Fils de Presse

Accès à un médecin: scepticisme face au projet de loi 19 de la ministre Bélanger

Publié le 

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, à la période des questions du 10 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, à la période des questions du 10 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Jacques Boissinot)

QUÉBEC — Le gouvernement Legault a «déclaré forfait» devant les médecins de famille et ce sont les patients vulnérables qui risquent d'en payer le prix, déplore le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU).

L'organisme a fait part de ses préoccupations à la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, mercredi, dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi 19, qui réécrit la controversée loi 2.

Cette loi avait provoqué l'ire des médecins l'automne dernier, car elle changeait leur mode de rémunération, leur imposait des cibles de performance et les menaçait de sanctions.

Le projet de loi 19 reflète l'entente qui a été conclue subséquemment avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) avec un virage à 180 degrés du gouvernement.

Il y est inscrit que le gouvernement veut «favoriser l'atteinte d'une cible d'augmentation du nombre d'inscriptions individuelles et collectives total de 500 000 personnes d'ici le 30 juin 2026, dont 180 000 patients vulnérables».

L'inscription volontaire de nouveaux patients s'accompagnerait d'un incitatif de 75 millions $. Le gouvernement bonifie également de 14,5 % (435 millions $) l’enveloppe de rémunération des médecins de famille.

Le projet de loi 19 reprend en outre la notion de rémunération par capitation pour les médecins de famille œuvrant en première ligne. Or, plusieurs médecins pourront choisir de ne pas y adhérer.

La semaine dernière, alors que la ministre Bélanger parlait de «prise en charge» pour 500 000 patients, le président de la FMOQ, le Dr Marc-André Amyot, parlait, lui, de 500 000 rendez-vous qui seraient offerts, a souligné l'opposition libérale.

«Qu'elle dise la vérité!, a lancé en point de presse mercredi le chef intérimaire du Parti libéral, Marc Tanguay. Cinq cent mille rendez-vous, ce n'est pas la même chose que 500 000 prises en charge de patients.»

«La prise en charge, c'est plus qu'une plage horaire, a également fait valoir en commission la directrice générale du RPCU, Sylvie Tremblay. Il faut vraiment que les médecins puissent être dédiés à des personnes extrêmement vulnérables.»

Le député Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire, calcule que les 180 000 patients vulnérables dont il est question dans le projet de loi pourraient avoir besoin de quatre rendez-vous par année. «C'est 720 000 rendez-vous», a-t-il signalé.

À ce jour, plus de 78 000 Québécois ont reçu une lettre leur disant qu'ils sont désormais «pris en charge». Mais ils doivent continuer de passer par le GAP pour les patients orphelins (en composant le 8-1-1) pour tenter d’obtenir un rendez-vous.

«Il y a beaucoup d'exaspération et de perte de confiance, a ajouté la présidente du RPCU, Carole Tavernier. On veut bien croire, on veut bien donner la chance, mais il va falloir des résultats.

«Quand on reçoit la lettre, puis on nous dit qu'on nous prend en charge dans un GMF, et qu'il faut repasser par le GAP et on a un rendez-vous ailleurs que dans notre GMF, on ne comprend plus rien comme usagers», a-t-elle illustré.

De son côté, le Conseil pour la protection des malades dit constater, à la lecture du projet de loi 19, que celui-ci «sauve les meubles» et «sauve le départ annoncé de centaines de médecins».

Toutefois, «on est évidemment loin des 1,5 million de patients orphelins et de leur inscription automatique auprès d'un GMF ou d'un CLSC. On aurait pu faire mieux sans doute et on aurait pu faire pire», a déclaré le président du conseil, Paul Brunet.

Les consultations particulières sur le projet de loi 19 ont duré à peine deux heures, en l'absence de la FMOQ, a déploré le député péquiste Joël Arseneau en mêlée de presse. «Aujourd'hui, ce n'est pas le temps pour les médecins de se défiler», a-t-il pesté.

L'agence Santé Québec n'a pas non plus participé à l'exercice. «Nous sommes déjà en contact avec les différentes parties prenantes pour la mise en œuvre projetée», a déclaré à La Presse Canadienne son porte-parole Yann Langlais Plante.

«Nous laissons les parlementaires faire leur travail et entendre les groupes qui souhaitent contribuer aux orientations législatives», a-t-il ajouté.

Pas de hausse équivalente pour les spécialistes, dit Duranceau

Par ailleurs, le gouvernement a répliqué mercredi à la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui annonçait la veille vouloir lancer des «moyens d'action» afin d'arriver à une «entente raisonnable».

Les spécialistes réclament une augmentation de 17 % de leur enveloppe de rémunération, or la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, leur conseille de tempérer leurs attentes.

«On a toujours dit qu'on voulait rendre la médecine familiale plus attrayante. Alors effectivement, il y a un écart qui doit être maintenu», a-t-elle indiqué en mêlée de presse. «Les moyens de pression, ça leur appartient», a-t-elle ajouté.

L'opposition officielle a invité les médecins «à agir de manière à ce que les soins et les services aux patients n'en soient pas réduits ou affectés». «Clairement, on se fie sur leur professionnalisme», a déclaré M. Tanguay.

Caroline Plante, La Presse Canadienne

Caroline Plante

Caroline Plante

Journaliste