La Chambre des représentants a évité de justesse la remise en question des pouvoirs de guerre de Donald Trump en votant jeudi contre une résolution sur ceux-ci, signe du malaise qui règne au Congrès face à l’escalade rapide du conflit au Moyen-Orient qui bouleverse les priorités des États-Unis.
Il s’agit du deuxième vote en deux jours, après que le Sénat a rejeté une mesure similaire.
Les législateurs sont confrontés à la réalité soudaine de représenter le peuple américain en temps de guerre et à tout ce que cela implique — des vies perdues, des dollars dépensés et des alliances mises à l’épreuve par la décision unilatérale du président d’entrer en guerre avec l’Iran.
Le décompte des voix à la Chambre a été serré, à 212 contre 219, le résultat donnant un aperçu du soutien ou de l’opposition politique à l’opération militaire américano-israélienne et au contournement du Congrès — qui seul a le pouvoir de déclarer la guerre — par Donald Trump.
«Donald Trump n’est pas un roi, et s’il estime que la guerre avec l’Iran est dans l’intérêt national, il doit alors se présenter devant le Congrès et défendre son point de vue», a martelé le représentant Gregory Meeks, principal démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.
M. Meeks a déclaré qu’au cours de ses près de trois décennies au Congrès, les votes les plus difficiles qu’il ait eu à prendre ont été ceux concernant l’envoi de troupes américaines à la guerre. Ces votes nominatifs sont des moments décisifs pour le président et les partis.
De nombreux vétérans des longues guerres menées en Afghanistan (2001-2021) et en Irak (2003-2011) siègent aujourd’hui au Congrès. Les républicains soutiennent largement Donald Trump, tandis que la plupart des démocrates s’opposent à la guerre.
Les républicains, qui contrôlent de justesse la Chambre et le Sénat, ne considèrent pas le conflit avec l’Iran comme le début d’une nouvelle guerre, mais comme la fin d’un régime qui menace l’Occident depuis des décennies.
L’opération a tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ce que certains considèrent comme une opportunité de changement de régime, tandis que d’autres mettent en garde contre un vide du pouvoir qui pourrait faire sombrer le pays dans le chaos.
Le représentant Brian Mast, un ancien militaire de Floride, a publiquement remercié M. Trump d’avoir pris des mesures contre l’Iran, affirmant que le président utilisait son autorité constitutionnelle pour défendre les États-Unis contre la «menace imminente» que représentait ce pays.
Pour les démocrates, la guerre du président contre l’Iran, influencée par le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, est une guerre de choix qui met à l’épreuve l’équilibre des pouvoirs dans la Constitution américaine.
«Les auteurs de la Constitution ne plaisantaient pas», a affirmé le représentant Jamie Raskin, démocrate du Maryland, arguant que la Constitution stipule clairement que seul le Congrès peut décider des questions de guerre.
Que les législateurs soutiennent ou s’opposent à l’action militaire de l’administration Trump, ils doivent en débattre, a-t-il fait valoir. «C’est à nous de décider, nous devons voter», a-t-il soutenu.
Si elle avait été promulguée, la résolution sur les pouvoirs de guerre aurait pu mettre immédiatement fin à la capacité de M. Trump à mener la guerre, à moins que le Congrès n’approuve l’action militaire. Le président exercerait probablement son droit de veto sur cette mesure.
À titre d’alternative, un petit groupe de démocrates a proposé une résolution distincte sur les pouvoirs de guerre qui permettrait au président de poursuivre la guerre pendant 30 jours avant de devoir demander l’approbation du Congrès. Elle ne devrait pas encore être soumise au vote.
Lisa Mascaro, Stephen Groves et Mary Clare Jalonick, The Associated Press
