Depuis son élection à la tête de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette a réussi avec brio son entrée comme première ministre du Québec. Elle a multiplié les occasions de changer le narratif de son gouvernement et de se faire connaître aux Québécois avec un discours différent, mais surtout un style qui la différencie énormément de son prédécesseur.
Que ce soit dans son discours d’assermentation, qui nous a permis de mieux la connaître, dans le remaniement ministériel qu’elle a traversé sans trop de dommages, en passant par des rencontres à Québec, Montréal et Ottawa couronnées de succès et une mission à Washington qui lui a permis de rencontrer Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, Madame Fréchette enchaîne les images fortes, les rencontres phares et les messages simples avec une hyperactivité qui l’aide à faire oublier son prédécesseur.
À l’aube de sa rentrée parlementaire, Mme Fréchette essaiera de continuer sur la même veine et de tenter cette mission quasi impossible qu’elle a décidé de relever: faire oublier huit ans de gouvernement de la CAQ tout en préservant l’idéologie caquiste. Voici quelques éléments qui seront, à mes yeux, essentiels pour qu’elle réussisse.
Obtenir des victoires
Être un gouvernement de résultats. Voici quelque chose qui semble avoir manqué à la Coalition Avenir Québec durant les dernières années et que Mme Fréchette cherchera certainement à incarner dans le message qu’elle voudra passer à la population.
À ce sujet, Ottawa pourrait être un allié d’une grande valeur, puisque le gouvernement fédéral, dans une certaine volonté de nuire au Parti québécois et d’éviter un référendum, pourrait être très ouvert à signer des ententes avec Mme Fréchette sur des questions comme le logement ou les transports, là où des programmes fédéraux existent déjà et pourraient permettre d’investir plusieurs milliards au Québec.
D’ailleurs, je m’attends à une entente très rapidement sur la question de la formation de la main-d’œuvre, secteur dans lequel le fédéral a promis des investissements dans l’industrie de la construction que le Québec pourrait rapidement obtenir.
Ainsi, elle démontrerait non seulement qu’elle obtient des résultats, comme avec l’entente avec les médecins spécialistes, mais aussi que la troisième voie donne des résultats avec Ottawa.
Répondre au besoin
Un autre élément qui est absolument essentiel pour les politiciens qui veulent que leur message soit retenu est que celui-ci soit le plus proche possible du besoin de la population. La réciprocité est ce principe à travers lequel on dit que, pour influencer le public, c’est important que celui-ci y trouve son compte et que ça lui serve à quelque chose.
Actuellement, les Québécois sont confrontés à d’importantes difficultés sur la question du coût de la vie. Mme Fréchette aura donc certainement avantage à présenter dans les prochaines semaines des projets de loi ou des initiatives qui lui permettront de démontrer qu’elle répond justement rapidement à ce besoin, notamment dans un contexte international particulièrement difficile, instable et inquiétant.
Un autre exemple de cela sera certainement l’adoption de la loi de Clare, qui est une priorité qu’elle a donnée à son vice-premier ministre, Ian Lafrenière, et qui répondra à ce besoin de permettre aux femmes de connaître les antécédents judiciaires des hommes qu’elles fréquentent afin de tenter de diminuer la violence faite aux et les féminicides.
Répondre aux besoins sera aussi prioritaire lorsque viendra le temps de décider ce que la CAQ fera avec la question de la Constitution, par exemple, afin d’éviter des chicanes sur des sujets qui sont moins prioritaires.
Éviter les side shows
La démission de Gilles Bélanger en est un bon exemple. Un des éléments les plus perturbateurs pour quelqu’un comme Madame Fréchette, qui désire changer le narratif public de son parti, ce sont les fameux side-shows ou les «spectacles parallèles» provoqués par des ministres mal alignés sur les priorités, des députés qui sont mécontents de leur situation ou des événements qui viennent changer le focus du gouvernement.
Lorsque la session dure aussi peu que cinq semaines, ces spectacles parallèles peuvent être absolument tragiques pour une reconstruction comme celle que Mme Fréchette essaye d’entamer. Il y a bien entendu des événements que l’on ne contrôle pas, mais il y a aussi une responsabilité de ses collègues à s’assurer que ces spectacles ne viennent pas de l’interne.
Les élus qui parlent aux journalistes et qui font valoir leurs frustrations actuellement ne mettent pas seulement en péril le leadership de Madame Fréchette, mais aussi l’existence même de leur parti à long terme. Au minimum, les députés caquistes doivent s’assurer que les spectacles parallèles ne proviennent pas de l’interne et que le caucus soit solidaire de sa cheffe.
Il est clair que les stratèges autour de Mme Fréchette ont fait un travail d’analyse important pour être capables d’avoir une entrée en poste qui soit aussi satisfaisante pour les membres de la Coalition Avenir Québec que pour la population en général.
Maintenant, cette entrée réussie devra être suivie d’une démonstration de sa capacité à gouverner autrement et à obtenir des résultats. À défaut de manquer de temps pour vraiment changer le fond, le changement de style pourrait causer des surprises!
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