Des organisations communautaires de Montréal affirment que le Canada censure une députée européenne franco-palestinienne, Rima Hassan, à qui, selon elles, l’entrée au Canada a été refusée en raison de ses opinions politiques.
Alternatives, Voix juives indépendantes et Les Médecins du Québec contre le génocide avaient invité Mme Hassan à prendre la parole lors de deux conférences à Montréal.
L’une portait sur l’antifascisme et la montée de l’extrême droite, et l’autre sur le militantisme pro-palestinien.
Les groupes montréalais estiment que Mme Hassan a été prise pour cible par les autorités canadiennes en raison de ses critiques à l’égard d’Israël.
«Je m’inquiétais parce que (…) s’ils font cela à une représentante élue du peuple, qu’est-ce qu’ils font aux citoyens ordinaires ?», a soutenu Marc-Édouard Joubert, coprésident d’Alternatives, l’un des groupes organisateurs.
Mme Hassan a participé virtuellement à une conférence de presse organisée par les groupes lundi, mais les organisateurs ont indiqué qu’elle ne répondrait pas aux questions, expliquant qu’elle s’exprimerait davantage lors de l’une des conférences prévues mardi.
Au cours du week-end, Mme Hassan a publié un message sur les réseaux sociaux expliquant pourquoi elle avait été contrainte d’annuler son voyage.
Les détenteurs d’un passeport français n’ont pas besoin de visa pour se rendre au Canada, mais doivent obtenir une autorisation pour y entrer par avion. Mme Hassan dit avoir reçu cette autorisation.
Quelques heures avant le départ prévu de son vol pour Montréal, on lui a toutefois demandé de fournir de nouveaux documents et renseignements, notamment des relevés bancaires et une liste de ses liens familiaux.
Pour cette raison, elle a déclaré qu’elle n’avait pas pu entrer au Canada et qu’elle devait désormais participer aux conférences à distance.
Immigration Canada a refusé de commenter le dossier, invoquant des questions de confidentialité et de sécurité.
La députée fait partie de La France insoumise. Le parti de gauche a avancé dans un communiqué que l’autorisation avait été révoquée parce qu’elle s’était vu refuser l’entrée en Israël par le passé et en raison de plaintes déposées contre elle liées à ses critiques d’Israël.
Selon le communiqué du parti, cosigné par le NPD, les autorités canadiennes auraient reproché à Mme Hassan de ne pas avoir signalé un précédent refus de visa ou d’entrée sur le territoire, ainsi qu’une infraction pénale présumée, une arrestation, une mise en accusation ou une condamnation.
Mme Hassan faisait partie d’une des flottilles qui ont pris la mer en direction de Gaza en juin dernier, lorsqu’elle a été arrêtée dans les eaux internationales et détenue en Israël avant d’être renvoyée en France. Elle s’était également vu refuser l’entrée en Israël alors qu’elle faisait partie d’une délégation parlementaire en février 2025.
L’organisation juive de défense des droits de la personne B’nai Brith Canada a félicité le gouvernement d’avoir bloqué l’entrée de Mme Hassan au Canada, affirmant qu’elle «encourageait le terrorisme».
B’nai Brith a également indiqué avoir transmis des informations aux autorités canadiennes concernant la députée et a remercié le gouvernement d’avoir agi rapidement.
Mais les groupes qui l’avaient invitée à prendre la parole au Canada ne sont pas d’accord avec la façon dont B’nai Brith Canada l’a présentée.
«Elle n’est pas une militante pro-palestinienne. C’est une Palestinienne qui voit sa famille et sa terre se faire détruire», a déclaré Zev Saltiel, porte-parole d’Independent Jewish Voices.
«Lorsque nous traitons les musulmans et les Arabes, ou les personnes originaires de ces régions, comme s’ils représentaient un danger ou comme s’ils étaient des terroristes simplement parce qu’ils existent, nous contribuons à l’aggravation du racisme et de l’islamophobie qui existent déjà ici», a-t-il ajouté.
