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Des premiers ministres canadiens ont boudé les gouverneurs américains

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Ce photomontage montre le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, à gauche, le 21 juillet 2026, ainsi que le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, le 22 juillet 2026, à Charlottetown. LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabre... Ce photomontage montre le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, à gauche, le 21 juillet 2026, ainsi que le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, le 22 juillet 2026, à Charlottetown. LA PRESSE CANADIENNE (Darren Calabrese)

Il n’est pas surprenant que la plupart des principaux dirigeants concernés aient manqué la conférence annuelle des gouverneurs américains du nord-est du pays et des premiers ministres canadiens des provinces de l’Atlantique, affirme un politologue de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

Don Desserud, titulaire de la chaire de sciences politiques à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, estime que leur absence est révélatrice de l’époque actuelle, alors que la guerre commerciale transfrontalière s’intensifie.

Seuls Tim Houston, premier ministre de la Nouvelle-Écosse, et Rob Lantz, son homologue de l’Île-du-Prince-Édouard, se sont trouvés parmi les hauts dirigeants qui ont participé à la 47e conférence annuelle des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada qui s’est terminée lundi.

Le gouverneur du Vermont, Phil Scott, a accueilli la rencontre, et a été le seul de six gouverneurs à y participer, les autres états ayant envoyé des délégués.

M. Desserud avance que les premiers ministres qui tentent présentement de trouver des solutions réalistes sont peut-être désintéressés d’une telle rencontre, étant donné l’état des relations entre les deux pays.

«La rencontre prend alors une importance plus symbolique que pratique», dit M. Desserud lors d’un appel téléphonique, tandis que la conférence de deux jours prenait fin.

«Et je crois que nous avons une génération de premiers ministres qui sont bien plus concentrés sur le concret et bien moins préoccupés par l’image.»

Motifs d’absence

Le bureau de la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a indiqué qu’elle était restée dans la province pour «se concentrer sur les priorités ici, à la maison». Le directeur général de la division de politique d’expansion du commerce, Serge Breau, a été envoyé à sa place.

Un porte-parole du premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, a seulement indiqué qu’il était «dans l’incapacité de participer» à la rencontre, sans donner plus de détails. Un sous-ministre adjoint des Affaires intergouvernementales y a assisté comme représentant de Terre-Neuve-et-Labrador.

Québec a envoyé son ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, au lieu de la première ministre Christine Fréchette. Un porte-parole pour M. Skeete a indiqué que le choix de la délégation était fait indépendamment de la guerre commerciale.

Mme Fréchette se prépare également en vue des élections provinciales du 5 octobre.

Pour ce qui est des six gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre, quatre d’entre eux sont en campagne pour les primaires, en anticipation d’élections à la grandeur de leurs états à l’automne.

La participation à cette rencontre semble être en déclin depuis les dernières années.

Lorsque la conférence s’est tenue à Saint-Jean l’an dernier, trois premiers ministres et un gouverneur s’y sont rendus, avec des fonctionnaires subalternes composant les délégations des autres États.

Celle de 2024 à Boston a pu compter la présence de deux premiers ministres et de cinq gouverneurs. L’année d’avant, trois premiers ministres et quatre gouverneurs se sont rendus à celle de Québec.

Lors de la dernière rencontre en personne avant la pandémie, en 2018, quatre premiers ministres et trois gouverneurs étaient présents.

La conférence de 2019 avait été annulée à cause de l’ouragan Dorian.

Le futur envisageable d’une relation saine

La relation entre les États-Unis et le Canada est désormais définie par une guerre commerciale qui ne cesse de s’aggraver, entamée par le président américain Donald Trump, avec une nouvelle vague de droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, qui doit entrer en vigueur le 19 août.

Cela pourrait être une raison convaincante de se retirer de la conférence, selon M. Desserud.

«Des droits de douane, pas de droits de douane: ce va-et-vient fait en sorte que toute entente qui pourrait être trouvée peut être perçue comme inutile. Et donc ça devient quasiment un exercice futile», dit-il.

M. Scott, le gouverneur du Vermont, a reconnu la relation instable entre le Canada et les États-Unis dans un communiqué transmis lundi, après la conférence de presse.

«À un moment d’incertitude et de pression dans la relation entre nos pays, les gouverneurs et les premiers ministres ont un rôle très important à jouer dans le maintien de liens forts», a-t-il dit.

«Au cours des deux derniers jours, nous avons démontré que nous pouvons continuer à travailler ensemble pour nos intérêts communs, outre les désaccords politiques au niveau national.»

Lors de ces deux journées, M. Scott, M. Houston et M. Lantz ont visité une entreprise aérospatiale et une ferme pour explorer des opportunités communes concernant l’énergie propre et la fabrication de pointe, selon un communiqué du bureau du gouverneur.

Le groupe aurait également rencontré des dirigeants des industries régionales pour définir une stratégie afin d’améliorer la sécurité énergétique, de créer des infrastructures fiables et d’augmenter la croissance économique.

M. Desserud, qui a publié l’année dernière un ouvrage sur la politique interprovinciale dans les Maritimes, explique que, bien qu’il comprenne les raisons pour lesquelles les premiers ministres ne se sont pas rendus à la conférence, il en est également déçu.

«Je suis prêt à parier que les premiers ministres ressortent de ces rencontres avec une meilleure compréhension de ce qui se passe exactement dans les autres provinces et dans ces États», a-t-il dit.

Il a également ajouté qu’il existe peut-être un jour où les droits de douane et le commerce ne dominent pas la relation entre Ottawa et Washington.

«Il faut tout de même entretenir ces relations, car un de ces jours, nous serons dans un monde post-Trump, et nous ne voudrons pas repartir à zéro.»