Cette semaine, les discussions, désaccords ou chicanes entre Québec et le fédéral ont complètement éclipsé le sommet Canada-Union européenne et les discussions sur le futur statut du partenariat entre les deux entités.
Mais au-delà du débat à proprement parler, cette semaine marque certainement un moment de rupture et de transformation de la relation entre Québec et le gouvernement fédéral, autant dans le ton que dans la forme.
Je vous exprime ce que cette dernière semaine peut nous donner comme indicatif de ce que sera la relation future entre les deux paliers, car, une chose est claire, depuis le 5 octobre, les choses ont bien changé.
Une relation de principe
C’est le premier élément qui me saute aux yeux. Alors que la relation fédérale-provinciale sous la CAQ était principalement transactionnelle, sous le PQ, elle sera avant tout basée sur des principes. On l’a vu cette semaine avec l’application de la doctrine Gérin-Lajoie.
Le premier ministre a préféré s’absenter plutôt que de reculer sur l’application du principe selon lequel le Québec doit être celui qui discute de ses champs de compétence à l’international. On peut lui reprocher la chaise vide, mais on ne peut certainement pas lui reprocher un manque de cohérence ou de clarté dans les explications qui justifient ses choix.
Le fédéral devra donc en prendre note et s’assurer de mieux anticiper les réactions de Québec, soit pour s’adapter ou pour s’expliquer. Une petite révision du côté des fonctionnaires et du personnel politique s’impose, car il n’y avait pas grand monde à Ottawa qui se souvenait de cette doctrine.
Trouver la bonne dose
Ce sera le défi du côté de Québec. On aura beau nous dire que l’on ne «défend jamais assez les intérêts du Québec», le nouveau gouvernement provincial devra trouver la bonne dose de pragmatisme dans l’application de ses principes.
Lorsque l’on veut gérer les perceptions, il faut s’assurer de garder les yeux sur l’objectif clair et sur l’effet direct sur la population. Une absence lors d’un sommet avec l’Union européenne n’a pas le même effet qu’une absence à une conférence sur la santé, par exemple, ou même à une future rencontre avec les Premières Nations.
Je suis convaincu que les gens sont sensibles aux politiciens qui s’en tiennent à leurs valeurs, mais ils veulent aussi des gens capables de compromis pour le bien commun. Québec a montré qu’il était prêt à «tenir son bout» ; maintenant, il devra aussi montrer qu’il est capable de faire certains «sacrifices» dans le but d’obtenir des gains pour le Québec.
La rencontre que le premier ministre du Québec a accepté de tenir avec son homologue fédéral avant le Sommet de la Francophonie en novembre sera une bonne occasion d’équilibrer le balancier.
Économie et/ou identité?
Est-ce que les deux premiers ministres seront prêts à accepter la crédibilité de l’autre dans leurs domaines respectifs? C’est pour moi la clé d’une relation harmonieuse.
Sur la question économique, Mark Carney a une crédibilité qui est encore très difficile à attaquer. Elle est acquise aux yeux de la population, mais aussi de la plupart de ses partenaires, que ce soit dans les autres provinces ou dans les autres pays.
Malgré le fait que les résultats ne soient pas nécessairement extrêmement visibles, le PM jouit d’un appui important de la population à cause de cet aspect. C’est un terrain sur lequel son homologue québécois a tout à gagner à travailler en collaboration et à s’assurer que le Québec soit avantageusement intégré aux initiatives que le gouvernement fédéral prendra dans le domaine.
Cependant, en matière d’identité, le PM canadien devra faire de même avec son homologue québécois. Il n’a rien à gagner à s’obstiner sur les questions de langue ou d’identité avec un premier ministre qui assume sa vision et son ambition avec une sérénité que l’on n’avait pas vue depuis longtemps dans le camp souverainiste.
Le terrain sur lequel se déroulera la suite de la relation viendra certainement teinter la qualité de celle-ci. Une chose est essentielle dans le cas des deux gouvernements: ne pas oublier pour qui ils travaillent!
La population québécoise est confrontée à des enjeux importants et elle a le droit de s’attendre à des résultats de ses deux paliers de gouvernement.
Il est fort possible que le Québec soit gagnant dans cette dualité, mais si ça n’est pas le cas, les électeurs et électrices feront certainement des choix différents.
À cet effet, ce sera intéressant de suivre le vote des trois partielles fédérales qui auront lieu au Québec le 7 décembre prochain.
Ça nous donnera une indication sur les effets des premières semaines de la relation Carney/St-Pierre Plamondon.
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