La scène, insupportable, aura fendu le cœur du spectateur humainement constitué: même clouée sur un lit de l’hôpital de Joliette, la vivacité d’esprit de Joyce Echaquan l’amène à diffuser sur Facebook, en live, l’horreur. La période subséquente témoignera d’une mauvaise foi tout autant douloureuse, soit l’entêtement du cabinet Legault et de Québecor à nier l’évidence: l’existence scientifique d’un concept l’étant tout autant, soit le racisme systémique.
Enseignée dans toute institution universitaire occidentale, la bête est pourtant simple à saisir: les institutions revêtent et reproduisent quelques biais souvent inconscients, provoquant l’inégalité fondée sur la race.
L’illustration de la tragédie Echaquan est, à cet égard, des plus évocatrices: arrivé au Centre hospitalier de Joliette en quête de soins urgents, le personnel soignant suivit la procédure applicable dès lors qu’il est question de patiente autochtone, soit la présomption d’une intoxication potentielle. Ceci, du fait de l’administration d’un traitement inapproprié dans les circonstances, aura eu raison de Joyce, quolibets et insultes racistes en prime. Le rapport du coroner en charge devait, sans surprise, confirmer le tout.
Malgré ce, donc, se tient depuis le festival de la mauvaise foi, mettant en vedette une pléiade de procédés fallacieux et dolosifs.
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D’abord, marteler à satiété que le concept sort tout droit de la cuisse woke, insulte jadis suprême et bientôt démodée, merci à sa surexploitation.
Deuxièmement, confondre parfois, sciemment ou non, les notions de «systémique» et «systématique», pulvérisant ainsi la crédibilité du constat.
Ensuite, refuser son inexistence tant théorique que pratique, et ce, malgré le consensus académique occidental, sa reconnaissance par les études empiriques de la Commission des droits de la personne et de la Commission Vérité et réconciliation, ou encore les admissions de la GRC et du SPVM, entre principaux intéressés. L’absence de quelconque contre-étude démontrant le concept semble, manifestement, d’une totale impertinence.
Quatrièmement, catégoriser d’anti-québécois quiconque osera admettre l’évidence, l’apothéose du comique de la manœuvre devant survenir lorsqu’Yves-François Blanchet affirma que le racisme systémique « doit sortir du débat politique, parce que c’est devenu une arme politique contre des gens qui veulent une nation québécoise ». Le contexte de la citation? Le refus du Bloc de voter en faveur d’une motion condamnant le racisme au sein de la GRC, état de fait admis par… la GRC elle-même.
Cinquièmement, revirer l’arme de bord: non seulement le racisme constitue une fumisterie de la mafia woke, mais celle-ci détourne l’attention du seul racisme contemporain problématique, soit le racisme… anti-blanc. Non reconnue par la sociologie et patentée par Jean-Marie Le Pen afin de prétexter — sous couvert de victimisation inversée — la pertinence de mesures anti-immigrantes, la formule est depuis sacralisée quotidiennement aux pleines pages du Journal de Montréal, et devait atteindre son paroxysme, récemment, par l’entremise d’une dégoulinante entrevue menée par Benoit Dutrizac avec Alexandre Cormier-Denis, suprémaciste blanc par excellence du Québec, lequel du jouir de l’encouragement public de l’interviewer quant à son contenu web, pourtant retiré de YouTube pour cause de propagande raciste et haineuse.
La novlangue narrative solidement implantée par le média, le politique s’éloignera alors de l’évidence, allant jusqu’à revirer hypocritement sa veste, s’imaginant incognito.
C’est ainsi que Paul St-Pierre-Plamondon, jadis conférencier, ambassadeur et pédagogue sur le concept de racisme systémique jusqu’à sa deuxième campagne à la chefferie du Parti québécois, renie depuis la théorie au fil de justifications vaseuses et inintelligibles.
Idem pour le refus du gouvernement caquiste de prendre acte des décisions successives de la Cour supérieure et de la Cour d’appel du Québec de rendre inconstitutionnelles les interpellations routières arbitraires, judiciarisant du coup la théorie avancée.
La distinction entre ce qui précède et les suspensions récentes des deux flics du SPVM? Que dans ce dernier cas, on sort du cadre du biais institutionnel inconscient, et joint sauvagement les rangs du racisme pur et assumé. La suite des choses? Déjà annoncée: disqualifier son chef de police.
Dixit l’ineffable québécoriste Nic Payne: «devrais-je être ému outre mesure d’une énième traque tapageuse à l’intolérance de Fady Dagher, chantre notoire de la “diversité” abonné à la caméra?»
Traquer l’intolérance, notamment en disciplinant deux agents de l’ordre pour voies de fait haineux et racistes, comme nouvelle hérésie.
«Dans le vide de la pensée s’inscrit le mal», plaidait l’intemporelle Arendt.
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