Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a signalé aux Canadiens désireux d’en savoir plus sur l’avenir du commerce bilatéral que «l’Amérique d’abord» était une politique et non un simple slogan, et qu’ils ne devaient pas s’attendre à un retour en arrière.
Des sources ayant assisté mercredi à Washington à une table ronde avec le responsable du commerce du président américain Donald Trump ont déclaré à La Presse Canadienne que M. Greer s’était montré mesuré et pragmatique en exposant les objectifs politiques de l’administration avant la prochaine révision de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).
Une quarantaine de personnes ont assisté à cet événement organisé par la Chambre de commerce américaine au Canada, dont les députés conservateurs Jamil Jivani, Michael Chong et Shuvaloy Majumdar. Plusieurs dirigeants de compagnies pétrolières et gazières étaient également présents.
L’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, était assis à deux sièges de M. Greer lors de la réunion. Le représentant de l’Alberta au commerce à Washington, Nathan Cooper, et celui du Manitoba, Richard Madan, étaient également présents.
La réunion a duré plus d’une heure et les sources, qui n’étaient pas autorisées à s’exprimer publiquement sur ce qui s’y est dit, affirment que M. Greer a dit aux participants que l’administration Trump ne cherchait pas à perturber les relations énergétiques entre les deux pays.
Selon ces sources, M. Greer a déclaré que les États-Unis souhaitaient collaborer avec le Canada sur le développement des ressources énergétiques et des minéraux critiques d’une manière mutuellement bénéfique pour les deux pays.
Une source a indiqué que M. Greer aurait toutefois averti le Canada qu’il ne devait pas tenter d’utiliser ces ressources comme moyen de pression dans les négociations sur l’accord commercial trilatéral.
Une autre source a affirmé que M. Greer ne semblait pas lancer d’avertissement. Selon cette source, M. Greer a soutenu que si le Canada plaide en faveur d’une collaboration énergétique, celle-ci ne devrait pas être conditionnée par des concessions américaines.
Trois options disponibles
L’accord commercial continental fait l’objet d’une révision obligatoire cette année. Il prévoit un choix à trois options pour chaque pays en juillet.
Ils peuvent renouveler l’accord pour 16 ans, s’en retirer ou signifier à la fois un non-renouvellement et un non-retrait, ce qui déclencherait un examen annuel susceptible de prolonger les négociations pendant une décennie.
M. Greer a assuré qu’il était peu probable que les États-Unis approuvent l’accord sans discussion en juillet, ce qui laisse présager des négociations plus longues.
M. Greer était au Mexique la semaine dernière et la première ronde de négociations bilatérales officielles sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) entre les représentants mexicains et américains aura lieu le mois prochain.
Ottawa n’a toujours pas entamé de négociations commerciales formelles avec les États-Unis. Lors d’une comparution devant un comité de la Chambre des communes la semaine dernière, M. Wiseman a été interrogé sur la possibilité que le gouvernement fédéral ralentisse délibérément les pourparlers.
«Le Canada est prêt et disposé à entamer tout processus d’examen avec les États-Unis et le Mexique, a dit M. Wiseman le 23 avril. Nous sommes prêts à le faire.»
Le premier ministre Mark Carney a été interrogé jeudi sur les efforts diplomatiques des députés conservateurs à Washington et sur la possibilité que ces efforts influent sur les négociations.
Il a répondu que, selon l’expérience du gouvernement fédéral, «les gens ne se sont pas rendus à Washington pour apprendre quoi que ce soit de nouveau ni pour être au courant de tout ce qui est discuté ou de l’état d’avancement des négociations».
«Au final, il n’y a qu’un seul négociateur pour le Canada: le gouvernement canadien», a souligné M. Carney à Oakville, en Ontario.
Jamil Jivani, député de Bowmanville—Oshawa-Nord, compte le vice-président J.D. Vance parmi ses proches et a tissé des liens au sein de l’administration Trump.
Lors de la réunion de mercredi à Washington, des sources ont indiqué que M. Greer avait salué M. Jivani d’une poignée de main et que leur attitude était cordiale.
Selon ces mêmes sources, M. Greer aurait dit aux participants que le Canada était un partenaire difficile.
Le représentant au Commerce a affirmé que le Canada était déterminé à mener à bien sa transition énergétique verte — en citant l’électrification et les véhicules électriques — et que cela ne correspondait pas à la politique américaine.
M. Greer avait récemment tenu des propos similaires au Capitole, déclarant aux législateurs américains que le Canada «s’enfonçait encore plus dans la mondialisation alors que nous essayons de corriger ses problèmes».
«Ce sont donc deux modèles qui ne s’accordent pas vraiment», a commenté M. Greer.
M. Greer a ouvert la réunion de mercredi en présentant brièvement les objectifs commerciaux de l’administration Trump. Il a affirmé que l’ACEUM place le Canada et le Mexique dans la meilleure position au monde pour leurs échanges commerciaux avec les États-Unis.
Selon certaines sources, après son allocution, M. Greer a consacré l’essentiel de son temps à écouter les présentations des compagnies pétrolières et gazières présentes.
Les négociations entre le Canada et les États-Unis ont été gelées en octobre dernier, lorsque M. Trump s’est indigné d’une publicité commanditée par l’Ontario, citant l’ancien président Ronald Reagan, qui critiquait les droits de douane.
Les relations se sont depuis apaisées et le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, a rencontré M. Greer à Washington le mois dernier.
Bien que M. Greer ait critiqué publiquement le Canada, des sources ont indiqué qu’en privé, il est drôle et respectueux. Ces mêmes sources ont ajouté qu’il était utile pour les entreprises canadiennes d’entendre le point de vue américain et que M. Greer semblait disposé à collaborer avec le Canada.
M. Greer a également réaffirmé que l’objectif de l’administration Trump est de réduire le déficit commercial du Canada avec les États-Unis, ont précisé les sources. Le déficit commercial du Canada est lié aux achats de pétrole et d’énergie des États-Unis.
— Avec des informations de Sarah Ritchie et Kyle Duggan à Ottawa et de Sharif Hassan à Oakville

