MONTRÉAL — Les acteurs de l'industrie de la construction unissent leur voix pour ne plus tolérer les différentes formes de discrimination ou de harcèlement qui sévissent encore dans les chantiers et qui contribuent à l'abandon de trop de travailleurs.
Une campagne à ce sujet a été lancée, lundi à Montréal. Elle vise non seulement les femmes, mais aussi les gens de différentes communautés culturelles qui intègrent l'industrie, les jeunes qui sont encore apprentis, en fait, tous ceux qui sont susceptibles de recevoir des remarques désobligeantes, souvent sous couvert de blagues.
«Elle va se péter un ongle en fouillant dans sa ceinture à outils.» «Elle devrait être à la maison à faire des lunchs» ou «va falloir lui répéter trois fois» ou «c'est un importé». Ce genre de remarques, qui peuvent blesser, dénigrer la personne, remettre en question sa compétence, subsistent encore en 2026. Et c'est à ce genre de climat de travail que la campagne s'attaque.
«Les lois, ce n'est pas tout. On parle de culture, de prévention, de vigilance», a lancé le ministre du Travail, Jean Boulet, présent au lancement.
La présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Audrey Murray, souligne qu'avec un taux d'abandon de 30 % en cinq ans, il faut y voir. «Sept pour cent de ceux qui nous quittent, c'est pour des raisons de climat de travail», a-t-elle rapporté.
Le ministre a noté que l'industrie avait accueilli 8360 travailleuses en 2025, soit 4,1 % de l'ensemble de la main-d'oeuvre. Et il est connu que les femmes abandonnent l'industrie en plus grande proportion que les hommes.
Hydro-Québec, grand «donneur d'ouvrage» dans la construction, a tellement apprécié cette campagne qu'il a décidé de la déployer dans tous ses chantiers, a fait savoir Michel Bouchard, vice-président Projets de construction à la société d'État.
«Il faut avoir le courage d'agir sur les écarts», et ce, à tous les niveaux, a ajouté M. Bouchard.
Du côté syndical, le président de la FTQ-Construction, Alexandre Ricard, aussi présent au lancement, fait valoir que la précarité des emplois peut aussi jouer dans le fait de ne pas oser porter plainte, lorsqu'un travailleur vit une situation problématique.
«La statistique qui me vient en tête: 79 % des personnes qui ont vécu de l'intimidation ou de la discrimination sur les chantiers n'ont pas voulu dénoncer, pour plusieurs raisons. Nous, ce qu'on identifie, comme syndicat, c'est beaucoup la précarité d'emploi», le fait que ces travailleurs n'osent pas se plaindre, de peur de ne plus être rappelés au travail ou de ne pas passer pour une personne qui s'intègre bien à l'équipe.
«En ayant une précarité d'emploi, si on veut vraiment mettre en place un climat sain, parlons précarité d'emploi et sécurité d'emploi avec les employeurs», a plaidé le dirigeant syndical en entrevue.
Lia Lévesque, La Presse Canadienne

