Pour le Louvre, musée le plus visité au monde, il est «statistiquement inévitable» que des cas de fraude surviennent un jour ou l’autre, a indiqué le numéro deux du musée dans la foulée de la découverte d’une vaste escroquerie à la billetterie, qui aurait duré dix ans.
Kim Pham, administrateur général du Louvre, a expliqué à l’Associated Press que la taille unique du musée le rend particulièrement vulnérable. Il a toutefois refusé de nommer d’autres institutions qui pourraient être touchées par le problème.
«Quel musée au monde, avec une telle fréquentation, ne connaîtrait pas, à un moment ou un autre, des problèmes de fraude?», s’est interrogé M. Pham, qui supervise les activités quotidiennes, notamment l’administration et la gestion interne.
Et ce n’est pas une mince affaire, avec 86 000 mètres carrés d’espace présentant 35 000 œuvres d’art à 9 millions de visiteurs par an.
La semaine dernière, le parquet parisien a annoncé la mise en garde à vue de neuf personnes dans le cadre de l’affaire de fraude de billets. Ces neuf personnes ont été formellement accusées et déférées devant des juges d’instruction.
Parmi les suspects figurent deux guides touristiques chinois accusés d’avoir fait entrer des groupes de touristes au musée en réutilisant les mêmes billets à plusieurs reprises pour différents visiteurs, avec la complicité présumée d’employés du Louvre.
Des millions en pertes
Le Louvre avait porté plainte en décembre 2024, selon le parquet. Les enquêteurs estiment les pertes à plus de dix millions d’euros (environ 16,2 millions $ CA) sur une décennie. Le réseau criminel présumé est soupçonné d’avoir fait entrer jusqu’à 20 groupes de touristes par jour.
L’enquête judiciaire étant en cours, M. Pham n’a pas souhaité confirmer ces chiffres.
Les procureurs ont indiqué qu’en plus de réutiliser les billets à répétition, les guides divisaient parfois les groupes afin d’éviter de payer les «honoraires de conférencier», une sorte de commission versée au musée pour leur permettre d’exercer leur activité.
Rien que l’année dernière, le Louvre a dû faire face au vol très médiatisé des joyaux de la Couronne de France dans la galerie d’Apollon en octobre 2025, à des fuites d’eau ayant endommagé des ouvrages inestimables et à de multiples débrayages.
Interrogé à savoir si ce dernier incident alimentait l’idée d’un Louvre hors de contrôle, M. Pham a réfuté cette affirmation.
«Tout simplement, le Louvre est le plus grand musée du monde», a-t-il soutenu.
«De multiples strates historiques»
M. Pham a décrit le Louvre comme «un bâtiment historique dont la construction a commencé au début du XIIIe siècle et qui a connu de multiples strates historiques jusqu’au XXe siècle».
«Il est normal que, face à cette complexité, nous rencontrions des difficultés», a-t-il ajouté, tout en reconnaissant des failles dans les dispositifs de sécurité du musée.
«Je ne prétends pas que nous faisons tout parfaitement et que nous avons toujours fait les bons choix, a-t-il souligné. Ce que je vous dis, c’est que la lutte contre la fraude est une action de tous les instants.»
Mais M. Pham a insisté sur le fait que c’était le musée qui avait alerté la police, et non l’inverse.
Il a réfuté l’idée que le manque de personnel – l’une des causes des nombreuses grèves de l’année dernière – ait contribué à la réutilisation présumée des billets. «Nos effectifs sont suffisants pour ces fonctions», a-t-il affirmé.
Il a décrit le problème plus général comme étant de plus en plus numérique. «Aujourd’hui, 90 % des billets sont achetés en ligne, a-t-il argué. C’est donc là que se concentre la majeure partie de la fraude.»
