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Un drôle de monde

«J’exagère ? Possible. Mais je ne pense pas.»

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Un drôle de monde» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) Chronique Me Frédéric Bérard | «Un drôle de monde» (Montage Noovo Info et image tirée de La Presse canadienne) (The Associated Press)

«Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou» - Camus

Je suis partie prenante, comme plusieurs, du second groupe identifié par Albert. Mieux : j’aurai été gâté, adolescent et jeune adulte, par un monde s’ouvrant chaque jour davantage. Rien de parfait, bien entendu, mais des rêves faciles, de l’humanisme, une quête d’égalité en tout genre.

Vinrent ensuite les affres du 11 septembre, et ses suites. Je me rappelle d’avoir déjà écrit, dans un bouquin, que correspond à ce même jour, un monde qui s’écroule.

Une dégradation — tel le supplice de la goutte — de nos valeurs morales et espoirs collectifs, remplacés dès lors par les visions imposées des techno-oligarques, de leurs chums banquiers et vadrouilles politiciennes.

J’exagère? Possible. Mais je ne pense pas. Un petit tour turbo des 25 dernières, pour s’en convaincre.

Oui, il y aura eu, aux suites du 11 en question, vive opposition onusienne (et canadienne) à l’invasion de l’Irak. Et quelles réponses reçues, en comparaison, avec celle du Venezuela où, après avoir coulé illégalement quelques dizaines d’embarcations et avoir kidnappé le président du pays (!) sous base de motifs fallacieux, Donald et ses copains s’emparent joyeusement, et surtout impunément, du pétrole local. Même silence assourdissant des forces internationales quant à la tentative sur l’Iran ou, pire encore, l’actuel génocide à Gaza.

On se souviendra aussi, début 2000 et ensuite, de l’aversion non négociable pour toute forme d’approbation publique, même implicite, eu égard à l’extrême droite. Plus d’un million et demi de Français, en pleine rue, afin de bloquer la route à Jean-Marie Le Pen, en 2002.

Aujourd’hui? Une majorité de ceux-ci prêts à voter en bloc pour le même parti, maintenant dirigé par sa fille, malgré une condamnation par la justice, et le lourd dossier publié par Médiapart sur l’antisémitisme de son collègue Bardella.

On trouvera aussi, si une telle chose est possible, plus à droite en la personne et le parti de Zemmour, Reconquête. Un beau 40% des suffrages, de manière combinée, si le vote avait lieu demain. Autres temps, autres mœurs, le tout confirmé par l’apologie sur CNews du père Le Pen en question, à sa mort, et les appuis peu subtils à l’AfD, en Allemagne, malgré ses propositions jugées, par plusieurs experts, quasi nazis.

Percée historique de l’extrême droit en Allemagne: qu’est-ce qui explique le succès d’Ulrich Siegmund? Ulrich Siegmund, homme politique allemand de 35 ans a conduit son parti, Alternative pour l’Allemagne, à une victoire historique dimanche aux élections régionales.

Dans la même veine, qui, toujours début 2000, aurait prédit l’arrivée en trombe d’un Trump, deux fois plutôt qu’une, à la Maison-Blanche? Qui aurait annoncé que des condamnations pour agressions sexuelles, ou encore des dizaines de chefs d’accusation, incluant pour sédition envers le Capitole, permettrait un retour du délinquant, appuyé dès lors par une horde de sympathisants obnubilés par le gourou et sa bullshit-minute?

Qui trouvait envisageable et acceptable, à l’époque, un scénario où les érosions fulgurantes de l’État de droit et son corollaire, la démocratie, feraient partie non seulement du quotidien, mais également d’un programme électoral?

Qui s’amusait de voir des politiciens, au Québec comme ailleurs, élever les réfugiés et autres immigrants au rang de boucs émissaires par excellence, les rendant responsables de la pénurie du logement, de l’absence de place dans les écoles ou blocs opératoires? D’assister à une rhétorique non seulement xénophobe, mais aussi mathématiquement mensongère ?

Qui, enfin, en serait venu à la défense tous azimuts d’un aspirant premier ministre qui, venant de publier un livre, aura tenu sous silence le fait que la rédaction dudit bouquin ait été essentiellement effectuée par l’intelligence artificielle?

Un drôle de monde, bref.

Au point de ne plus le reconnaître et, possiblement, l’aimer.

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