bishnoi n’en est qu’une.»
Le département de la Justice a indiqué dans un communiqué de presse que, dans le cadre de l’Opération «Hard Ball», les forces de l’ordre ont saisi environ 1000 kg de cocaïne et une douzaine d’armes à feu.
Le communiqué précise que la bande organisée Bishnoi finançait ses activités grâce au trafic de stupéfiants et qu’en novembre 2024, Lawrence Bishnoi et Goldy Brar ont supervisé le transport de 49 kg de cocaïne interceptés en Californie et destinés au Canada.
Arrestation de trafiquants de drogue présumés
Par ailleurs, 11 personnes ont été accusées en lien avec un réseau qui aurait fait passer clandestinement chaque semaine des centaines de kilogrammes de cocaïne et de méthamphétamine des États-Unis vers le Canada.
Ravinder Singh Dhanda, de Vancouver, Jaskarn Baghr, de Surrey (Colombie-Britannique), et Gurtej Singh Smagh, de Creston (Colombie-Britannique), ainsi que huit autres suspects, font face à huit chefs d’accusation dans le cadre de ce réseau présumé.
L’acte d’accusation visant Smagh allègue qu’il a recueilli des renseignements sur «l’heure et le lieu des inspections frontalières» auprès d’un employé de l’Agence des services frontaliers du Canada afin de faciliter le trafic transfrontalier de cocaïne et de méthamphétamine.
L’agence a indiqué par courriel qu’elle ne ferait aucun commentaire «étant donné qu’une enquête policière est en cours».
Le département américain de la Justice a annoncé l’inculpation de 17 membres d’un troisième groupe criminel, dirigé par Jaggu Bhagwanpuria, un autre bandit incarcéré en Inde.
Le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Mike Duheme, a expliqué lors d’une conférence de presse à Los Angeles que l’enquête avait permis de «démanteler les réseaux de trois organisations criminelles responsables de souffrances et de cruauté envers des victimes à travers le monde».
«Lawrence Bishnoi, Ravinder Dhanda et Jaggu Bhagwanpuria comptent parmi les criminels les plus cruels et les plus actifs. Leurs crimes vont de l’enlèvement à l’extorsion, en passant par le meurtre, les attaques armées, les incendies criminels, le trafic de stupéfiants et bien d’autres, a-t-il affirmé. Ces groupes sont connus pour s’en prendre aux plus vulnérables afin de perpétrer leurs activités criminelles.»
Outre les personnes arrêtées ou déjà incarcérées, les forces de l’ordre recherchent activement dix fugitifs: sept aux États-Unis, deux en Inde et un en Europe.
Patrick Grandy, directeur adjoint du bureau du FBI à Los Angeles, a expliqué que l’opération «frappe au cœur de trois organisations transnationales brutales qui ont terrorisé des familles, exploité des communautés et volé des vies par des actes de violence impitoyables aux États-Unis et à l’étranger».
Le premier procureur adjoint des États-Unis, Bill Essayli, a affirmé que les forces de l’ordre aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Asie «sont déterminées à cibler et à démanteler ces organisations criminelles où qu’elles opèrent».
«Ces criminels ne trouveront aucun refuge», a-t-il ajouté.
En mai 2024, quatre ressortissants indiens ont été accusés de meurtre et de complot en vue de commettre un meurtre en lien avec l’assassinat de M. Nijjar, ce qui a provoqué une crise diplomatique.
L’affaire est actuellement devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique à New Westminster.
En septembre 2023, le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, a fait une annonce stupéfiante à la Chambre des communes: des renseignements crédibles liaient le gouvernement indien à l’assassinat. L’année suivante, le gouvernement a désigné le groupe Bishnoi comme une organisation terroriste.
L’acte d’accusation de Bishnoi identifie M. Nijjar par les initiales H. S. N., et précise la date exacte de son assassinat ainsi que les circonstances connues.
