Un homme a aspergé une substance inconnue sur la représentante démocrate américaine Ilhan Omar et a été plaqué au sol mardi lors d’une réunion publique à Minneapolis, où les tensions autour de l’application des lois fédérales sur l’immigration ont atteint leur paroxysme après que des agents aient abattu un homme et une mère de trois enfants ce mois-ci.
Le public a applaudi lorsque l’homme a été immobilisé et que ses bras ont été attachés dans son dos. Dans la vidéo de l’incident, on peut entendre quelqu’un dans la foule dire: «Oh mon Dieu, il lui a pulvérisé quelque chose dessus.»
Juste avant cela, Mme Omar avait appelé à la suppression de l’agence américaine de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) et demandé à la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, de démissionner ou d’être destituée. Les appels se multiplient au Capitole pour que Noem démissionne après la mort par balle à Minneapolis de deux personnes qui protestaient contre les expulsions. Peu de républicains ont pris sa défense.
«L’ICE ne peut pas être réformée», avait lancé l’élue quelques secondes avant l’attaque.
La police de Minneapolis a affirmé que des agents avaient vu l’homme utiliser une seringue pour pulvériser un liquide inconnu sur Omar. Ils l’ont immédiatement arrêté et l’ont placé en détention dans la prison du comté pour agression au troisième degré, selon le porte-parole Trevor Folke. Des experts médico-légaux se sont rendus sur les lieux.

La police a identifié l’homme comme étant Anthony Kazmierczak, 55 ans. On ne savait pas immédiatement s’il avait un avocat. Le bureau des défenseurs publics du comté n’a pas pu être joint immédiatement.
Ilhan Omar a continué à parler pendant environ 25 minutes après que l’homme ait été expulsé par la sécurité, affirmant qu’elle ne se laisserait pas intimider.
Selon un journaliste de l’Associated Press présent sur place, une forte odeur de vinaigre s’est dégagée après que l’homme ait appuyé sur la seringue. Les photos de l’objet, qui est tombé par terre lorsqu’il a été plaqué au sol, montrent ce qui semble être un liquide brun clair à l’intérieur. Les autorités n’ont pas immédiatement communiqué d’informations sur la nature de ce liquide.
LaTrisha Vetaw, membre du conseil municipal de Minneapolis, a rapporté qu’une partie de la substance était également entrée en contact avec elle et le sénateur Bobby Joe Champion. Elle a qualifié cette expérience de profondément troublante.
Aucune des quelque 100 personnes présentes dans la foule n’a eu de réaction physique notable à la substance.
«Je suis une survivante»
En sortant, l’élue a fait savoir qu’elle se sentait un peu bouleversée, mais qu’elle n’était pas blessée. Elle allait être examinée par une équipe médicale.
«Je vais bien. Je suis une survivante, donc ce petit agitateur ne va pas m’intimider et m’empêcher de faire mon travail. Je ne laisse pas les tyrans gagner», a-t-elle écrit sur X.

La Maison-Blanche n’a pas immédiatement répondu à un message lui demandant de commenter mardi soir.
Le président Donald Trump a souvent critiqué la députée et a intensifié ses attaques verbales à son encontre ces derniers mois, alors qu’il concentrait son attention sur Minneapolis. Lors d’une réunion du Cabinet en décembre, il l’a qualifiée de «poubelle».
Quelques heures plus tôt mardi, le président américain avait critiqué Ilhan Omar devant une foule rassemblée dans l’Iowa, affirmant que son administration n’accepterait que les immigrants «capables de prouver qu’ils aiment notre pays».
«Ils doivent être fiers, pas comme Ilhan Omar», avait-il dit, suscitant de vifs huées à la mention de son nom. «Elle vient d’un pays qui est un désastre. Donc, probablement, on considère, je pense, que ce n’est même pas un pays.»
Ilhan Omar est une citoyenne américaine qui a fui son pays natal, la Somalie, avec sa famille à l’âge de 8 ans, alors que la guerre civile déchirait le pays.
La région de Minneapolis-St. Paul compte environ 84 000 personnes d’origine somalienne, soit près d’un tiers des Somaliens vivant aux États-Unis.
Attaque condamnée
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a exprimé sa gratitude que l’élue démocrate soit saine et sauve, ajoutant dans un message sur X: «Notre État a été bouleversé par la violence politique au cours de l’année dernière. Les discours cruels, incendiaires et déshumanisants de nos dirigeants nationaux doivent cesser immédiatement.»
La représentante américaine Nancy Mace, républicaine de Caroline du Sud, a également condamné cette agression.
«Je suis profondément troublée d’apprendre que la représentante Ilhan Omar a été agressée aujourd’hui lors d’une réunion publique», a-t-elle indiqué. «Même si je désapprouve vivement ses propos, et c’est le cas, aucun élu ne devrait être victime d’agressions physiques. Ce n’est pas qui nous sommes.»
Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a qualifié cette agression d’«inacceptable». Il s’est dit soulagé qu’Ilhan Omar «aille bien» et a remercié la police pour sa réaction rapide. «Ce type de comportement ne sera pas toléré dans notre ville», a-t-il conclu.
La ville est encore sous le choc après la mort par balle de deux habitants, abattus ce mois-ci par des agents fédéraux de l’immigration dans le cadre de la vaste campagne de répression menée par Donald Trump. L’infirmier en soins intensifs Alex Pretti a été tué samedi, moins de trois semaines après que Renee Good ait été mortellement blessée par balle au volant de son véhicule.
Menaces croissantes
L’attaque est survenue quelques jours après qu’un homme ait été arrêté dans l’Utah pour avoir prétendument frappé au visage le représentant américain Maxwell Frost, un démocrate de Floride, pendant le Sundance Film Festival et avoir soutenu que Trump allait l’expulser.
Les menaces contre les membres du Congrès ont augmenté ces dernières années, atteignant leur pic en 2021 à la suite de l’attaque du Capitole américain le 6 janvier de cette année-là, avant de baisser légèrement pour remonter à nouveau, selon les chiffres les plus récents de la police du Capitole américain.
Les législateurs ont discuté de l’impact sur leur capacité à organiser des réunions publiques et des événements publics, certains citant même l’environnement menaçant dans leur décision de ne pas se représenter aux élections.
À la suite de l’agression contre Ilhan Omar, la police du Capitole américain a déclaré dans un communiqué que l’agence «travaillait avec ses partenaires fédéraux pour que cet homme soit passible des charges les plus graves possibles afin de dissuader ce type de violence dans notre société».
Elle a également publié des chiffres actualisés détaillant les menaces proférées à l’encontre des membres du Congrès : 14 938 «déclarations, comportements et communications préoccupants dirigés contre les législateurs, leurs familles, leur personnel et le complexe du Capitole» en 2025.
Il s’agit d’une forte augmentation par rapport à 2024, où le nombre de cas était de 9 474, selon l’USCP. C’est la troisième année consécutive que le nombre de menaces augmente.
La police du Capitole a renforcé les mesures de sécurité sur tous les fronts depuis le 6 janvier 2021, et le département a constaté une augmentation du nombre de signalements après la création, il y a deux ans, d’un nouveau centre chargé de traiter les signalements de menaces.