Arthémise Morin n’avait jamais eu la chance d’aller à l’école. Enfant de la Mission de l’Esprit-Saint, elle s’est plutôt mariée à 16 ans. Aujourd’hui âgee de 30 ans et mère de trois enfants, elle a eu le courage de quitter le mouvement et c’est 14 ans plus tard qu’elle a pu obtenir son tout premier diplôme.
Arthemise n’en revient pas: elle est infirmière auxiliaire. Elle se dit surprise chaque fois qu’elle regarde son diplôme d’études professionnelles et son permis d’infirmière.
La jeune femme n’avait jamais accordé d’entrevue à la journaliste Marie-Christine Bergeron, qui avait réalisé La Prison de l’Esprit-Saint - une série documentaire récoltant plusieurs témoignages d’ex-membres du mouvement à dérive sectaire. Elle a finalement décidé de briser le silence et de partager son histoire afin de prouver que tout est possible.
«Si mes sœurs ou les filles que j’ai fréquentées se posent des questions et pensent qu’il n’y a rien pour elles, c’est possible. On est plus intelligentes qu’on le pense», a-t-elle lancé dans un long entretien. «J’ai eu le courage de croire que je pouvais y arriver.»

Née «dans le mouvement», Arthémise Morin a quitté la Mission de l’Esprit-Saint à l’âge de 26 ans. Chez elle, l’éducation n’était pas une priorité. «Je n’ai jamais été à l’école», martèle-t-elle.
«Il y avait l’école clandestine jusqu’à ce que ça ferme en 4<sup>e</sup> année. Puis, il y avait l’école à la maison. C’était caché.»
— Arthémise Morin, ex-membre de la Mission de l'Esprit-Saint
Elle a rencontré son mari à 16 ans et s’est mariée deux mois plus tard. Dans la série documentaire La Prison de l’Esprit-Saint, plusieurs femmes racontent avoir été mariées alors qu’elles étaient mineures et on les incitait à avoir plusieurs enfants, et ce, le plus rapidement possible. La Mission de l’Esprit-Saint croit en la création d’un être parfait, qui viendra au monde au sein du mouvement.
Dix ans plus tard, Arthemise raconte qu’elle a décidé «de se reprendre en main».
«J’ai regardé mon mari et je lui ai demandé comment on faisait un CV. J’ai travaillé comme serveuse, je voulais rencontrer des gens», mentionne la jeune mère de famille.
C’est via des rencontres qu’elle a pris connaissance de cours d’infirmière auxiliaire. Elle s’y est inscrite, et à sa grande surprise, a été admise.

«Je n’en croyais pas mes yeux. J’ai étudié tellement fort. Je me disais: “je suis dans une classe!” Je n’en revenais pas.»
Elle a également dû trouver le moyen de faire ses études secondaires. «C’était nécessaire pour accéder à des études supérieures.»
Arthémise mentionne qu’autrefois, elle «n’avait aucune expérience de vie». Ce sont les yeux pétillants que la nouvelle infirmière est prête à entamer ce nouveau chapitre.

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