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Des talibans tuent un enfant lors d'une manifestation en soutien aux femmes afghanes

Des témoins oculaires ont raconté avoir vu la police talibane ouvrir le feu mardi.

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ARCHIVES - Une Afghane sort d'une cellule du quartier des femmes de la prison de Pul-e-Charkhi à Kaboul, en Afghanistan, le 23 septembre 2021. Photo AP/Felipe Dana, archives ARCHIVES - Une Afghane sort d'une cellule du quartier des femmes de la prison de Pul-e-Charkhi à Kaboul, en Afghanistan, le 23 septembre 2021. Photo AP (Felipe Dana)

Une répression violente d’une manifestation dans l’ouest de l’Afghanistan contre les arrestations de femmes accusées d’avoir enfreint les règles relatives au code vestimentaire a fait au moins un mort, a déclaré mercredi la mission des Nations Unies en Afghanistan.

Des témoins oculaires ont raconté avoir vu la police talibane ouvrir le feu mardi lors d’une manifestation rassemblant entre 100 et 150 personnes contre les arrestations de femmes survenues ce week-end dans la ville occidentale de Herat.

La mission de l’ONU a confirmé «qu’au moins une personne, un garçon, avait été tuée par balle, tandis que plusieurs autres avaient été blessées, notamment après avoir été frappées à coups de bâton». L’organisme a ajouté qu’il vérifiait également les informations faisant état d’un deuxième décès.

Les manifestations sont rares en Afghanistan, pays dirigé par les talibans depuis 2021 à la suite du retrait chaotique des forces dirigées par les États-Unis. Le gouvernement a depuis imposé des règles fondées sur une interprétation stricte de la loi islamique, la charia. La dissidence n’est pas tolérée et les manifestations contre les décisions du gouvernement sont illégales.

Ces règles prévoient des restrictions draconiennes à l’encontre des femmes et des filles, notamment l’interdiction de poursuivre des études au-delà du primaire et des restrictions sur la tenue vestimentaire des femmes.

Les règles stipulent que les femmes ne peuvent se montrer en public qu’en portant le hijab intégral — qui comprend un foulard et une longue robe couvrant tout le corps — ainsi qu’un voile couvrant le visage et ne laissant apparaître que les yeux. Ces règles sont appliquées par le redouté ministère de la Promotion de la vertu et de la Répression du vice.

Au moins 30 femmes arrêtées

La mission de l’ONU en Afghanistan, connue sous l’acronyme MANUA, a indiqué qu’au moins 30 femmes avaient été arrêtées à Herat samedi et dimanche. «Des dizaines d’autres femmes auraient reçu des avertissements verbaux. Bien que les femmes aient été libérées le 8 juin, l’impact de ces arrestations et détentions arbitraires sur les femmes et leurs familles est profond», a souligné la mission dans un communiqué.

La MANUA a appelé les autorités à abroger les politiques qui restreignent les droits des femmes et des filles en Afghanistan, et a souligné que les forces de l’ordre «doivent se conformer aux normes juridiques internationales».

«Les individus ont le droit d’exprimer pacifiquement leur désaccord sans craindre la violence, l’intimidation ou les représailles», peut-on lire dans le communiqué.

La loi islamique doit être respectée, dit la police

Le porte-parole de la direction de la police de Herat, Sayed Masoud Hosseini, a affirmé mercredi dans une déclaration que la police «adopte une approche sérieuse, conforme à la charia et fondée sur des principes face à toute action qui perturbe la sécurité publique».

Il a déclaré qu’«un certain nombre d’émeutiers» s’étaient rassemblés mardi «sous prétexte de protester contre des questions liées au port du hijab et à l’opposition au hijab islamique, et avaient agi de manière à perturber l’ordre public». Il a ajouté que la présence des forces de sécurité «avait permis de maîtriser la situation dans les plus brefs délais».

«Le commandement provincial de la sécurité de Herat souligne une fois de plus que les libertés individuelles et sociales doivent s’exercer dans le cadre de la charia et des valeurs sociales, et que tout comportement ou acte qui perturbe la sécurité publique, crée des tensions et trouble l’ordre public est inacceptable.»

Lundi, le ministère afghan de la Vertu a démenti les informations faisant état d’arrestations et de détentions de femmes.

«Les informations diffusées concernant l’arrestation de femmes à Herat ne sont que des rumeurs», a-t-il affirmé dans une déclaration, ajoutant que le port du «hijab est un commandement divin, une loi que nous sommes tenus d’appliquer».

Georgette Gagnon, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’ONU et responsable de la MANUA, a déclaré que la détention de femmes en Afghanistan «entraîne une stigmatisation énorme, qui peut exposer les femmes à un risque accru de violence et d’isolement au sein de leurs familles et de leurs communautés, même après leur libération».

Elle a ajouté que les autorités étaient «tenues, en vertu du droit international, de respecter les droits de tous les Afghans à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique, à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi qu’à la protection contre la détention arbitraire».