Le Canada espère signer un accord commercial global avec l’Inde dès cette année, a déclaré samedi le premier ministre Mark Carney devant des gens d’affaires à Mumbai.
«Nous négocions actuellement un accord de partenariat économique global, dans le but de doubler les échanges commerciaux bilatéraux d’ici 2030. Notre objectif, pour être clair, est de signer cet accord d’ici la fin de l’année», a lancé M. Carney dans un discours prononcé lors du Forum sur la croissance et l’investissement Canada-Inde.
M. Carney est en visite à Mumbai et à New Delhi dans le cadre d’une réinitialisation en cours des relations commerciales et diplomatiques avec l’Inde.
Dans son discours, le premier ministre a présenté le Canada et l’Inde comme des partenaires naturels, soulignant les liens entre les peuples, les entreprises et les établissements universitaires des deux pays. Il a souligné que les investissements entre les deux pays totalisaient plus de 100 milliards $ et que les échanges commerciaux bilatéraux s’élevaient à plus de 30 milliards $ par an.
«En réalité, sur le plan économique, ce niveau d’activité est loin d’atteindre notre potentiel, d’autant plus que le Canada et l’Inde se lancent tous deux dans des transformations ambitieuses. Nous devrions viser beaucoup plus haut... et être plus stratégiques dans notre partenariat», a déclaré M. Carney.
Il a toutefois reconnu que les deux pays ne seront pas toujours d’accord sur certains sujets.
M. Carney a dit que le Canada fait preuve de «pragmatisme en reconnaissant que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts des nations peuvent diverger et que tous les partenaires ne partagent pas nécessairement toutes nos valeurs».
«Nous abordons activement le monde tel qu’il est, sans attendre passivement le monde que nous souhaitons», a-t-il indiqué.
Les négociations commerciales entre le Canada et l’Inde ont été interrompues à plusieurs reprises depuis leur lancement en 2010.
Le discours de M. Carney intervient alors que son gouvernement subit une pression croissante pour clarifier s’il estime que l’Inde continue de se livrer à des ingérences étrangères.
Ingérence
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a refusé de répondre aux questions visant à savoir si le gouvernement estime que l’Inde continue de se livrer à de l’ingérence.
Mme Anand a été interrogée à plusieurs reprises sur cette question par des journalistes lors d’une conférence de presse à Mumbai, où le premier ministre Mark Carney est en visite dans le cadre d’une réinitialisation des relations commerciales et diplomatiques avec l’Inde.
Avant le départ de M. Carney, un représentant du gouvernement fédéral a déclaré que celui-ci n’aurait pas effectué ce voyage si le Canada estimait toujours que des agents du gouvernement indien étaient impliqués dans des actes d’extorsion ou des menaces de violence au Canada.
«Notre gouvernement prend très au sérieux l’ingérence étrangère et la répression transnationale, et il continuera à les prendre au sérieux, car aucun pays n’a le droit de faire exception en matière de sécurité publique nationale», a déclaré Mme Anand.
Interrogé sur le dernier rapport du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) au sujet de la menace d’ingérence étrangère par l’Inde, un porte-parole de l’agence, Eric Balsam, a fait référence aux déclarations du ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, voulant qu’il restât «beaucoup de travail à faire» pour s’assurer que les agents du gouvernement indien ne recourent pas à la coercition ou à l’intimidation contre des personnes vivant au Canada.
«De son côté, le SCRS continue de prendre toutes les allégations d’ingérence étrangère et de répression transnationale au sérieux. Il demeure vigilant contre les menaces d’ingérence étrangère et d’espionnage provenant de tous les pays. Notre évaluation des principales menaces d’ingérence étrangère et d’espionnage contre le Canada n’a pas changé, a dit M. Balsam, dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne. Quand il sera de l’intérêt national de le faire, le SCRS parlera toujours publiquement des menaces.»
Les relations entre le Canada et l’Inde se sont détériorées au cours des deux dernières années, après qu’Ottawa eut déclaré en 2023 disposer de preuves reliant des agents du gouvernement indien au meurtre d’un militant sikh canadien. En 2024, la GRC a déclaré disposer de preuves d’une campagne plus large d’intimidation et de violence.
Mme Anand a dit qu’elle continuerait à faire part des préoccupations de la communauté sikhe à ses homologues indiens.
Certains sikhs canadiens demandent au gouvernement d’adopter une position plus ferme à l’égard de l’Inde. De son côté, un député libéral, Sukh Dhaliwal, a dénoncé sur les réseaux sociaux les propos tenus par la responsable fédérale aux journalistes, car ils contredisaient les évaluations des agences de sécurité canadiennes.
Vincent Rigby, ancien conseiller en matière de sécurité nationale et de renseignement auprès du gouvernement fédéral, qui enseigne à l’université McGill, a déclaré qu’il était «peu crédible» de laisser entendre que l’Inde avait cessé de s’ingérer de manière préjudiciable dans les affaires canadiennes.
Samedi, Mme Anand et M. Carney ont mis l’accent sur les partenariats universitaires avec l’Inde, lors d’un événement consacré à la mise en valeur des talents et de l’innovation dans les universités.
La ministre a annoncé une nouvelle stratégie Canada-Inde en matière de talents et d’innovation, lancée par Universités Canada et Collèges et instituts Canada, qui comprend 13 nouveaux partenariats entre des universités canadiennes et indiennes.
M. Carney a ensuite visité certains stands, s’arrêtant pour écouter les présentations et discuter avec les chercheurs.
Plus tôt dans la journée, il a bénéficié d’une visite privée du musée d’histoire Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangrahalaya, qui comprend des galeries consacrées aux textiles et à la peinture.
- Avec des informations de Jim Bronskill à Ottawa pour La Presse canadienne

