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Éoliennes: un quota québécois ferait gonfler les prix, prévient le PDG de Boralex

La présence de pales chinoises dans le projet Des Neiges de Boralex a fait les manchettes récemment, malgré l’existence d’un manufacturier gaspésien.

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Imposer un quota québécois sur le développement des parcs éoliens serait une mauvaise idée, selon le président et chef de la direction de Boralex, Patrick Decostre. Une éolienne photographiée au Québec le 24 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christ... Imposer un quota québécois sur le développement des parcs éoliens serait une mauvaise idée, selon le président et chef de la direction de Boralex, Patrick Decostre. Une éolienne photographiée au Québec le 24 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi (Christinne Muschi)

Imposer un quota québécois sur le développement des parcs éoliens serait une mauvaise idée, selon le président et chef de la direction de Boralex, Patrick Decostre.

Si les fournisseurs québécois ne sont plus mis en concurrence avec les entreprises internationales, les prix des projets vont bondir, prévient l’homme d’affaires en entrevue, mercredi, en marge d’une conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

«Si on dit: “toutes les pales qui seront installées au Québec doivent absolument venir de Gaspé”, les coûts vont monter, la qualité va baisser et ce ne sera plus compétitif», avance le patron du producteur québécois d’énergie renouvelable.

Cette mise en garde n’est en rien un jugement sur la compétence des fournisseurs locaux, précise M. Decostre.

«Ce qu’on a vu partout, c’est qu’à partir du moment où on met un quota, on finit par avoir des équipements qui ne sont pas de bonne qualité, affirme-t-il. Ce n’est pas lié au Québec, c’est lié aux endroits où on a mis des quotas.»

Dans ces conditions, il deviendrait plus difficile d’obtenir l’acceptabilité sociale pour le développement de cette filière, selon lui. «Il faut faire attention parce que personne ne veut que les prix d’électricité augmentent. Donc, il faut s’assurer d’être compétitif.»

La présence de pales chinoises dans le projet Des Neiges de Boralex a fait les manchettes récemment, malgré l’existence d’un manufacturier gaspésien.

Boralex et Hydro-Québec avaient expliqué que l’entreprise en question ne répondait pas aux critères du projet, ce que réitère M. Decostre en entrevue.

Le premier ministre François Legault avait réagi, affirmant qu’il «faut que» les pales se fassent au Québec pour les prochains projets.

Mieux vaudrait ne pas imposer cette obligation, rétorque M. Decostre. «Je pense qu’il faut éviter de forcer. Je pense qu’il faut inciter les entreprises à travailler ensemble.»

Malgré cette mise en garde, Boralex souhaite avoir le plus de fournisseurs locaux possible, nuance-t-il. «C’est dans notre intérêt parce que ça réduit les risques (d’avoir un approvisionnement à proximité), mais il ne faut pas que ça augmente les coûts de façon significative.»

Le patron de Boralex défend la contribution de l’entreprise à l’économie locale. Il mentionne qu’environ 50 % à 60 % des dépenses liées à ses projets sont faites localement.

Hydro-Québec doit faire sa part

La meilleure façon de développer un écosystème de fournisseurs québécois serait d’avoir une plus grande prévisibilité de la part d’Hydro-Québec, juge M. Decostre.

La société d’État s’est donné l’objectif d’ajouter 10 000 mégawatts d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2035, mais le plan de match gagnerait à être plus détaillé pour aider l’industrie à se préparer, plaide-t-il.

Il donne l’exemple de l’Ontario où le calendrier des prochains appels d’offres est connu pour les quatre prochaines années.

«Au Québec, on a une rumeur qui nous dit que, potentiellement, il va y avoir un appel d’offres, déplore-t-il. Je ne sais pas quand. Je ne sais pas de quelle puissance. Je ne sais pas pour quel projet.

«Nos équipes travaillent un petit peu dans le brouillard par rapport à ça», ajoute-t-il.

Pour sa part, Hydro-Québec juge qu’elle offre «beaucoup de prévisibilité à l’industrie» avec sa stratégie de développement éolien. «Cela pourrait élargir nos options locales, répond la société d’État dans une déclaration écrite. Il faut maintenant que l’industrie se développe au même rythme que les projets.»

Les détails des prochains appels d’offres devraient être communiqués «très bientôt».

La PDG d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, avait assuré récemment que les fournisseurs québécois profiteraient de son plan d’investissement massif.

«Depuis le début de l’année, on a dépensé au Québec 5,4 milliards $, avait indiqué la dirigeante en mêlée de presse, en novembre, en marge d’une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. De ces chiffres-là, 93 % ont été faits auprès d’entreprises du Québec ou opérant au Québec.»

Le patron de Boralex s’inquiète aussi de la manière dont Hydro-Québec entend collaborer avec le secteur privé.

Il souhaite que son entreprise soit actionnaire des projets éoliens développés sur le territoire québécois.

Il espère que la société d’État ne choisira pas d’être l’unique propriétaire de ses projets, en s’appuyant sur l’expertise des producteurs d’énergies renouvelables. «On n’est pas une entreprise de service-conseil. On est un investisseur.»

La collaboration d’Hydro-Québec avec le secteur privé ne fait pas que des heureux. Des syndicats et des organismes de réflexion souhaiteraient plutôt que le secteur public joue un plus grand rôle, comme ce fut le cas pour le développement de l’hydro-électricité.

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) estime que le Trésor public perd des revenus potentiels lorsqu’Hydro-Québec achète de l’électricité à des producteurs privés, comme Boralex.

Pour sa part, M. Decostre juge qu’il est dans l’intérêt d’Hydro-Québec de partager le risque avec le secteur privé. «Nous, on ne va pas prendre n’importe quel risque d’investissement et on connaît ce secteur-là.»

En collaborant avec le privé, Hydro-Québec permet l’essor d’entreprises québécoises ayant un rayonnement international, plaide-t-il.

«Je pense qu’il y a des retombées économiques importantes parce qu’on a (près de) 400 emplois au Québec qui sont de grande qualité, qui sont bien payés. Donc ça, c’est très important.»

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste