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Climat: malgré un recul de ses politiques, le Canada se prépare pour la COP31

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La ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Julie Dabrusin, parle pendant la période des questions à la Chambre des communes, sur la colline du Parlement, à Ottawa, le vendredi 9 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Justin... La ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Julie Dabrusin, parle pendant la période des questions à la Chambre des communes, sur la colline du Parlement, à Ottawa, le vendredi 9 octobre 2026. Crédit image | LA PRESSE CANADIENNE (Justin Tang)

Le Canada se présentera comme un leader international en matière de climat lorsqu’il enverra une délégation aux négociations annuelles de l’ONU sur le climat qui se tiendront la semaine prochaine en Turquie, et ce, malgré le recul de sa politique climatique sous le premier ministre Mark Carney. 

Des responsables gouvernementaux ont tenu lundi une réunion d’information technique à l’intention des journalistes, en amont de la COP31, conférence annuelle de deux semaines qui constitue le principal forum de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat. 

Cet accord engageait les signataires à réduire fortement leurs émissions afin de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C et aussi près que possible de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici la fin de ce siècle. Un rapport de l’ONU publié le mois dernier a indiqué que cet objectif était désormais impossible à atteindre, car les émissions n’ont pas baissé assez rapidement.

Ce rapport sera au cœur de la prochaine COP31, où les discussions porteront notamment sur les moyens de réduire les émissions afin de maintenir, au minimum, le réchauffement en dessous de 2°C d’ici 2100.

M. Carney ne participera pas au sommet des dirigeants qui se tiendra en marge de la conférence, mais la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, sera en Turquie pendant la première semaine des négociations. 

Selon des responsables, elle coprésidera une réunion ministérielle avec l’Union européenne dans le cadre du «Global Methane Pledge», un groupe de 159 pays engagés à réduire collectivement les émissions mondiales de méthane de 30 % par rapport aux niveaux de 2020 d’ici 2030.

En juin, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a lancé un appel mondial à l’action sur le méthane lors d’un discours prononcé dans le cadre de la Semaine d’action climatique de Londres. 

La réduction du méthane mise de l’avant

Des responsables canadiens ont déclaré lundi que le Canada «encouragerait» la réduction des émissions de méthane lors de la COP31, en soulignant auprès des autres pays qu’il s’agit d’un moyen «à fort impact et rentable» de lutter contre les émissions.

Dans son dernier rapport annuel sur les émissions nationales publié le mois dernier, l’Institut climatique du Canada a attribué à la «réduction des émissions fugitives de méthane» le mérite d’être le principal facteur expliquant pourquoi le secteur pétrolier et gazier canadien a enregistré un niveau d’émissions plus faible en 2025, malgré une hausse de la production.

Le Canada a également reporté la mise en œuvre de sa propre réglementation sur le méthane, ce qui — parallèlement à d’autres reculs en matière de lutte contre le changement climatique — a suscité de vives critiques de la part des défenseurs de l’environnement.

En juin, plusieurs des plus grandes associations environnementales du Canada, dont la Fondation David Suzuki, Ecojustice, Greenpeace Canada, Nature Canada et Environmental Defence, ont sollicité des entretiens avec les collaborateurs de Mark Carney ainsi qu’avec des députés. Ces organisations voulaient discuter de ce qu’elles ont qualifié de «préoccupations urgentes concernant les mesures prises par le gouvernement pour vider de leur substance les lois et procédures environnementales et pour discréditer les objectifs du Canada en matière de nature, de climat et d’énergie propre».

La semaine dernière encore, le commissaire à l’environnement du Canada a constaté qu’en novembre 2024, le gouvernement avait abandonné les travaux relatifs à un engagement pris en 2021 visant à interdire l’exportation de charbon thermique, sans qu’il y ait la moindre trace d’une directive en ce sens.

Les responsables gouvernementaux ont depuis affirmé que ces travaux étaient simplement «suspendus», bien que le rapport indique qu’Ottawa ait officialisé l’arrêt de ces travaux en août 2025 dans le cadre de coupes budgétaires.

Le rapport a également révélé que, bien qu’Ottawa ait initialement envisagé des moyens de faire respecter l’interdiction par voie législative, il a ensuite cherché à mettre en place des mesures non réglementaires pour la mettre en œuvre. Cela comprenait l’examen de «mesures volontaires» qui, selon le Bureau du vérificateur général du Canada, ne seraient pas juridiquement contraignantes.

Lors de la réunion d’information technique de lundi, les responsables gouvernementaux ont refusé de préciser si le Canada avait informé l’un de ses partenaires internationaux que ses travaux visant à interdire les exportations de charbon thermique avaient pris fin ou avaient été suspendus.

Par ailleurs, les chiffres fournis par le gouvernement lui-même montrent que le Canada est loin d’atteindre son engagement international de réduire ses émissions de 40 % par rapport aux niveaux de 2005, tandis que d’autres rapports suggèrent que l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 est également hors de portée.

Carney critiqué sur l’environnement

Mark Carney a été accusé d’avoir fait marche arrière en matière de politique climatique pendant la majeure partie de la dernière année. 

Il a supprimé la taxe carbone pour les consommateurs en mars 2025 — dès son premier jour au pouvoir. Bien qu’il ait promis un renforcement du système de tarification du carbone pour l’industrie, il a été accusé d’avoir affaibli ce système par l’intermédiaire d’un accord conclu en mai avec l’Alberta, qui a des répercussions sur toutes les autres provinces et tous les territoires.

Son gouvernement a également abrogé l’obligation de vente de véhicules électriques — Ottawa a promis des normes d’émissions plus strictes, mais celles-ci ne seront pas en vigueur avant plusieurs années — et a annulé le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. Le gouvernement Carney a également reporté la mise en œuvre de la réglementation sur le méthane en Alberta.

Dans une vidéo publiée en juin, M. Carney a déclaré que la politique climatique fédérale menée sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau était trop coûteuse et source de divisions.

«Je tiens à être clair sur ce point. Les changements que nous avons apportés auront pour conséquence que nos émissions seront plus élevées au cours des prochaines années que ce qui était prévu dans le plan du gouvernement précédent, a expliqué M. Carney dans la vidéo. Mais à mon sens, ce plan n’était pas viable à long terme.»

Pourtant, des responsables gouvernementaux ont déclaré lundi lors d’une réunion d’information que le Canada restait un «acteur international crédible en matière de changement climatique» avec lequel d’autres pays souhaitent collaborer.

Nick Murray

Nick Murray

Journaliste