International

Cuba: les conducteurs doivent attendre plusieurs mois pour obtenir de l’essence

Publié le 

Des touristes voyagent dans une voiture américaine classique à côté d'une file de conducteurs attendant d'acheter du carburant pour leurs voitures à La Havane, à Cuba, le lundi 16 février 2026. Photo AP/Ramon Espinosa Des touristes voyagent dans une voiture américaine classique à côté d'une file de conducteurs attendant d'acheter du carburant pour leurs voitures à La Havane, à Cuba, le lundi 16 février 2026. (Ramon Espinosa)

Les automobilistes cubains risquent de devoir attendre plusieurs mois avant de pouvoir faire le plein, alors que la pénurie de carburant causée par le blocus pétrolier américain s’intensifie.

Pour éviter le chaos devant les stations-service, le gouvernement cubain a rendu obligatoire la semaine dernière l’utilisation d’une application appelée Ticket pour prendre rendez-vous afin de faire le plein.

Les automobilistes de La Havane ont cependant témoigné lundi à l’Associated Press que l’application ne leur attribuait que des rendez-vous plusieurs semaines ou mois plus tard.

«J’ai le numéro 7000 et quelque chose», a raconté Jorge Reyes, un homme de 65 ans qui a téléchargé l’application lundi.

M. Reyes s’est inscrit pour faire le plein dans une station-service de La Havane qui n’accorde que 50 rendez-vous par jour. «Quand pourrai-je à nouveau acheter de l’essence?», s’est-il exclamé.

Obtenir un rendez-vous convoité

L’application permet aux conducteurs de s’inscrire pour un rendez-vous dans une seule station-service à la fois.

Ainsi, sur les groupes WhatsApp, certains conducteurs partagent des informations sur les endroits qui pourraient être moins fréquentés ou les stations-service qui ont une plus grande capacité à servir les clients, en précisant que certains sites attribuent jusqu’à 90 rendez-vous par jour.

Mais cela ne console guère ceux qui ont téléchargé l’application pour découvrir qu’il y a jusqu’à 10 000 rendez-vous avant le leur.

Le gouvernement cubain a également cessé de vendre de l’essence en monnaie locale à des tarifs subventionnés d’environ 25 cents le litre, et ne vend désormais que du carburant plus cher, au prix en dollars américains.

Un litre d’essence se vend actuellement 1,30 $ US dans les stations-service et peut coûter jusqu’à 6 $ US sur le marché noir de l’essence, en pleine expansion. Les fonctionnaires cubains gagnent moins de 20 $ US par mois, lorsque leurs revenus en pesos cubains sont convertis en dollars américains au taux du marché.

Lorsque les conducteurs peuvent enfin faire le plein dans les stations-service, ils ne sont autorisés à acheter que 20 litres d’essence.

«Cela ne me durera pas longtemps», a déclaré Ariel Alonso, un homme d’affaires qui a fait le plein lundi à la station-service El Riviera.

«Je dois garder une réserve de cinq litres au cas où quelqu’un tomberait malade à la maison» et devrait être transporté à l’hôpital, a-t-il ajouté.

L’application Ticket est gérée par XETID, une société de logiciels appartenant à l’État. La semaine dernière, le directeur commercial de la société, Saumel Tejada, a mentionné au site d’information Cuba Debate que plus de 90 000 conducteurs avaient pris rendez-vous pour faire le plein à l’aide de l’application.

Ticket existe depuis trois ans et était auparavant utilisé par les Cubains pour prendre rendez-vous chez les notaires et dans les stations-service où ils pouvaient payer le carburant en monnaie locale. Mais aujourd’hui, c’est pratiquement le seul moyen pour les conducteurs de faire le plein de leur voiture sans passer par le marché noir.

Les véhicules utilisés pour l’industrie touristique de l’île font exception. Ces voitures ont des plaques d’immatriculation spéciales et sont autorisées à faire le plein dans 44 stations-service réparties sur l’île, où de longues files d’attente se sont formées. Comme les véhicules ordinaires, les voitures touristiques ne peuvent acheter que 20 litres de carburant.

La crise s’intensifie

Les pénuries de carburant et les coupures d’électricité se sont intensifiées à Cuba ce mois-ci, alors que le pays peine à importer du pétrole pour ses centrales électriques et ses raffineries.

Fin janvier, le président américain Donald Trump a menacé de droits de douane tout pays vendant du pétrole à Cuba, alors que Washington intensifie ses efforts pour faire pression sur le gouvernement communiste de l’île afin qu’il procède à des réformes économiques et politiques.

Le président cubain Miguel Díaz-Canel a précisé qu’il était prêt à négocier avec les États-Unis «d’égal à égal» et sans renoncer à la souveraineté de son pays. Díaz-Canel a accusé les États-Unis d’avoir mis en place un «blocus énergétique».

Le Venezuela, l’un des principaux fournisseurs de pétrole de Cuba, a cessé de vendre du brut à l’île en janvier après que les États-Unis ont enlevé l’ancien président Nicolás Maduro lors d’un raid mené avant l’aube et l’ont emmené à New York pour qu’il y soit jugé pour trafic de drogue.

Le Mexique a également interrompu ses livraisons de pétrole à Cuba en janvier, après que M. Trump ait brandi la menace de droits de douane.

La semaine dernière, un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations unies a condamné le blocus pétrolier américain, affirmant qu’il «n’avait aucun fondement en matière de sécurité collective et constituait un acte unilatéral incompatible avec le droit international».