La nouvelle, accablante pour les soucieux de l’État de droit, est tombée comme une tonne de briques: l’Immigration and Customs Enforcement, mieux connu sous le sympa acronyme de ICE, aurait cinq bureaux au Canada, dont un à Montréal.
La raison balancée par le principal intéressé? Protéger les États-Unis contre «les activités criminelles des organisations dangereuses susceptibles de traverser les frontières, comme les groupes terroristes et les cartels de la drogue». Les dangereux, et combien nombreux, terroristes et autres cartels montréalais!
Bien sûr.
Jouissif d’ironie, d’ailleurs, qu’une milice terrorisant des communautés entières puisse justifier, sans rire, son rôle de la sorte. Passons.
Si plusieurs devaient s’insurger de ladite découverte, reste que d’autres, «usuals suspects» en matière de mange-immigrants, profitèrent de l’occasion afin de suggérer la belle idée : que l’on imite, en sol québécois, l’opération Macaque. Un GLACE (Groupement Larbins Arriérés Contre Empathie) bien de chez nous, quoi, afin de pouvoir:
- Tapocher sur du foncé, mais en français.
- Envahir, sans mandat préalable, les 4 et demi de Saint-Jérôme.
- Vider ses chargeurs sur des infirmiers de Mont-Laurier.
- Tirer des mères de famille en minivan, prétextant avoir craint pour sa sécurité.
- D’encager, à coup de 32, les malheureux dans un centre de détention perdu au milieu de grizzly (en remplacement d’alligators).
- Se voir munir, après une rigoureuse formation de 48 heures, de mitraillettes.
- Se cagouler, avec ses amis-gorilles, afin de pétrifier les familles de Villeray.
- S’habiller en linge mou acquis dans un surplus de l’armée près de chez vous.
- Côtoyer des collègues des repris de justice, trop cons pour entrer dans la police.
- Bénéficier, selon ses boss, d’une parfaite impunité civile ou criminelle.
- S’afficher fièrement à même l’uniforme imposé : un pêle-mêle de couleurs disparates et autres morceaux volés à la chienne à Jacques, style journée paintball entre copains du secondaire.
- Profiter, enfin, d’un anonymat total et complet, assurément pratique afin d’éviter la honte publique et l’opprobre familial.
Le bonheur, quoi.
Mais avant d’exciter davantage, rappelons l’évidence: le cadre constitutionnel empêche, fort s’en faut, une telle machination d’organisation québécoise.
D’abord, parce qu’en vertu du partage des compétences, seul Ottawa aurait juridiction en la matière, comme il est question de «protection des frontières».
Sinon — et voilà la bonne nouvelle — les deux chartes applicables au Québec, soit la canadienne (donc s’appliquant également au fédéral) et celle adoptée par notre assemblée nationale, prohibent aux corps policiers ou milices (sous réserve du recours aux dispositions dérogatoires), de:
- Pénétrer, sans justification ni mandat préalable, les domiciles.
- D’entasser les détenus, les uns par-dessus les autres, dans des conditions insalubres.
- D’en faire disparaître des centaines, sans traces.
- De traumatiser les enfants aux arrêts d’autobus, ou de les kidnapper afin de forcer leurs parents à intervenir.
- D’infiltrer les palais de justice afin de ramasser, par la force, quiconque en attente de son audition.
- De viser précisément la couleur de la peau, la langue.
- De se camoufler le visage, sans autres identifications ou affiliations claires à un corps policier.
- Outrepasser les pouvoirs dévolus par la Loi habilitante, celle qui refuse l’arrestation, et encore moins la détention, de citoyens.
- De faire feu autrement que par légitime défense.
- De terroriser des quartiers déguisés à grands coups de trench-coat nazis.
- De procéder à la déportation malgré des ordonnances judiciaires à l’effet contraire.
- D’arrêter des journalistes au seul motif qu’ils le sont.
- De débarquer dans les écoles, églises et stationnements de Home Depot, chassant, au pif et donc arbitrairement, le migrant.
- Détenir sans informer le prévenu des motifs de son arrestation, de lui refuser le droit à l’avocat ou celui de faire contrôler la légalité de sa détention.
Dommage, donc, pour nos trumpistes en souhait d’un glaçon québécois. Faudra, pour ce, migrer (tiens tiens) vers le Sud de la frontière.
On ne vous retient pas, d’ailleurs.
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