Les expéditeurs canadiens ont commencé à retenir leurs marchandises et à reporter leurs livraisons, alors qu’ils s’efforcent de trouver les fonds nécessaires pour payer les droits de douane et faire passer leurs marchandises à la frontière.
Selon des courtiers en douane, certains fabricants et exportateurs qui comptaient acheminer leurs marchandises vers les États-Unis sans frais ont désormais du mal à réunir les fonds nécessaires, ce qui entraîne des retards de transport.
Le président américain Donald Trump a imposé en fin de semaine des droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards $ US de produits canadiens après l’échec des négociations commerciales, ce qui touche des secteurs allant du textile aux produits d’hygiène, en passant par les tulipes et les jouets.
Lisa McEwan, copropriétaire de la société de courtage en douane Hemisphere Freight, à Toronto, explique que ses clients, qui fabriquent des articles allant des chandails en coton ouaté aux bobines métalliques en passant par les machines agricoles, ont tous reporté leurs expéditions, car ils doivent désormais trouver des milliers de dollars supplémentaires pour payer les droits de douane.
«J’ai actuellement six déclarations que je ne peux pas soumettre tant que je n’ai pas été payée», témoigne-t-elle. Les courtiers en douane avancent souvent les fonds nécessaires au paiement des droits de douane et des taxes pour le compte d’un importateur.
Elle ajoute que les expéditeurs confrontés à ces droits de douane pourraient encore échapper à ces prélèvements s’ils ont réservé leur expédition avant le 22 août. Ceux qui ne l’ont pas fait disposent de dix jours ouvrés pour payer le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis avant que des pénalités de retard ne commencent à s’accumuler.
«J’ai passé toute la matinée au téléphone avec des clients qui se demandent ce qui se passe», rapporte Mme McEwan.
«Je ne sais pas si cette situation est tenable. La trésorerie de l’entreprise va en prendre un coup.»
Du soutien, une solution temporaire
Les mesures de soutien promises par le gouvernement fédéral aux secteurs touchés seront les bienvenues, mais ne constitueront qu’une «solution temporaire pour la plupart des petites entreprises», précise-t-elle.
Le premier ministre Mark Carney, qui s’est engagé à mettre en place des droits de douane de rétorsion d’ici le 8 septembre, a accusé samedi les États-Unis de tenter d’introduire, à la dernière minute, des dispositions dans un accord commercial en cours de négociation qui auraient restreint la capacité du Canada à conclure des accords avec d’autres pays.
Donald Trump a encore intensifié sa guerre commerciale avec le Canada lundi, menaçant de porter à 50 % les droits de douane sur tous les véhicules, pièces automobiles et produits sidérurgiques en provenance du Canada à compter du 1er janvier. Cette nouvelle menace de droits de douane — distincte de celles appliquées samedi — viendrait s’ajouter aux taxes existantes sur les secteurs de l’automobile et de l’acier.
«Je pense que les gens sont encore un peu sous le choc et qu’ils essaient de comprendre ce qui se passe», souligne John Corey, qui dirige l’Association canadienne de gestion de fret.
«De nombreux produits circulent entre les deux pays et pourraient être concernés.»
Les droits de douane qui viennent d’entrer en vigueur ne s’appliquent qu’à environ 5 % des exportations canadiennes, mais représentent une dépense prohibitive pour de nombreux fabricants qui ne peuvent pas répercuter ce coût sur les acheteurs, selon les observateurs. La possibilité d’une guerre commerciale qui s’intensifie est de mauvais augure pour le coût de la vie et la croissance économique, les petites et moyennes entreprises étant particulièrement vulnérables.
«Avec des réserves de trésorerie réduites, elles auront moins de capacité à se diversifier. Certaines entreprises fermeront sans aucun doute leurs portes, même avec le soutien du gouvernement», prévient Tu Nguyen, économiste au sein du cabinet de conseil fiscal RSM Canada.
Ces droits de douane, notamment ceux visant les secteurs de l’automobile, de l’acier et du bois d’œuvre, pourraient entraîner des suppressions d’emplois, un recul des investissements étrangers et une hausse de l’inflation, ajoute-t-elle.
Avec des informations de Nick Murray pour La Presse canadienne

