Les vacances en couple sont souvent considérées comme une évidence. Pourtant, de plus en plus de personnes choisissent de partir seules, même lorsqu’elles sont heureuses en amour. Et si voyager sans son partenaire n’était pas un signe que le couple va mal… mais plutôt qu’il va bien?
Cette idée bouscule encore notre conception du couple. Comme si aimer quelqu’un signifiait nécessairement vouloir tout partager: son quotidien, ses loisirs et ses vacances.
Je ne pourrais pas être plus en désaccord.
Je voyage seule depuis longtemps. Célibataire ou en couple, je n’ai jamais compris pourquoi aimer quelqu’un devait signifier passer toutes ses vacances avec lui.
Je suis pour les vacances séparées.
Voilà, c’est dit.
Bien sûr, j’aime voyager à deux. Découvrir une ville, un paysage, un repas. Avoir quelqu’un à côté de moi lorsqu’un repas au restaurant, une visite culturelle ou un coucher de soleil m’émerveille.
Mais j’aime aussi partir solo.
Choisir l’heure à laquelle je me lève. Changer d’idée. Marcher pendant des heures. Rester trois minutes ou tout l’après-midi au même endroit. Manger lorsque j’ai faim. Ne consulter personne.
Cette liberté me tellement de bien!
Pourquoi le simple désir de voyager sans son amoureux ou son amoureuse continue-t-il de susciter autant de questions… et même des soupçons?
«Pourquoi elle ne vient pas?»
«Oh! Est-ce que ça va bien entre vous?»
«Tu n’as pas peur qu’il en profite?»
Comme si deux personnes heureuses ensemble devaient faire exactement les mêmes choses, au même moment, toute l’année.
Le couple n’est pas une fusion
Nous entretenons encore cette idée selon laquelle le couple solide est celui qui fait tout ensemble.
Les mêmes activités. Les mêmes intérêts. Les mêmes amis. Les mêmes vacances.
Je trouve cette vision étouffante.
Aimer quelqu’un ne devrait pas obliger à abandonner nos goûts, nos rêves, notre curiosité sous prétexte que l’autre ne les partage pas.
Une personne rêve de kayak, de camping et de montagnes. L’autre préfère la ville, les musées et les plages dorées. Est-ce que ça veut dire qu’elles doivent passer leurs vacances à négocier, se frustrer ou (pire encore) faire semblant de s’amuser?
Je sais bien que les compromis sont essentiels dans un couple. Mais le compromis ne devrait pas toujours signifier renoncer.
Voyager séparément permet parfois à chacun de vivre ce qui lui ressemble, sans traîner un partenaire frustré, ennuyé ou épuisé.
Et cela n’empêche absolument pas de voyager ensemble. Si on a les moyens, on peut faire les deux!
Se retrouver soi-même
Voyager en solo nous force à sortir de cette confortable dépendance qui s’installe dans les relations.
Dans un couple, on finit naturellement par se répartir les rôles, à la maison comme en voyage.
L’un s’occupe des directions. L’autre fait les réservations. L’un parle aux inconnus. L’autre gère les imprévus. Sans même s’en rendre compte, on a tendance à cesser de faire certaines choses parce que notre partenaire les fait pour nous… et peut-être les fait mieux.
Mais quand on voyage seul, on se débrouille.
On décide. On demande de l’aide. On se trompe. On recommence. Et on parle à plus de monde: sans la bulle rassurante du couple, on décuple nos habiletés sociales. On fait des rencontres, on crée des liens.
En fait, je trouve que le voyage en solo nous rappelle que nous sommes encore une personne à part entière.
Et si un couple devenait plus solide lorsque deux personnes autonomes choisissent d’être ensemble, plutôt que lorsqu’elles croient ne plus savoir fonctionner l’une sans l’autre?
L’absence qui fait du bien
Partir seul permet aussi de s’ennuyer de l’autre.
Les gens en couple depuis un long moment manquent souvent de nouveauté. Mais quand l’un part en voyage, à son retour, il a mille anecdotes. Il arrive avec des histoires, des souvenirs et un regard différent.
Pendant quelques jours, on se redécouvre. On réalise tout ce que l’on s’apporte au quotidien. Un peu de distance remet les choses en perspective.
Évidemment, les vacances séparées ne sont pas toujours saines.
Elles ne règlent pas un couple qui va mal. Elles risquent plutôt d’amplifier ce qui était fragile.
Lorsqu’une personne part parce qu’elle souhaite s’éloigner de l’autre, il faut se poser des questions. Même chose si le voyage sert à éviter les conflits, à fuir l’intimité ou à vivre une vie parallèle.
Confiance et équité
La confiance et la communication sont essentielles. Et l’équité aussi!
On ne peut pas proclamer son besoin de liberté, laisser l’autre gérer seul les enfants, la maison, les tâches et les responsabilités, et revenir reposé et bronzé en vantant les vertus de l’indépendance.
Si l’un peut partir, l’autre doit pouvoir le faire aussi.
Pas forcément de la même manière ni aussi longtemps. Mais chacun doit avoir accès à du temps, de l’espace et du repos.
Sinon, ce n’est plus de l’autonomie.
C’est un privilège.
Les vacances séparées ne sont pas faites pour tous les couples.
Mais elles ne devraient plus être perçues comme un échec.
Nous avons longtemps associé l’amour au fait de tout faire ensemble. Et si nous commencions aussi à valoriser l’autonomie?
S’il existe mille façons de voyager, pourquoi n’y aurait-il qu’une seule façon d’aimer?
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